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Balade chez les Vikings - Juin 2011

Traversée de l’Allemagne, du Danemark et de la Mer du Nord : Le rêve au sens propre, au travers de ce sommeil du petit matin. Demi-sommeil en fait, ou peut-être demi-éveil. Le ronronnement d’un moteur… C’est quoi les réjouissances aujourd’hui? Et le rêve semble reprendre le dessus pour quelques instants de répit. Me voilà flottant dans mes pensées aux commandes du Cessna ; Allez, c’est un truc pour me relaxer avant de me lever. Drôle de rêve ce matin, le paysage semble quelconque et gris. Bizarre vraiment, je vole bas et maintenant il pleut fort…Et je vais où ? Romuald est à droite; il semble dormir aussi. Mais c’est quoi cette météo pourrie ? (photos)

[Suite:]

La réalité tout simplement car en fait c’est le contraire, ce sont mes pensées professionnelles qui s’éloignent, comme si elles résistaient, en survolant l’Allemagne et le Danemark, comme ces nuages crasseux qui veulent coller le paysage… Je sors de ma torpeur ; Non définitivement, je ne rêve pas, c’est un rayon de soleil ! Oserait-il, lui aussi, un œil ouvert enfin sur le nord du Danemark ? La cote de la Mer du Nord est grise sur une eau tout aussi grise, les éoliennes sont grandes et tournent régulièrement, majestueuses tapissant le plat pays balayé par le vent d’ouest.

Le premier leg a fait 5 heures, le second s’annonce pour 3. La Scandinavie approche. Les contrôleurs cherchent notre second plan de vol qui s’est égaré. Les danoises nous cherchent, ça nous fait rire, puis les suédoises et évidemment c’est un norvégien qui nous accueille, toujours sans plan de vol… Y’a pas de quoi en faire un plat en Scandinavie. Nous arrivons.

Stavanger Norvège : 10 minutes d’attente sous la couche, le terrain en vue. Le total fera huit heures de vol passées, et une escale-essence depuis notre départ de Lausanne ce matin… Nous y voilà, un peu têtus c’est un fait, mais, comme toujours, contents d’être à pied d’œuvre avec le bon avion pour découvrir les coins reculés. Aller hop, un trou entre 2 liners, et on pose. L’aventure va commencer maintenant pour les 8 prochains jours. Les grands espaces nous attendent. Nous n’allons pas trainer longtemps dans ce béton.

Stavanger le soir : Quel soir ? Il fait jour et il est presque 23 h. Promenade au port dans des rues quasi vides. Ça rappelle la Suisse le dimanche après midi en hiver. C’est triste et froid. Taxi: un chauffeur qui vocifère après un autre véhicule. Je ne pige rien évidemment, mais il semble que ce ne soit pas du Norvégien. Je lui demande par curiosité. Réponse : Kosovo ! On est d’accord… Hôtel pour un prix de fou : Nous nous souhaitons bonne nuit, même s’il ne fait toujours pas nuit à cette latitude. J’ai quand même une bonne raison pour m’endormir : en plus des 8 heures de vol sans PA, j’ai surtout un paquet d’heures de sommeil en retard.

Stavanger au matin face à la couleur du ciel : Sommes-nous vraiment en vacances ? Si vous voulez avancer, nous avait-on dit, il faut voler marginal là haut dans le nord. Il y a longtemps, un vieux pilote m’avait dit que l’instrument essentiel en aviation de loisir était la pression d’huile. En respect de ce genre de principe et face au ciel de ce matin, je rajouterai pour la Scandinavie : la température extérieure…Nous avions bien dans l’idée de voler sans monter pour le plaisir de nous balader, mais nous allons surtout le faire pour éviter de givrer. Il fait combien ? 5°C ?

En partance de Stavanger Aéroport: Go ! On n’est pas là pour rigoler. Le plein pour 6h, filtres douaniers et plan de vol un peu compliqué sur la dernière génération d’ordinateur à pédales. Décollage et cap plein nord : comme il parait que Bergen est le pot de chambre de la Norvège, je n’ose imaginer la suite. En fait les Metar se révèlent super précis pour confirmer que le temps est pourri. Mais en volant à 500 ft sur la mer, ça passe tranquille sauf quand le ciel embrasse les flots. Nous allons le voir plus loin, comme le bon sens nous l’annonce.

