"Dès lors que vous aurez gouté au vol, vous marcherez à jamais sur terre les yeux levée vers le ciel." Léonard de Vinci


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Premier vol à bord d'un jet de combat !

Notre formation de pilote militaire sur PC-21 touche peu à peu à sa fin et comme nous avons été formés uniquement sur des appareils à hélice, nos responsables ont eu l'idée de nous faire voler avant notre cours de transition sur F/A-18 Hornet à bord d'un jet de combat. Ceci dans le but de nous faire une idée de ce qui allait nous attendre d'ici quelques mois et bien sûr que personne d'entre-nous n'était au courant.
Il y a quelques semaines, la nouvelle nous a été transmise et c'est la semaine passée que nous avons appris qu'entre notre service de vol régulier, un vol en F-5 F Tiger était planifié pour chaque candidat pilote jet !

Je me réjouissais énormément à l'annonce de cette nouvelle car d'une part, il s'agirait de mon premier vol à bord d'un jet de combat et d'autre part, car le F-5 est resté pour moi durant de très nombreuses années l'avion des Forces aériennes qui me faisait rêver. Encore gamin, je me souviens maintes fois avoir été distrait durant un cours de français ou de maths par le passage d'appareils militaires dans le ciel et le plus souvent, il s'agissait de Tiger ...

[Suite:]

Mercredi matin peu après 7h30, je contrôle si mon équipement est au complet avant de sortir du vestiaire: pantallon anti-g, casque avec masque à oxygène et planchettes de vol avec les checklistes et les procédures d'urgence. Je finis ma bouteille d'eau minérale à grosses gorgées pour prévenir la déshydratation avant de me mettre en route pour le local où je vais m'équiper du parachute et du gilet de sauvetage.
Je jette un coup d'oeil aux parachutes entreposés, sur chacun se trouve un nom écris sur une petite étiquette. Je reconnais immédiatement ces noms, il s'agit des pilotes de la Patrouille Suisse ... Entre-temps, mon pilote m'a rejoint et m'assiste dans le contrôle du parachute ainsi que dans son réglage. Prêts avec l'équipement au complet, nous sortons du local et marchons en direction du tarmac pour effectuer la prise de notre avion. Heureusement qu'il ne faudra pas effectuer une marche trop longue car le parachute pèse et j'ai plus l'impression de ressembler à une tortue qu'à un pilote avec ce matériel sur le dos! A ce moment-là, les mécaniciens sont justement en train de sortir la "Juliet" 3201 du hangar et la plaçent sur la ligne jaune à côté de l'agrégat de démarrage.

On a beau dire que le Tiger est une "vieille caisse", moi il m'impressionne avec son long nez et ses petites ailes fines comme des lames de rasoir. Je serre les fermetures de mon pantalon anti-g et fixe les planchettes sur celui-ci avant de grimper le long de l'échelle qui me permet d'accéder au cockpit arrière. Je connecte immédiatement le paquet de survie à mon harnais, serre les ceintures et branche l'oxygène. Le mécanicien vient ensuite contrôler quelques points importants avant de redescendre et d'ôter l'échelle. Pendant que le pilote s'installe à l'avant, j'inspecte minutieusement ce cockpit. Bien que j'ai eu droit à une explication détaillée de celui-ci hier durant le briefing du cockpit, j'ai de la peine à m'y retrouver! Où se trouve la "moving map", le commutateur du pilote automatique ou encore les divers écrans de contrôle? A nulle part tout simplement parce que cela n'existait encore pas lors de la conception de ce jet! Les instruments ronds à aiguille sont omniprésents et contrastent avec les écrans moderne que j'ai l'habitude d'utiliser. Certains systèmes sont vraiment archaiques comme celui de navigation par exemple. Le pilote a pour seule aide une plateforme inertielle couplée à un HSI, ce qui lui permet d'entrer les coordonnées de diverses références et de trouver environ sa position. Il est vrai cependant que je ne suis pas là pour contempler la planche de bord ...

L'agrégat qui fourni de l'air comprimée directement aux réacteurs est mis en marche. Il fait un terrible boucan, à tel point que je n'entends pas les réacteurs démarrer! Je me contente de suivre la procédure sur les écrans de contrôle des moteurs. La checkliste après le démarrage est effectuée et les différentes commandes de vol sont testées par le pilote qui communique par signe avec le mécanicien qui contrôle chaque manipulation de commande. Une vingtaine de minutes après la prise de l'avion, nous sommes prêts au roulage.

