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Un C 172 le long de la frontière algérienne jusqu’au Sahara Occidental par la route de l’Aéropostale - Mars 2009

Une fois encore, notre brave Cessna va être prié de tout avaler sans broncher, et il va le faire. Arrivée 10h au hangar, siège arrière vite démonté, et matériel attaché sous filet ; il est temps de partir pour un air différent…
Décollage 14h, cap direct sur Reus (Tarragone) atteinte en fin de journée, et nous sommes à Oujda le lendemain midi en 9 h de vol depuis la Suisse. C’est long, mais c’est aussi la rançon pour pouvoir voler avec ce type d’avion sur le désert. Et puis il y a longtemps que nous n’avons pas pu discuter un peu… (Photos)

[Suite:]

Salam, et avitaillement pour 200 l dans les ailes et 60 l dans nos bidons. Cap plein sud et 1h30’ plus tard nous arrivons à Bouarfa, au travers de grains passagers sur un désert extrêmement vert, suite à des pluies importantes. Le relief d’abord plat, à environ 4'000ft, est entrecoupé de barrières de petites montagnes aux couleurs surprenantes, mélange de vert, gris et jaune.

A Bouarfa la turbulence nous attend. Vu du ciel, le bled a l’air d’être sorti du désert comme un décor artificiel. A cette époque, on dit souvent que les 4 saisons y passent sur la journée. Nous le confirmons. L’été par contre, il paraît que c’est un four au milieu du jour.

Le but de départ est atteint. Demain nous serons le premier jour de la semaine, à pied d’œuvre pour le stop nécessaire de 24h avec 2 objectifs : faire des courses, et surtout obtenir la suite de nos autorisations par le fax de l’hôtel.

Notre portable marocain appelle, rappelle, insiste, et rebondit de bureaux en bureaux, de préfectures en préfectures… L’après-midi, enfin, les contacts se confirment.
Rabat traîne les pieds (c’est dur le lundi…), alors que les autorités locales de nos destinations s’avèrent plus efficaces, et cordiales comme d’habitude. C’est bizarre comme certains contacts sont redoutables d’efficacité et d’autre nuls. En fait au Maroc, il y a 2 vitesses pour traiter les problèmes ; la première et la sixième !

Rencontre avec 2 sympathiques Françaises en 4X4 qui participent à une ONG. Elles sont seules sur leur parcours et ont laissé à la maison leurs maris fatigués… Elles ont entre 65 et 70 ans, et font plaisir à voir dans leur vieux Toyota équipé pour la piste.

Au petit matin du lendemain, réveil à la première prière, juste avant l’aube, car notre «petit-taxi» nous attend pour filer comme deux évadés tellement l’air semble pur. La longue et superbe piste de Bouarfa contraste avec la petite ville. Les maîtres des faucons des Emirats l’ont construite pour venir y chasser avec leurs rapaces… Ciel bleu et visi fabuleuse, cette fois le vrai et profond désert nous attend.

Vol de 2h entre 2 et 3'000 ft surface pour Erfoud à côté des dunes de Merzouga; Des îlots de verdure sont nés au milieu du sable. Les tentes des familles nomades sont nombreuses sur cette région et sa population vit sur le no-man’s land algero-marocain. Le passage de notre avion effraie les troupeaux de chèvres et de moutons, même en volant à une altitude respectable. Ici le bruit n’existe pas.

A l’arrivée vers les dunes orange, nous apercevons que les pluies y ont laissé deux lacs importants. Nous rattrapons en radada quelques 4X4 et un étonnant banc de flamands roses avant d’atterrir à Erfoud.

Premier atterrissage sur une piste en sable, c’est le bonheur de la liberté ! A l’arrêt du moteur nous dégustons ce merveilleux silence et la douceur de l’air. Pic-nic sous l’aile du Cessna, assis sur nos chaises pliantes… (Non, le ridicule ne tue pas).

Pendant notre repas nous avons la visite du vice préfet de Rissani, puis de 9 policiers, tous tirés à quatre épingles. En presque une heure, ils recopieront tous les papiers de l’avion et les nôtres, sauf nos licences qu’ils reviendront chercher plus tard… Il faut reprendre l’habitude de cette paperasse permanente qui se répètera partout.