Vers Stord : Premier leg sur place. Les contrôleurs suivent parfaitement notre vol et les fréquences nous sont transmises sans hésitation. Assistés de cette cordialité efficace, on sent qu’il n’y a qu’une aviation par ici. L’arrivée d’hier avec ce plan de vol fantôme en plus d’une approche au milieu d’un trafic de liners avait déjà donné le ton en ce sens. Voilà qui fait plaisir.
La Mer du Nord devient belle et 3'000 ft overcast sont le luxe par rapport à notre vol d’arrivée. Alors on dit « il fait beau ! » Et surtout c’est beau, car les gris ont des nuances extraordinaires sur une côte en dentelle de chapelets d’îles par centaines. La météo s’améliore au nord… Et tout devient plus sauvage, pour être totalement sauvage à l’exception de maisons colorées et nichées dans les recoins des îles. Cette fois ça devient superbe ! Ouf.

Cap sur Floro : Bon sang, mais c’est Bergen sous le soleil ! Passage sur l’ouest sans soucis avec l’impression de ne gêner personne. La visi est magnifique, dans un air ultra limpide de ciel de traine. C’est royal ! Par contraste nous venons de changer de planète.
On stabilise à 1'000 ft, ce qui reste la bonne altitude pour voir le pays. Incroyables décors que ces îles habitées dans leurs infractuosités : ces petits hameaux, ces ports minuscules ornés de petites maisons multicolores. Fascinant tout simplement. Les lacs d’eau douce sur les îles sont l’œuvre des pluies. Leurs diverses couleurs sont dans des bleus plus foncés que la Mer. Ce qui surprend, ce sont toutes ces retenues d’eau de pluies à des altitudes différentes en fonction des reliefs rocheux. Pour les pilotes, les approches et finales sont magiques avec des pistes éclairées H24 et un service digne de ce nom sur chaque terrain. Toutes les pistes sont équipées de câbles chauffants. Les îles défilent trop vite, par centaines, l’eau change de teintes en permanence suivant la luminosité et les fonds marins. Ici les forces de la nature ont sculpté les rochers déchiquetés par les vagues. Aux escales, le personnel d’astreinte nous accueille cordialement.

Sandane-Moldo-Rorvik : Superbe journée, superbe lumière. Arrivée sur Sandane dans un Fjord qui ressemble à s’y méprendre à un autre Fjord. Avec un GPS nul doute, c’est un jeu d’enfants , mais sans, il faut bien connaître le coin. Super assistance d’info à la radio, piste encore plus en porte avion et bombée à souhait. Manches à air à sens opposés entre seuil et fin de piste. Paysage absolument génial ! Mon atterro un peu moins... Le comité d’accueil se marre, un peu, poliment.

Discussion avec un équipage d’hélico : Ils surveillent et photographient les lignes à haute tension. Pas compliqué : ils suivent la ligne, qui monte et descend au travers des montagnes et des fjords, le tout à une distance de 30m. A chaque poteau le pilote exécute un 360°. Durée de la mission ? = Autonomie des réservoirs soit 3h20’. Et le photographe ne quitte pas son viseur… Sacrés estomacs les gars.

Nous filons, poursuivant notre une balade dans les montagnes toujours en direction du nord après une incursion sur les fjords profonds où les paquebots s’engagent. Les montagnes tombent à fortes pentes sur les bras de mer qui pénètrent jusqu’à 250 km dans les terres. A 3’000ft nous sommes au milieu des fjords alors que les crêtes culminent à 5'000 ft. Paysages impressionnants. Moldo sera sans soucis au milieu de la mer. Les TAF se confirment et la suite ne s’annonce pas très limpide. Pas de doute, la météo change vite. Les gars nous disent qu’on peut se faire « stocker » (to be stocked) jusqu’à 15 jours dans les régions du nord ! Réjouissant… Nous nous fixons un minima à 500 ft car certaines îles sont de sacrés cailloux. Je me dis aussi que vu leur nombre, le GPS ne peut pas toutes les avoir.