La procédure de roulage avec le Tiger s'effectue avec la verrière ouverte ce qui me permet d'apprécier le sons des réacteurs que le pilote régule pour avoir la poussée nécessaire. Nous roulons juste derrière trois PC-21 qui se préparent au décollage. Je suis heureux comme un pinson dans ce cockpit arrière, sans le stress d'un programme à effectuer comme mes collègues; je suis là pour apprécier ... Je reçois l'ordre de fermer la verrière ce qui va me permettre de régler la hauteur du siège par la même occasion. Pour la petite histoire, j'ai jugé la visibilité vers l'avant très bonne depuis le cockpit arrière et ceci, jusqu'au moment où j'ai dû descendre le siège car mon casque touchait la verrière lorsque j'ai essayé de la fermer! En fin de compte j'ai tellement dû descendre mon siège que je ne voyais plus grand chose vers l'avant, bien moins que dans le PC-21!

Nous nous alignons sur la piste 04, les freins sont serrés et la jambe de train avant est allongée afin de nous donner l'incidence nécessaire pour le décollage. L'autorisation de décoller nous parvient depuis la tour d'Emmen:

"Shark two-one, wind calm, runway zero-four, clear for take-off, report Rotkreuz"

"Clear for take-off, Wilco Shark two-one !"

Les leviers de puissance sont poussés jusqu'à la position "MIL" (puissance maximale sans post-combustion), je sens les réacteurs qui se mettent à vrombir et qui font vibrer toute la caisse! Les intruments sont dans le vert, les freins sont lâchés et les leviers sont poussés finalement en butée avant, pleine post-combustion!

L'accélération est franche et la piste commence à défiler rapidement. Bien que je n'entende que très peu les réacteurs, je sais qu'ils hurlent comme une horde de lions! L'aiguille du compteur de vitesse passe les 140 nœuds, le manche est tiré légèrement et l'oiseau de fer prend son envol. Les roulettes sont rentrées et il est déjà temps de couper la PC (post-combustion), la vitesse passe déjà les 210 noeuds. Une altitude d'environ 3500 pieds est rapidement atteinte et maintenue en direction de notre point de sortie. Effectivement, le déroulement est un poil plus rapide qu'en PC-21, mais j'arrive à suivre sans problème.

"Shark two-one, Rotkreuz 3500 ft"

"Shark two-one, you may leave, goodbye!"

Alors que nous quittons la CTR de Emmen, le pilote me demande par intercom:

"Bon si tu es prêt, à toi les commandes!"

Ohh bien sûr que je suis prêt! Je place ma main gauche sur les leviers de puissance et ma droite sur le manche. Des commandes bien plus simples que celles du PC-21 qui comporte une multitude de boutons et leviers (HOTAS), là uniquement quelques boutons qui se courent après et c'est même beaucoup dire! Me voici donc aux commandes d'un F-5F! Nous atteignons les 400 nœuds que je vais devoir maintenir en réduisant significativement la puissance. Je remarque sensiblement le surplus de vitesse par rapport au PC-21, nous volons quand-même à près de 100 nœuds plus vite et ce n'est pas négligeable. Toujours vers 2000 pieds au-dessus du sol, je m'essaie à quelques virages en vol horizontal en direction de l'est. L'avion répond immédiatement et fermement aux ailerons, je le trouve même sensible sur l'axe de roulis. J'ai l'impression qu'il glisse dans l'air comme une luge sur une piste enneigée. Il faut dire qu'il y a de la masse, près de sept tonnes.

Je vais maintenant effectuer un exercice qui me démontra la puissance de la machine. En vol stabilisé, je réduis la puissance au ralenti, sors entièrement les aérofreins pour ralentir la caisse jusqu'à environ 250 nœuds. La caisse vibre pas mal avec ces palettes sorties sous les ailes! L'aiguille sur 250, je rentre les aérofreins et pousse les manettes sur "MIL", pour "Full PC" … là j'ai l'impression de me prendre un coup de pied au c.. magistral, collé dans mon siège; c'est magnifique.