Premier bivouac à Alnif ; Après un vol le long du massif Sagho la piste est découverte en 10’ et s’annonce roulante. Un 360° et 2 passages suffisent pour en confirmer l’état. Nous posons le temps de décharger, monter la tente et… saluer 2 policiers qui viennent s’inquiéter de notre confort.
Petit vol gratifiant en fin d’après-midi dans les lueurs qui jouent avec le relief.
Nous prenons le rythme du soleil en nous couchant en même temps que lui, et en nous endormant vers 20h. Quiétude rêvée dans ce panorama pour la nuit qui suit et assure notre repos.

Les jours qui se succèdent nous verrons passer à Tazzarine, puis faire un rapide crochet essence à Ouarzazate pour repartir aussi sec vers Foumzguid. Le chef de la Gendarmerie nous y dépêche un garde pour la nuit qui nous tiendra compagnie.

Parfois la nuit le vent se lève fort, et, réveillés par le cache pitôt qui cogne, nous attachons l’avion. Parfois aussi les milliers d’étoiles disparaissent pour une profonde, voir inquiétante noirceur. Dans nos sacs de couchage nous admirons l’immensité de ces nuits face à l’infini.

Les repérages des pistes de brousse continuent d’être exacts et les radada franchement géniaux. Pilotage à l’état pur des heures durant, en silence radio, voilà cette vraie aviation de brousse !

La piste de Tata est belle et facile, à condition de ne pas la confondre avec l’ancienne qui est impraticable (Romuald vous racontera peut-être un jour…). Le Caïd de Tata nous rend visite lui-même en fin de journée, et prend le temps de partager nos vies. La nuit sera superbe et l’aile du Cessna nous protège d’une infime rosée qui s’évapore aux premières lueurs. Comme chaque matin à 06h00 le soleil sort de l’horizon, nous invite au café, et à la contemplation.

Akka est une base militaire plus au sud-ouest en continuant notre cap vers le Sahara. Le coin est plutôt réputé surveillé. Le Major-Colonel contacté sur son portable, nous souhaite évidemment la bienvenue, mais nous demande de rester au nord et surtout d’arriver par le nord. La frontière est proche et des manœuvres militaires toujours possibles.
Nous arrivons bien par le nord, et vu notre altitude presque par la porte. La piste est dans le camp militaire à proximité d’une grande palmeraie. Elle semble très caillouteuse et réduite de longueur par les traces des véhicules qui la coupent au dernier tiers.
Kiss landing sur un tas de cailloux et nous finissons, comme souvent, moteur câlé pour ménager notre hélice. Il est vraiment magique ce désert, même quand on tombe du ciel. Un militaire nous rend visite. Notre dérive rouge à l’énorme croix blanche est notre sauf-conduit.

Nos promenades dans les palmeraies laissent souvent notre monture seule dans ces décors féeriques. A nos retours, il est là, comme une sculpture de couleur étrange, arborant toute la fierté de ses tôles… On le caresse comme un bon cheval (dromadaire?) et souvent nous en profitons pour lui limer les éclats des impacts de gravier dans son hélice.

Une fois encore nous remontons tout doucement la piste pour nous aligner, mettre les gaz très progressivement et nous arracher dans un nuage de poussière. Salutations dernières à nos rencontre d’une heure ou d’un jour par un passage à quelques mètres sol, puis nous montons pour disparaître. C’est reparti, un peu comme pour un autre rêve.

Voilà 5 jours que nous sommes en brousse et à Icht nous avalons 3 approches d’un superbe ruban de sable fin. Mais nous devons nous résoudre à quitter cette région immense à regrets.

Guelmin est notre prochaine destination, alors nous filons au travers des derniers contreforts de l’Anti-Atlas. C’est le retour vers la civilisation côté littoral océanique, avant de suivre la route de la Postale pour le Sahara.

Le terrain de Guelmin est à la fois militaire et civil. 2 Tiger sont au décollage et un ATR en approche. L’accueil est cordial, mais notre cheminement ne concorde pas exactement avec les dates de nos autorisations, ni par la provenance et ni par le fait de poser à Guelmin, même si notre plan de vol a été régulièrement déposé et accepté... Embarras des autorités qui nous vaudra l’impossibilité d’un vol local. En y regardant de plus prêt notre autorisation comporte même une erreur sur l’immatriculation de l’avion en plus du code OACI de Guelmin dans le désordre…
Le commandant de la base est embêté, mais il fera tout son possible pour nous arranger, et comme la jeep de Fort Bou Jerif vient nous chercher, nous partons comme prévu pour 2 jours de repos «4x4».