A 20 NM de Bronoysund les contrôleurs annoncent 700ft OVC / 400ft FEW avec une visi 3km : c’est jouable… Nous sommes à 400 ft/MSL sans intention de descendre plus bas. Des paquets de nuages semblent cacher la mer au travers de la pluie. Juste, cette fois la visi passe aux vis du capot. Le ciel s’est posé sur la mer. Romuald me pose la question qui tue : « Et tu fais quoi maintenant ? ». On va finir par se faire un caillou ou un bateau, et surtout il fait froid et sombre comme si la nuit arrivait. Allez c’est parti pour un U turn et on revient sur Rorvik qui nous reprend à la radio. Ça fait ch… Comme souvent dans ces conditions marginales on ne sort pas vraiment de la peuf. Quand l’île de Rorvik apparaît à 2 NM, elle est une barre noire bien « stockée » dans le sommet qui disparaît. La piste est côté opposé, sur le versant sud. Je continue sans descendre, mais sans monter en tout cas.

J’ai l’axe facile sur le GPS et je poursuis pour une approche par le nord qui m’est annoncé libre en espérant un dégagement visuel ou un bout de vallée libre. Un col sort des nuages pour 1 NM, à mon avis c’est le seul. Il est juste visible pour quelques secondes, je plonge, évite l’antenne parfaitement rouge sur le GPS, sors toute la ferraille et m’établis sur un swing en suivant les lignes clignotantes lumineuses. La piste apparait et me surprend avec un décalage d’au moins 10° gauche pour son axe. C’est quand même génial, avec un C172 on peut faire presque tout et surtout n’importe quoi. Je stabilise mon approche quelques secondes avant de toucher. « Tout sauf dans les clous », je pense en roulant, mais quand « faut pas trainer » mieux vaut ça qu’un tour trop long autour d’une île perdue en train de passer QGO…

A l’arrêt, il fait vraiment froid et la pluie semble gelée. Je suis un peu fâché d’être là et je sens que les ìles Loffotten nous échappent. Romuald est comme d’habitude, imperturbable, admettant la météo sans sourciller. Du coup ça m’énerve encore plus… A la tour, la vigie nous confirme que l’arrivée IFR nécessite un plafond à 1’800ft…Pourtant personne ne semble surpris de notre procédure ce qui me réjouit. Nul doute que pour voler ici, il faut parfois se démerder. Et comme toujours un gars du terrain nous descend en ville pour louer une fisherman cabin, jaune pétante.

Adieu Lofotten : C’est foutu. L’analyse des météos nous laisse juste une porte maintenant pour traverser la chaine de montagnes vers la Suède. Du côté de Moirana 3’500ft suffisent pour s’enfiler au travers des bosses cap à l’Est. On verra demain.

Les zones survolées nécessitent matériel de survie et la carte est lacunaire. Le vol est gris sur des paysages enneigés mais ça passe avec 500ft entre col et couverture nuageuse. Que du bonheur car au passage sur la Suède, le ciel se déchire et les nuages se reflètent sur des lacs lisses comme des miroirs. Le survol des forêts est enchanteur. Je me sens plus à l’aise qu’à 500 ft sur la mer, où même gilets enfilés c’était plutôt la combinaison qui s’imposait. En cas de panne il aurait fallu des secours rapides avec une eau à 5°c… Pourtant les sapins ne sont pas le terrain idéal pour se vacher.

Hemavan : Une longue vallée précède un grand lac avant Hemavan que nous apercevons aux confins. Fini le relief rocheux, les forêts dominent par des nuances de verts sous une forte lumière. C’est beau, vraiment enchanteur. L’atterrissage révèle un aéroport désert. La sortie trouvée nous permet de découvrir une station de ski réputée en Suède et surtout d’aller nous restaurer. Au retour le contrôleur est revenu pour nous annoncer un : « runway is free ».

Gargnäs : la brousse, la vraie, un bout du monde où la terre et l’eau se mélange. Vent arrière sur l’eau pour une île allongée qui n’est qu’une piste. Dernier virage en contournant des peupliers, courte finale toujours sur l’eau et l’herbe plutôt molle nous accueille. Une sorte de Grâal sous le soleil. Sac à dos et courte marche pour un camping de chalets en rive du lac. Des canoës dans la lumière, avec ce soleil qui ne semble jamais vraiment descendre mais simplement se déplacer sur l’horizon. Le calme, comme quelque chose de nouveau, des habitants aux abords bourrus, mais en réalité très serviables et accueillants. Etonnante population de certains qui ont fuit le béton pour revivre ici, proche de la nature… Et comme souvent, un drapeau suisse sur une maison.