Nous atteignons déjà le lac de Walenstadt et notre zone de travail se trouve un peu au sud de celui-ci. Bien que quelques nuages collent encore les pentes à certains endroits, nous trouvons un trou bleu qui nous permet de monter au-dessus du relief. Je me rappelle de ce moment comme si j'y étais encore et je dois dire que les images que j'ai vu défiler à cet instant feront parties des plus belles de ce vol. Imaginez l'avion cabré à 45°, une vitesse de 300 nœuds, ça grimpe. Au moment de passer à travers le trou bleu, je lance un coup d'oeil sur le bout d'aile gauche, là où se trouve le missile "Sidewinder". On m'avait prévenu qu'il bougerait pas mal durant le vol, effectivement c'est le cas! Bref, pendant que le missile branle comme pas permis à son bout d'aile, les nuages et le relief s'éloignent rapidement en dessous de nous laissant la place à un ciel bleu innondé de soleil! C'est cela la troisième dimension, mais c'est pas encore terminé … Cet instant est tout simplement magique!

Nous voilà dans notre secteur de travail, au niveau de vol 130 que nous avons atteint en un rien de temps. J'ai la possibilité de m'essayer à un peu d'acrobaties, un régal! Tonneaux, loopings, lazy-8 et autres figures m'occupent. Si les ailerons sont agréables, la profondeur l'est moins et il me faut presque tirer le manche à 2 mains pour tirer un looping. Il faut tirer avec de la force et sur une course importante. L'avion est très souvent en "buffeting", mais c'est tout à fait normal … vous savez une aérodynamique plutôt vieillotte!
Un nouvel instant magique de ce vol va venir se graver dans ma mémoire durant les prochaines secondes, nous allons effectuer un "looping Grande". Niveau de vol 130, la post-combustion est enclenchée et l'appareil est accéléré jusqu'à Mach 0.95! A ce moment, on tire le manche, pas trop, environ 2g … le nez monte peu à peu … nous atteignons la verticale et un coup d'œil à gauche m'impressionne, la couche nuageuse s'éloigne terriblement vite, nous pourrions presque sortir de l'atmosphère! L'aiguille de l'altimètre tourne comme une toupi dans son logement alors que nous montons. Nous parvenons finalement sur le dos au niveau 320, 6000 mètres de gain d'altitude pour un looping, c'est tout simplement extraordinaire. Au sommet, perchés à presque 10'000 mètres d'altitude, j'ai l'impression que le temps s'est arrêté …

"Tire bien le manche, sinon la vitesse sera trop faible"

A deux mains, je tire le manche au ventre toujours en "buffeting" et laisse redescendre le nez vers notre belle Terre. La descente se fait douce afin d'accélérer jusqu'à Mach 0.95 à nouveau … allez on va se faire plaisir avec un deuxième!

Par radio, le pilote informe le contrôleur que nous sommes prêts pour le prochain exercice, une interception et une identification. Il s'agit d'un exercice de police aérienne que j'ai déjà eu entraîné sur PC-21. Avec le radar simulé du PC-21 c'est presque du gâteau, mais alors là, avec un radar sur lequel s'affichent toutes sortes d'échos possibles et immaginables, je dis chapeau au pilote qui parvient à trouver la cible sur le scope et à l'accrocher! Moi j'ai rien compris à son histoire de radar … Nous nous approchons et il faut acquérir la cible visuellement pour se rapprocher et l'identifier, ce que le pilote fait avec précision. Il s'agit d'un F-5E aux couleurs de la Patrouille Suisse, c'est sublime. Le pilote me démontre les différentes positions en vol de patrouille. C'est bien joli tout ça, mais la position en patrouille serrée est terriblement proche, à tel point que j'arrive à lire le nom sur le casque de l'autre pilote alors que son missile branle juste à côté mon cockpit! C'est vrai que sans hélice qui mouline à l'avant, on peut se rapprocher un poil plus près! Je reprends les commandes et effectue du vol en formation serrée d'un côté, puis passe en dessous et me stabilise de l'autre côté. Ahh la vache! C'est vraiment proche et je suis tendu comme une corde à piano comme doivent le témoigner mes orteils que je crispe sans parler du manche à balais que je serre de ma main crispée comme si je volais en patrouille pour la première fois!

Nous terminons le vol en formation et nous préparons pour un "Dogfight", un combat aérien à vue ...