Bou Jerif est un de ces endroits aussi rare qu’irréel, un endroit qui manque à tout homme qui aime les parfums d’aventure. Nous y rencontrons Denis et Yvonne, mari et femme, motards des Grisons qui apprécient la région depuis de nombreuses années. Sur leur KTM orange ils sont couverts de poussière et n’ont qu’un petit sac de voyage. Les connaisseurs apprécieront l’équipement léger. Comme nous ils dorment sous les tentes locales.

Une vieille Land Rover, louée à 2 jeunes, nous emmène sur les falaises de l’Océan jusqu’au nord de Plage Blanche en 5 heures de piste. Les oueds sont très chargés. Des téméraires en 4X4 ont d’ailleurs été emportés au radier qui précède la piste de Fort Bou Jerif. Et quand un oued emporte une voiture, on retrouve une carcasse broyée, et des noyés, quand on les retrouve…

Ce matin, la météo est aux brumes de mer et notre vol pour Laayoune par la côte s’annonce dans de mauvaises conditions. Nous passons à 700 ft mer maximum puis 500 ft dans la grisaille pour 2h40’ de vol avec 2 à 4 km de visi. Nous ne sommes pas venus ici pour voir les vis du capot, alors on descend tant qu’on peut. Surpris par les hautes antennes des postes militaires le long de la côte, nous nous décalons légèrement sur l’Océan… Finalement ça semble passer.
La marée est haute, et au milieu d’une plage un 4X4 s’est fait coincé par la montée des eaux. Il est planté et «tanké» dans les dunes pour quelques heures…

Les falaises, et l’Océan gris-méchant qui tape contre, sont les décors dans cette brume qui n’en finit pas.
Si on considère à cette altitude, qu’il n’y a ni communication radio après le travers de TanTan, ni terrain de dégagement, ça donne un peu à réfléchir. Mais les pilotes de la Postale devaient réfléchir à leur navigation alors que nous avons 2 GPS ! Donc, même dans ces minimas il est exclu de renoncer, évidemment. Pour le piment on s’entraîne à repérer : « si le moteur s’arrête, tu poses où ? » Parfois un bout de plage, parfois le plateau, mais presque toujours la garantie du tas de tôle pliée, car si le Sahara est plat, il l’est seulement d’en haut en général.

Tarfaya arrive dans le gris… Emotion en passant sur cette piste au tournant de Cap Juby et la Casamare !

Salut respectueux du fond du cœur à St Ex, Guillaumet, Mermoz, à tous les pilotes, à Daurat, à tous les mécanos de l’Aéropostale. Un bref et grand moment, à vivre une fois. Et on se surprend à se retourner pour voir le cap disparaître… Finalement nous sommes heureux de l’avoir fait dans ces conditions, un tout petit peu comme eux.

Au travers de Laayoune le ciel passe 6/8 puis 4/8 et nous posons avec 25 kt de vent 15° droite. Au Sahara Occidental les alizés soufflent forts à très forts, surtout le soir. Les metars annonçant 28 kts, rafales 37 kts ou plus, ne sont pas notre habitude et il faut faire avec, ou on reste en Europe… Heureusement, les pistes sont à peu près orientées aux vents dominants, mais les surprises sont possibles.

Les avions de l’O.N.U. sont seuls sur le tarmac avec un ULM français qui descend à Dakar. Au moins en voilà un qui paye son essence (auto) seulement 6 fois moins cher que nous ! Au Sahara l’essence est détaxée sauf l’Avgas qui coûte la bagatelle de 3 euros le litre !

«Petit taxi» pour visiter sommairement Laayoune et nous mangeons à la gare routière en attendant le plein de passagers d’une vieille Mercedes en direction de Tarfaya.

Nous sommes attendus au camping des Bédouins chez Luc et Martine pour une nuit. La sebkha (dépression asséchée) y est magnifique. Nous dormirons face à ce spectacle. Décidemment cette nature réserve des panoramas extraordinaires.

Un 4x4 loué sur place avec l’aide de Luc nous emmène le lendemain pour une boucle au travers des dunes jusqu’à la côte. La piste est dure, entre sable mou et parties rocheuses cassantes. La récompense arrive en atteignant l’Océan, où nous roulons dans un confort total sur la plage jusqu’à Laayoune. Une centaine de kilomètres de plage bordée de quelques villages de pêcheurs, où des chiens costauds et bien nourris nous courent après…

Fourbus de notre vadrouille, le soir venu, notre guide nous laisse en ville dans un hôtel typique. Nous passons la soirée à flâner en ville. Ici les minarets n’appellent plus à la prière et restent silencieux. Nous sommes au Sahara, mais bien des différences nous échappent encore...

