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Espagne, quand on aime les grands paysages - Octobre 2010

Souvent en allant vers le Maroc, nous nous disions qu’il faudrait nous arrêter en Espagne et nous intéresser à ce grand pays… Mais à force de « destinationite » vers le désert de l’Afrique du nord, nous n’y faisions qu’une escale pour avitailler à Reus et filer direct sur Bouarfa à l’ouest de la frontière algérienne…
Un jour pourtant cette idée est revenue quand Romuald me laissa le CCO à Vitoria-Gaseitz, puis une seconde fois au Portugal. En rentrant de Cascais à 10'000 ft, j’avais pu traverser l’Espagne d’un trait rectiligne de 4 heures dans un ciel limpide, suffisant pour méditer sur ce paysage et projeter une future visite à une altitude plus propice au vol de brousse. C’était il y a 3 ans… (Photos)

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Nous sommes en octobre. 3h30 debout pour un départ de Genève avec EasyJet à 6h10, un de ces rares vendredis où mon exigeant patron m’a quand même lâché un jour de break.

Embarquement avec le flot de passagers. Je suis loin de mes rêves aéronautiques, ce monde a trop changé pour moi, je m’y sens aussi à l’aise que dans le métro. Réussir à partir est certainement la partie la plus hasardeuse du vol, jusqu’à être assis dans l’avion. Si j’étais pilote, ce matin, je crois que je ferais du cargo…

8h30 posé à Malaga, et je me faufile avec joie, sur l’autoroute, sous un radieux soleil, en voiture de location pour Grenade. Je vais y retrouver Romuald qui sort d’une semaine de conférences sur place. Romuald y est descendu une semaine plus tôt via Biarritz et le centre de l’Espagne en slalomant au travers d’une météo capricieuse.

Nous avons 3 jours de liberté pour rentrer en Suisse et le ciel est à nous pour mieux admirer cette terre ! La Sierra Nevada est somptueuse. Notre programme est simple : Traverser l’Espagne vers le nord et suivre cette côte Nord que nous voulons découvrir.

L’honneur d’un premier leg, m’est donné. Très vite, le classique « No traffic reported » en VFR, nous donne liberté, et le contrôle oublie notre petit avion qui se faufile à sa guise en basse altitude hors des écrans radars. Poliment, nous laissons affiché le dernier code transpondeur du dernier contact radio perdu. Ainsi nous filons en silence sur des paysages sauvages et immenses à 2’000ft surface, cap au 320.

Quels panoramas ! Nous savions l’Espagne montagneuse et désertique, mais nos ailes défilent sur des décors majestueux où le Cessna va trop vite. Il faut encore descendre pour apprécier, et à 1'000 ft sol c’est parfait. Les turbulences des thermiques sont minimes. Les vallées se succèdent, puis des plaines et des séries de lacs artificiels, où les bleus des eaux contrastent avec les ocres du sable et des roches. Par endroits des oliviers sont alignés sur des plantations de dizaines de kilomètres carrés.

Après une semaine de boulot rien de mieux que ces 3h30 de vol qui passent comme un rêve hors du temps, sauf les traversées des zones militaires qui sont toutes actives. Galicia Control, contacté pour la cause, essaye de nous ouvrir le passage, mais les militaires nous prient de dégager. Nous essayons d’expliquer que nous sommes sous le plancher des zones traversées, mais rien n’y change. Certains militaires sont probablement limités dans des raisonnements très verticaux du genre 2 Dimensions On-Off. Ce n’est pas la première fois que les militaires espagnols ne montrent pas beaucoup de souplesse. Hors de leur zone, nous les avons contactés par politesse, il n'y avait pas de Notam, et nous continuons à 1000 ft sol. De toutes façons cinq minutes plus tard, plus rien ne passe à la radio.

Après une nouvelle série de lacs, une nouvelle chaîne de montagnes digne des Préalpes est dégustée, puis nous descendons sur une immense plaine ressemblant à un paysage africain éparpillé de petits arbres parasols. Je jubile en découvrant des possibilités d’atterrir.

Romuald connaît l’existence de pistes privées accessibles à notre avion. Nous en survolons certaines et en découvrons d’autres, sans toutefois nous poser, car nous n’avons pas les autorisations. Et nous voilà déjà à cogiter des projets futurs !

Grattant ces tableaux de la nature, nous quittons l’Espagne pour le nord du Portugal dont l'information ne répond pas non plus, et posons à Bragança en auto-info. Un numéro de téléphone noté à Cascais il y a 3 ans, nous permet de clôturer notre plan de vol. L’aéroport est simplement désert. Puis un préposé, caché derrière un bureau, nous accueille cordialement pour nous commander un taxi.