Après une nuit il faut se faire violence pour s’arracher à ce décor. D’ailleurs le décollage sera difficile du fait de la mollesse du terrain… Dans mon esprit, l’hydravion est une image dans « le peut-être un jour », mais le train de brousse devient une prochaine évidence.

Hallviken : Essence confirmée après quelques téléphones et nous filons pour 3 heures de « sapinage » entre-coupés de lacs. Quel spectacle !!! Au bord de certains lacs des petites maisons apparaissent au bout du monde. Et nous rêvons d’un bon Cessna hydro qui serait équipé sur place pour les 3 mois d’été.

Il y a peu de trafic et la radio est calme. Sweden Info semble nous oublier, mais la curiosité prouve le contraire ; la « suédoise » nous suit à la trace, même si elle ne parle pas, elle répond du tac au tac, plus vive que l’Ours brun.

La météo tourne et la nature nous rappelle à l’ordre. Il faut slalomer mais les visi horizontales sont suffisantes. Atterrissage à destination sur une piste en mauvais état entre les grains et le vent qui s’accumulent. Swen notre contact, est venu à vélo au travers de 18 km de forêt. Ici c’est le canton des Ours. Mais Swen n’en a aucune crainte. Une vieille cuve d’avgas nous attend et le plein sera fait à la pompe à main avant de rentrer l’avion. Ce ne sera pas vraiment facile car le manche tape contre un retour de tôle de la cuve. Un coup de scie raccourcissant le manche améliorera le débattement ! En brousse les solutions sont radicales. Et la météo tourne à la douche gelée sur un ciel pourri, bas et noir. 3 avions dans le hangar. C’est à nouveau l’hiver.

Rouler sur les routes, qui sont des pistes en tout venant gris, entre les sapins, même sous cette météo nous montre les beautés et la grandeur de ce pays. Camping en « cabine » : Rustique certe, mais pas sans confort et au chaud tout va bien.

Un soir : nous retrouvons Swen chez lui, au bord d’un Lac où est attaché son hydravion. Nous sommes invités pour la fête de Mid Summer. Swen est super sympa, discret, et disponible pour nous, comme si rien d’autre n’avait d’importance, comme s’il nous attendait. Balade à pied : 12° C et des gamins se baigne au lac. Ils sont fous ces vikings !

Siljansnäs : Au travers des forêts, des routes rares qui s’élargissent de temps en temps pour être utile aux avions. Les seuils sont clairement matérialisés. Des restes de la guerre froide parait-il… Voilà qui crée des envies d’arrêt sandwich. Trop beau ! Il faut remonter à mes heures d’Ulmiste pour faire ça. Pas de doute ici les mots liberté et espace ont un sens. Je jubile.

La civilisation revient. C’est relatif, mais nous sentons l’œuvre de l’homme approcher car les constructions apparaissent et intensifient leurs présences.

Oser demander la piste en service est presqu’une tare. Le mode d’emploi reste d’abord un passage radada pour prévenir et aussi faire dégager la piste. Un allemand du coin nous répondra poliment qu’une annonce aveugle est toujours possible en ajoutant un laconique « if you want »
En général après le décollage un passage est aussi une politesse pour dire au revoir.
Décidément ils me plaisent ces nordiques.

Village aéronautique : Une belle équipe de voisins et des maisons cachées dans les bois. Des hangars en bois aussi avec des beaux avions de toutes sortes. Ici on aime la nature et l’aviation.
L’ours : Aperçu il y a 2 semaines à l’orée du bois. Certains l’ont vu et en parle. Ça sent le bonheur autour de cette table.

Stockholm : Rien à dire le béton arrive, même si tout est relatif, et la radio crépite. Pour moi c’est fini. Un taxi pour changer de terrain, et easyJet, just on time. Romuald part en conférence sur place et redescendra l’avion avec Darcisse sous la pluie la semaine prochaine… Décidemment il pleut tout le temps en Allemagne ?

Salut la Scandinavie, ça sent la Liberté là haut, nous allons nous revoir.

Vol easyJet au retour. Je somnole et le rêve reprend : j’ai laissé un avion là bas, je fais des A et R avec la ligne pendant l’été. Quoi comme avion ? Un avion de brousse, un vrai qui pose dans les petits coins !!!

Bons vols.

Didier

18:38:53 . 03.12.11 . admin . Europe .