Dès le petit matin, notre Cessna nous emmène de Laayoune à TanTan pour un vol superbe et ensoleillé. D’abord sur le plat désert orné de milliers de barcanes, puis ensuite nous continuons en longeant la côte océane.
L’Océan et le ciel sont «bleu bonheur», c’est nouveau comme couleur. Imaginez encore un cran au dessus de la lumière méditerranéenne…

Approche en rassurant le contrôleur par plusieurs radials, distances et estimées comme souvent…

Atterrissage, solide arrimage, formalités aussi lourdes qu’à Laayoune et un taxi nous descend du plateau vers le passage de l’Oued Drâa quelques kilomètres avant son embouchure. A chaque barrage de police, si les policiers nous voient, on recommence à remplir des copies de passeports.

Le taxi nous laisse au bord de la piste qui mène au Ksar de Tafnidilt. Nous y attendons une Jeep pour les 7 km que seul un 4X4 peut parcourir. Le Land arrive dans le quart d’heure et nous emmène pour ce site unique.

Le Ksar, construit par Guy Dubau entre 2000 et 2002, est une aventure humaine et un véritable joyau au milieu du désert. L’accueil amical de Guy, de Magali et de leurs employés, la bonne table, font de ce lieu un havre de paix qui tient de l’exceptionnel.

Les clients, baroudeurs ou non, silencieux, restent comme des statues face au paysage. Personne ne passe à côté de l’admiration de ce spectacle en lueurs, qui, autant naturel qu’il soit, reste impressionnant. Si un jour vous avez envie d’autre chose, ce lieu est aux portes d’un autre monde, par ces lumières, les montagnes qui l’entourent, le vieux fort en face, l’Oued Drâa à proximité, les dunes sur le plateau et l’architecture du ksar. En dire plus serait trahir la surprise de ses murs, comme pour Fort Bou Jerif.

Au départ de TanTan notre situation se corse, et notre retour par le désert le long de la frontière algérienne est refusé. Nous sommes obligés de reprendre le routing officiel via Agadir et Taroudant pour aller à Ouarzazate, seul point de ravitaillement Avgas qui nous convient. Rien à faire, après 4h de palabres inutiles, nous partons tard, dans la turbulence, contraints de suivre la route officielle. Au décollage, cerise sur le gâteau, les questions du contrôleur de TanTan semblent montrer qu’il nous suit aux jumelles…

Nous passons sur l’inversion pour être au calme et même Coriolis nous invite à monter pour gagner de la vitesse. De toute façon nous savons que le relief des hauts plateaux imposent minimum 8000 ft entre Taroudant et Ouarzazate. 3h30 après, en fin d’après midi, nous arrivons à Ouarzazate scotchés sur notre rail.

Un rapide point météo sur l’Europe se confirme mauvais. Nous envisageons de foncer pour rentrer en Suisse sous peine de rajouter encore une semaine à nos 15 jours de vadrouille.

Après le plein il est d’abord exclu de rester en ville, puisse-t-elle-même s’appeler Ouarzazate. Nous repartons en limite jour-nuit pour Zagora que nous atteignons en 45 minutes.
Bonne nouvelle, la piste en dur réalisée l’an passé est nettement trop courte pour un liner, et son enrobé ne vaut guère mieux qu’une bonne piste en sable. D’ailleurs la quantité de sable sur la piste est preuve que la nature prend sa revanche. Ce n’est pas demain que les low cost vont débarquer ici !

Camping chez Ali, un œil rapide sur le net, et nous confirmons notre décision de passer devant le mauvais temps qui arrive de l’ouest en Espagne et au Maroc. Ce sera notre dernière nuit sous tente entre les murs de pisé.

A l’aube, tout en déposant un plan de vol Zagora-Oujda par téléphone, nous regagnons le terrain. Nous saluons les militaires en poste qui surveillent la frontière avec des ULM Tornado équipés de train brousse et peints en …vert ! En 3h40 nous arrivons à Oujda, via Errachidia et via le travers ouest de Bouarfa.