La visite du vieux village et de ses fortifications nous donne l’occasion de découvrir le château et une table excellente dans un contexte local comme nous les aimons. Tranquillité réelle où le repas nous est servi dans une véritable discrétion de l’authentique belle éducation portugaise. Gentillesse, sensibilité. Ça recale les esprits et certains paramètres de chez nous…

Ce matin samedi, le Cessna grimpe bien malgré sa pleine charge d’essence. C’est une véritable mule cet avion, j’aime sa bonne volonté tranquille.

La traversée du massif en direction de la côte nord-ouest passe par un plateau impressionnant de dureté à 5’000ft. Nous grimpons à 7'000 ft pour constater que rien ne pousse dans cette roche balayée par le vent. Les éoliennes brassent des nuages trop bas pour voler dessous. Spectacle délirant des pales qui tournent et disparaissent traversées par des paquets de nuages qui courent sur la roche grise et pelée. Ici la nature est hostile et froide. En allant vers La Coruña nous semblons nous rapprocher du centre de la dépression pour mieux nous faire secouer. Plus rien de calme n’existe dans cette région et nous pressentons une suite turbulente qui sera effectivement tout, sauf reposante.

Les masses nuageuses s’intensifient et la température baisse encore vers 5°C. La Coruña annonce un ATIS pourri et des rafales à 35 kts dans une crasse à 1’500ft. Il faut redescendre car les couches convergent. Maintenant plus bas, le yoyo commence avec les effets du relief et nous obliquons au 360 en apercevant la baie au nord de la Coruña….. Il va falloir se cacher hors des turbulences des montagnes, car ça commence à cogner sec, ce qui est rare avec le Cessna. Et même si on se demande un peu ce que nous fabriquons là, nous devons sortir de ces turbulences.
Dans un premier temps il faut atteindre le littoral après les dernières bosses, en prenant un ticket gagnant pour la machine à laver qui essore en même temps. Quand on voit le nombre d’éoliennes la situation doit être ordinaire ici. Heureusement que les haubans des Cessna sont réputés très solides.

En atteignant l’Atlantique, le vent va dans plusieurs directions. Nous volons plus ou moins dans l’axe des rouleaux générés par les massifs montagneux qui longent le littoral. Trouver le centre des rouleaux est le jeu pour rester dans un calme relatif. Pas facile.

Et voici une côte déchiquetée qui rappelle la Bretagne ou l’Ecosse. A 1200ft/mer, et 100 m de la falaise, il semble que le meilleur compromis pour notre confort soit trouvé. Comment supposer que derrière le mur de ces montagnes du nord, l’Espagne soit si différente ? La vérité est qu’un galicien ne sera jamais un andalou, mais sa différence vaut certainement celle du breton par rapport au marseillais. La preuve ? Nous sommes à la fin de l’été et la mousse sur les rochers a parfaitement résisté au soleil estival…

Asturias arrive vite pour une escale bienvenue. La contrôleuse nous laisse régler notre distance de turbulence de sillage en nous précisant que le précédent est un « medium », soit un A 320. Du haut de notre incompétence (Medium = jusqu’à 80 tonnes), nous nous marrons un peu et posons prudemment notre unique tonne à 2 minutes.

L’après-midi se poursuit par le même cap Est toujours à 1'000 ft avec les transit de Santander et Bilbao sur un même décor et quelques belles rafales. L’arrivée à San Sebastian dont la piste est presque dans la ville de Hondarribia est sympathique.

La météo dégradée nous talonne et nous laisse peu de répit. Le petit restaurant et l’hôtel typique attendra notre prochain passage à San Sebastian. Aux premières heures de l’aurore, le vent est prévu avec des rafales à 40 kts. Par sécurité nous décidons d'avitailler et filons sur Pau pour nous planquer derrière les Pyrénées à la tombée du jour. Il faudra revenir pour que Romuald me montre son escale préférée sur la route vers le SW de l'Europe.

Dimanche matin, il ne faut pas trop traîner car la dépression s’annonce méchante. Départ de Pau devant le front, alors que des turbulences sévères sont annoncées jusqu'au 75. Abrités par la barrière des Pyrénées en restant à basse altitude sur les premiers 100 NM nous restons au calme, puis nous grimpons au FL 105 pour nous flanquer dans le lit du vent au dessus des cumulus.

Au centre de la France les terrains annoncent des vents très violents dans les basses couches avec des difficultés d’atterrissages et des déroutements pour les petits comme nous. Lyon nous laisse transiter au FL100, et la dépression est larguée.
Nous arrivons à Lausanne presque par vent calme après un retour éclair et des pointes à 160 Kts GS… Pas mal pour un C172 non ?

L’Espagne nous reverra dans de meilleures conditions.

Malheureusement, cette même fin d’après-midi Renaud Ecalle et sa famille s’accidenteront du côté de Montpellier dans des conditions météo très difficiles.

A bientôt, bons vols à tous, et prudence avec nos petits avions. (Toutes les photos)

Didier & Romuald

23:08:33 . 17.03.11 . admin . Europe .