La suite de ce récit est encore en cours de rédaction, je vous remercie d'ores et déjà pour votre patience !

Commentaires:

Commentaire de: Demierre Lucas [Visiteur]
Adieuuu.

Arf, content pour toi, c'était aussi de loin l'avion que j'aurais préféré voler quand j'étais petit (vivre sous le château avec les jet qui passaient au dessus pour l'entrainement DCA m'a fait rêver pendant bien des années.
Enfin, je me réjouis de lire ton aventure à bord de ce jet.

Lucas
Permalien 09.05.09 @ 09:53
Commentaire de: Laurent B. [Visiteur] · http://www.airpic.net
Merci pour la 1ere partie de ce récit. On attend la suite :o)
Permalien 14.05.09 @ 12:22
Commentaire de: LJ35 [Visiteur]
Ca a dû être une sacrée expérience ce premier vol en jet !! J'ai eu l'occasion de voler quelques heures sur L-29 Delfin, un avion de la même génération que le F-5 (ils ont effectué leur premier vol à 4 mois d'intervalle), c'était génial !
Permalien 16.05.09 @ 16:07
Commentaire de: Gobet Micaël [Visiteur]
Salut Alain,

J'aurai bien voulu être à ta place, il est magnifique le F-5 Tiger!
Il super cool ton blog!

Au plaisir!

Micaël

Permalien 16.05.09 @ 19:07
Commentaire de: Grimmi [Visiteur] · http://www.flugzeugforum.de
Salut Alain,

oui - tu as raison avec le Tigre - c'est le plus belle avion jet militaire le moment dans la suisse :D
J'adore aussi les avions 'gameboy' (F-18) - mais avec les Tigres j'ai que des bonnes souvenirs !
A demain, Grimmi
Permalien 19.05.09 @ 08:35
Commentaire de: Claude-Alain [Visiteur] · http://www.fozair.net
Récit palpitant, on se réjouit de lire la suite. Merci de partager :-)
Permalien 19.05.09 @ 08:47
Commentaire de: Yannick [Visiteur] · http://www.aeromedia-concept.ch
Salut Alain,

Géant ! Il me tarde de lire la suite sur ton vol ;-) Ca doit être le pied !!!

A+ et salutations à Murielle !
Yannick
Permalien 24.05.09 @ 18:30
Commentaire de: Nicolas [Visiteur] · http://www.virus-aviation.com
Salut Alain, encore une fois j'ai adoré lire le début du récit de ton premier vol sur avion de combat. Maintenant j'ai hâte de lire la suite. Merci de nous faire partager tes expérience aéronautique.

Salutations Nicolas B.
Permalien 25.05.09 @ 19:58
Commentaire de: Laurent B. [Visiteur] · http://www.airpic.net
Merci encore pour cette seconde partie du récit !!! Vivement la partie Dogfight :o)
Permalien 07.06.09 @ 19:56
Commentaire de: Adrien [Visiteur]
Rien que de te lire j'en suis tout retourné. Incroyable... et dire que dans plus très longtemps, ce sera toi aux commandes (tout le temps je veux dire) et pas sur un Tiger, sur un Hornet !

Nom de bleu, pour un avion qui a 45 ans de conception, on peut dire qu'il a de beaux restes. Bienvenue dans le monde du jet !
Permalien 07.06.09 @ 21:07
Commentaire de: Nicolas [Visiteur] · http://www.virus-aviation.com
Remerci pour la suite de ce vol, juste en lisant ce que tu écris, on est dans l'avion. J'aurais une petite question, est-ce que le F-5 vol mieux que la caravane de Stephen Grey :-)

Content de t'avoir croisé toi et Murielle à La Ferté

Salutations Nicolas
Permalien 09.06.09 @ 21:25
Commentaire de: CRASH [Visiteur]
Salut,

fabuleux, le rêve continue pour toi c'est génial, en plus tes récit sont toujours aussi beau,

j'espère que ça continuera comme ça pour toi

aller bon vol
+
Permalien 15.07.09 @ 00:39
Commentaire de: PSV_Fahrenheit [Visiteur] · http://www.patrouille-suisse.net
Salut Alain, magnifique Récit, je l'ai lut 2fois, et je peux te dire que j'ai tiré une sacré tronche....
merci de nous faire rêver avec ce blog!

A+

Fara
Permalien 06.08.09 @ 07:18

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