Vers 15h nous abandonnons l’Afrique pour un départ sur Almeria seulement, pour une essence à un prix plus raisonnable. 1h30 plus tard nous voici en Europe, histoire de quelques tapas et un climat encore doux.

Dernier jour du retour et fin de notre retraite de quiétude, nous posons à Reus à midi après 3h30 de vol, et rentrons sur Lausanne en 4h30.

C’est fini… Notre brave Cessna a rempli sa mission et mérite un bon nettoyage.

En conclusion nous avons encore découvert des régions nouvelles, aussi belles que perdues le long de la frontière algérienne et au Sahara Occidental. Seuls les militaires nous ont un peu compliqué la vie au sud de l’Anti-Atlas… Puis finalement la DAC à Rabat s’en mêla pour nous empêcher de revenir le long de l’Algérie, mais notre temps était compté tellement nous avions traîné dans le sud.

14 jours de paysages superbes, 38 h de vol dans des conditions extraordinaires, un avion qui ronronne de plaisir et évite tout seul les pierres coupantes… Qui dit mieux ?

Romuald & Didier

Foire aux questions :

« La sécurité ? »
Aucun problème.

« Quels hôtels ? »
Nous allons sous des milliers d’étoiles, sous l’aile du Cessna, dans les auberges locales ou les sites merveilleux ouverts par ceux qui ont adopté le désert. Si nous sommes en ville, nous descendons dans les établissements utilisés par les locaux, pas pour le prix, mais pour l’ambiance qui y règne.

« Le rallye, le groupe ? »
Les rallyes c’est certainement très bien, ça rassure surtout par le groupe, mais c’est lourd… Rien que d’imaginer faire le plein en numéro 5, vivre la vie de groupe et subir les commentaires des inévitables 10% qui gâchent tout… Non, nous volons seuls, et à dire franchement la moutonnerie n’est pas notre tasse de thé.
Il n’y a d’ailleurs aucun passe droit pour les organisations et rien n’est plus simple, avec un peu de persévérance, que de préparer son vol seul. Chacun son truc. Au contraire notre solitude tranquille est gage de notre liberté, élimine le risque d’abordage, garantit le calme radio, et préserve les contacts locaux, ce qui fait toutes les différences.
Peut-être un groupe à deux nous semble le maximum du vivable pour préserver l’intérêt des découvertes et éviter le « colonialisme ».

« L’assistance mécanique ? »
Zéro assistance est notre réalité. Chacun ses inquiétudes.
Nous ne prenons pas de pièces de rechange car vous savez « qu’on a jamais la bonne ». Nous emportons quand même 2 pneus, des chambres à air et des outils usuels + fil de fer, scotch etc... Le service de l’avion est fait avant de partir, et le vol de contrôle est le premier leg de l’aller. Ensuite, comme on dit, le moteur et l’avion ne savent pas qu’ils sont au dessus de l’eau et du désert.
Ne pas oublier la lime à ongle surtout ! Le soir venu elle sert de temps en temps, à enlever les éclats des graviers marquant l’hélice…
Il y a quelques années, sujet à une panne d’alternateur, nous avons trouvé le mécano miracle qui nous a réparé un fil déconnecté en 5 minutes.

« L’essence Avgas ? »
Tous les terrains officiels n’ont pas d’Avgas mais la situation s’améliore, sauf le prix.
Lisez l’AIP marocain.
Ceux qui utilisent l’essence auto sont nettement avantagés financièrement, mais il faut des bidons, des filtres et transvaser, ce qui reste une galère.

« Nourriture ? »
Celui qui a mal mangé au Maroc est allé en général dans un établissement qui ressemble à ce qu’on trouve en Europe, et s’il a attrapé la tourista c’est de sa faute. La nourriture est très bonne et très saine au Maroc, il faut juste choisir ce qui est bien cuit pour les fragiles.

« Comment préparer le trajet et les autorisations ? »
Le plus simplement du monde, comme en Europe avec les AIP espagnol + marocain et un peu plus de patience pour s’adapter au rythme différent.
La DAC à Rabat demande des renseignements sur la machine et les pilotes pour le voyage, y compris parcours et dates. 24h avant le FPL doit être déposé et il est accepté. Ensuite, sur le territoire les FPL sont systématiques.
Les autorisations sont nécessaires comme pour certains terrains restreints en France par exemple. Avec ces autorisations, n’importe qui peut aussi y avoir accès. De toute façon les premières balades au Maroc vous amèneront visiter les villes essentielles dont les aéroports sont ouverts à l’aviation générale sans restriction. Ensuite peut-être atteindrez-vous le désert, si vous contractez le virus.
En vol lorsque le contact radio est établi les questions fusent, par culture et absence de radar.

