"Dès lors que vous aurez gouté au vol, vous marcherez à jamais sur terre les yeux levée vers le ciel." Léonard de Vinci


Syndiquez ce blog

Vol à voile: récit d'une passion grandissante

... Lâcher solo

Cela fait bientôt une semaine que je casse les pieds à mes parents pour aller voler ce week-end! Je me répète avec humour qu'ils doivent regretter de m'avoir offert ce vol d'initiation.

J'ai donc réussi à persuader mes parents que je voulais continuer à voler, ce qui n'a pas été trop difficile. En effet ils ont toujours su que ce jour allait arriver. Le plus difficile c'était plutôt de convaincre mon père de me conduire à l'aérodrome, situation qui va durer encore 2 mois jusqu'à ce que je reçoive mon scooter et la liberté qui va avec.

C'est donc en moyenne une fois par week-end que je vais voler, je peux accomplir en moyenne 4 à 5 vols par jour. Les exercices demandés sont toujours un peu plus compliqués tandis que je deviens progressivement autonome dans toutes les situations de vol. On commence déjà à m'enseigner le vol à voile pur, c'est à dire l'utilisation des courants thermiques et dynamiques afin de rester en l'air. Dans ce domaine il me faudra encore de l'entraînement. En effet c'est une question de feeling et ce feeling-là je ne l'ai pas encore.

Je fais également connaissance au fur à mesure de mes vols de tous les instructeurs, personnes qui dispensent leur savoir de façon bénévole et de beaucoup de membres, je me sens vraiment bien parmi eux, l'ambiance est extraordinaire. Je pourrais même dire que c'est un peu ma deuxième famille.

Bref les vols d'instructions continuent et c'est le 11 juillet 1999 que le grand jour arrive. J'ai effectué 7 vols hier dont 5 en treuil pour entraîner entre autre les ruptures de câble lors de la montée. Aujourd'hui je suis revenu voler car je ne me voyais pas à la maison à regarder le ciel toute la journée. Je retrouve donc Eric qui était déjà instructeur hier pour continuer l'entraînement au treuil, spécialement les situations critiques. A midi je le vois fouiller dans les armoires du vol à voile dans le hangar, je n'y prête pas trop attention.

Les choses se corsent quant je le vois, après un treuillage, fixer une quantité incroyables de gueuses dans l'ASK-21! (les gueuses sont des masses en plomb servant à compenser le poids léger du pilote)

Je comprends tout de suite que le prochain départ se fera en solo, mon premier solo !

Je suis tendu comme une corde à piano mais concentré, je regarde le câble se tendre. A ce moment-là je ne pense plus au fait que je suis seul à bord. Le planeur part dans une accélération qui m'étonne un peu plus que d'habitude au vue de la masse manquante d'un instructeur! La montée se déroule sans problème et je me retrouve rapidement dans le circuit. Je commente ce que je fais comme j'en ai pris l'habitude et je me régale surtout du fait que personne ne fait des commentaires à l'arrière, c'est tellement agréable! J'entre dans le circuit, fais mes checks et pose comme je l'ai appris! La voiture vient me rechercher et Eric me félicite. Je crois que je viens de vivre le moment le plus important de ma vie, mon premier vol solo! Je me prépare pour le deuxième vol et laisse l'euphorie de côté pour le moment. Le deuxième vol se déroule à l'image du premier et c'est à nouveau avec le sourire que j'ouvre la verrière et sors du planeur.

Il faut penser maintenant à ramener le planeur devant les hangar. On me dit d'appeler mes parents pour une petite soirée, on va fêter ce vol solo quand-même! J'ai quand-même une impression bizarre, des membres du club affluent de je ne sais pas trop où et commencent à se rassembler près du planeur que l'on nettoie.

Le planeur est propre maintenant, mais apparemment on ne va pas le ranger. Mes parents sont arrivés et je vois Eric leur murmurer quelque chose. Une quinzaine de personnes sont maintenant présents, que va-t-il bien se passer?
A ma grande surprise Eric me demande de me mettre à 4 pattes au-dessus du fuselage du planeur, juste devant l'empennage. Il me dit que c'est une ancienne coutume des vélivoles et en regardant derrière moi je le vois avec une sorte de batte, ENORME.

Tout d'un coup je me prends une fessée magistrale! Qu'est-ce que je fous ici dans cette situation presque embarassante? Et hop il la passe au suivant qui en fait de même, les gens forment une file d'attente comme des skieurs attendant aux remontées mécaniques! Oulala que c'est désagréable, autant je n'ai pas pris beaucoup de fessées dans ma jeunesse, autant je les rattrape maintenant! Et "hop" à nouveau un coup et puis "floutch" un seau rempli d'eau vient me refroidir. Je crois que le seul répis que j'ai eu, c'était durant le tour de ma mère!

La cérémonie est maintenant terminée, j'ai l'arrière-train en feu et je suis trempé comme une soupe! Une bonne âme me prête des habits secs avant de tous partir vers la buvette pour un apéro. Là chaque boureau signe cette fameuse batte, souvenir extraordinaire d'une première étape dans la quête de mon rêve! Cet objet a tellement de valeur à mes yeux que je l'ai déposé à coté de mon bureau, ainsi quand je la regarde je me rappelle de ce bon moment vécu ce 11 juillet 1999!

Pages: 1 2 3 4