« Danger des pistes de brousse ? »
Ces pistes sont utilisées sporadiquement, parfois moins d’une fois par an. Elles ne sont évidemment pas clôturées, par conséquent leur état peut changer rapidement.
Le danger existe pour celui qui les croit en bon état ou praticables. Pour celui qui sait repérer correctement le vent et la pente, qui fait au moins 2 passages de reconnaissance, qui décide où il va toucher, et quand il sera arrêté, le risque est minime.
Toutefois il faut se souvenir que ces pistes en terre n’ont rien d’homogènes. Souvent un chemin ou des traces de véhicules coupent la piste en deux ou trois endroits. Ces pistes sont souvent empruntées par des camions ou des animaux. Il faut pouvoir estimer la profondeur des traces de ces passages transversaux, diagonaux ou même longitudinaux. C’est l’école de la montagne en plus simple, il faut simplement être juste dans ses manoeuvres. En maîtrisant les basses vitesses, il faut avoir conscience de la température souvent élevée, de son poids et de l’altitude aussi.
Ensuite, le plaisir du vol de brousse et de ces approches toujours nouvelles, sont des sentiments magnifiques.

« L’avion souffre ? »
Oui, plus qu’au hangar de l’aérodrome pendant que son pilote est au bistrot…
Non, car nous procédons à des atterrissages de précaution. Tous les ans quelques impacts de graviers supplémentaires sont ramenés en souvenir, mais ce n’est qu’esthétique et encore faut-il les voir.
Par contre la machine revient jaune sale du sable en suspension dans l’air, ramassé en vol et au sol.

« Météo ? »
Temsi, Métar, Taf : comme d’habitude et aussi du bon sens. Attention les distances sont longues et les vols font souvent 2 à 4 heures à 100 Kt de moyenne avec un avion léger.
Brumes de mer : ce n’est pas dans le tour de piste en ciel bleu d’un dimanche, et tout le monde connaît les aventures de l’Aéropostale sur la côte atlantique.
Brumes sèches : sans risque vu le trafic, sauf en approchant les aérodromes où les infos ne sont pas toujours au top . En vol il faut savoir où on va quand la visibilité devient limite, car le relief est loin d’être plat sur le Maroc.
Atlas : Il est exclu de se risquer dans l’Atlas dans des mauvaises conditions météo. La barrière montagneuse vaut largement les Alpes et les orages y sont violents. L’histoire rappelle pas mal d’accidents, encore ces dernières années, pour certains inconscients qui y ont laissé leurs vies.
Turbulences : Oui ça tabasse de temps en temps. Volez sur l’avion de votre choix, mais évitez l’été ce serait du massacre et de l’inconfort total.
Vents : Forts à très forts possibles en descendant vers le sud au Sahara Occidental. La journée aussi un peu partout au Maroc en fonction de l’élévation des températures. Ça réveille le pilote, et force l’entraînement, d’autant que le gradient est faible du fait de l’absence de relief à proximité des terrains.

Et aussi la question essentielle :

« Pourquoi le désert ? ( Puisque par définition il n’y a rien )»
C’est vrai, là bas on est petit, voir tout petit, et certains n’aiment pas du tout…

Et pourtant nous y allons pour vivre tout simplement, en toute conscience de chaque instant dans des décors fabuleux, une lumière unique, et dans des régions où les relations humaines sont plus importantes que l’objectif à atteindre.

Alors, nous allons ainsi nous changer fondamentalement les idées, en vivant face à l’immensité pour un paquet de souvenirs qui feront qu’on aura simplement vécu….

Et par les temps qui courent un peu de méditation n’est pas de refus face au genre humain.

Contrastes de vie, St Exupéry avait raison : Ce désert, on y revient toujours.

Autres questions ? N’hésitez pas

Didier et Romuald

Commentaires:

Commentaire de: Prével Pierre [Visiteur]
Splendide, extraordinaire, unique, magnifique, fantastique, enviable ! Une histoire vraie comme je les aime, passionnée, authentique, vécue à fond et racontée avec tant de flamme...bravo à vous deux ! Bon vol, belle aventure et que la Force soit avec vous. Pierre de Rosso Corsa
Permalien 20.06.09 @ 22:07

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