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Un Cessna au Maroc - Mars 2006

Dans cette grisaille blafarde, rien ne brille sauf notre envie de partir, et dans le cockpit de notre petit avion l’ambiance est au ciel bleu du sud Maroc.

Lavant l’avion de sa poussière hivernale, et en attendant les pistes sous la lumière du désert, nous emplafonnons les grains de ce mois de mars pourri. Pluie et pluie qui crépite sur le pare-brise, nous slalomons de temps en temps pour conserver la visibilité et il n’y a pas d’autre avion sur la fréquence… Tout va bien, nous surveillons le givrage en pensant que dans quelques bonnes heures de vols nous aurons atteint l’Afrique du nord. (photos)

[Suite:]

Evidemment nous n’avons pas reçu toutes les réponses officielles nous autorisant nos destinations, et ce malgré les nombreux courriers, mail et fax. Mais la démarche au Maroc est tellement différente, finalement il s’agit plus d’un problème de culture. Et nous apprenons lentement qu’il faut arrêter de tout vouloir planifier et organiser d’avance comme si le monde tournait autour de nous : «Inch Allah !».

Dans notre esprit, nous sommes déjà chez nos amis marocains et en trois leg nous serons à Ouarzazate via Reus (Tarragone) et Almeria, comme prévu. Là bas nous conclurons les démarches qui nous manquent encore pour ce vol, et la vie continuera, belle et ensoleillée.

Préparation :

La réalité est que, cette année, nous avions pensé aller en Libye, mais nous nous sommes organisés trop tard pour les visas… Pendant quelques jours nous avons envisagé de repousser notre vol en automne, mais parait-il, on ne vit qu’une fois, et en automne qui sait où nous serons…

D’autre part, du désert marocain, il nous restait encore à visiter la partie sud depuis Erfoud (côté Algérie) en prenant la direction de l’Atlantique, longeant ainsi l’Anti-Atlas, là où la roche disparaît sous le sable… Le long de cette ligne, au nord-ouest le désert de roche, au sud-est le désert de sable et la frontière, puis le début du Sahara Occidental.
A Noël j’y avais repéré des paysages magnifiques en descendant en voiture sur le même chemin jusqu’à Tan-Tan. Dès lors, il n’en fallait pas plus pour refaire un programme de balade aéronautique… Seul détail, le sud de notre zone de vol n’est autre que la frontière algéro-marocaine, toujours fermée. Ce n’est qu’un large «no man’s land» qui est évidemment surveillée de prêt par l’armée… Il est donc exclu de voler sans plan de vol (de toute façon obligatoire au Maroc), de plus il est clair que nous devons obtenir des autorisations confirmées des autorités locales de surveillances pour nos atterrissages sauvages…mais contrôlées. Ainsi, les buts étaient fixés…

Durant un mois, nous avons bombardé les Autorités des Provinces et l’Aviation Civile de Rabat pour obtenir toutes ces autorisations nécessaires aux accès sur les terrains dits «restreints» qui ne sont autres que des pistes de brousse, ouvertes aux trafics militaires ou civils, pour les prospections ou autres entreprises locales.

Dernier leg, dimanche 26 mars, décollage d’Alméria pour Ouarzazate :

«HCO, contacto con CASA-Control, adios !!» La méditerranée, sous contrôle espagnol, puis marocain, précède un silence radio fort appréciable en longeant l’Algérie pour une route «un peu» raccourcie du cheminement normal. CASA-Control ne peut plus nous recevoir, les hautes montagnes font largement barrage. Le transpondeur clignote très sporadiquement dans ce temps qui s’éternise… Après une heure sur la mer, nous voici pour 4 heures survolant des paysages immenses.

Le ciel bleu, nous entoure… Les Hauts plateaux de l’Algérie au sud–est sont impressionnants et les nuages définitivement derrière nous. Cette route superbe est faite d’immensité pour le panorama, et de petitesse pour nous. La visibilité doit atteindre 300 km et nous ressentons ce vide de l’espace qui nous «enferme».

Nous ne sommes partis qu’hier de Gruyère et nous voilà en shorts et sandales dans ce ciel africain, avec cette joie de débuter notre modeste aventure désertique. Et la chance est là, par cette belle visibilité, car l’an dernier nous avions pataugé dans des brumes sèches de Fès à Ouarzazate… Il reste 7 jours pleins à vivre, dont 6 dans ce désert fascinant !!!

Nous volons au niveau 95 à l’est de cette partie du Moyen Atlas et de l’Atlas. Sur notre droite, la chaîne est impressionnante avec ses sommets enneigés qui dépassent les 12'000 ft. Les courants d’altitudes sont d’ouest et nous sommes ballottés dans les rouleaux au point que nous complétons nos ceintures par les diagonales.
Ce qui étonne le plus, c’est l’effet muraille de l’Atlas ; on dirait que la fermeture est complète, sans col ni vallée pour le traverser, au moins sur cette région.
Notre vitesse sol n’est pas brillante du fait du vent défavorable, mais Ouarzazate arrive tranquillement après 5h10’ de vol… pour une finale en même temps qu’un ATR 42 suite à un cafouillage du contrôleur entre les vitesses d’approches différentes des deux avions. Le vent est fort et de travers, mais ce n’est que le début de ce que l’on peut appeler du vent…

En posant pied à terre c’est le bonheur pur de cet air sec et limpide. Notre Coucou est fièrement stationné à côté d’un Falcon, à l’abri, il peut dormir tranquille.

Hôtel à mi-distance entre l’aéroport et le centre ville, et nous voilà douchés, prêts à profiter de cette ambiance unique, en commençant par une bonne tajine de poulet au citron. Sachant la station météo ouverte H24 nous passons saluer des visages dorénavant connus, et nous inquiéter de la situation des prochains jours. La situation se dégrade à grand pas sur l’Europe pendant que des courants du sud s’installent pour la semaine au Maroc, apportant pas mal de brumes côtières. Mais les zones désertiques sont à l’abri de toutes brumes humides (évidemment quand l’ATIS annonce une température à 25°C avec un point de rosé à moins 10°C, le risque de brume n’existe pas !). En fait, chaque jour le vent se lèvera vers 11h (locale = UTC) et continuera à forcir jusque vers 17h pour ne s’estomper que tard dans la nuit.

Lundi 27 mars

Journée de détente sans vol, consacrée aux derniers achats de matériel manquant, sans oublier les mandarines, les bananes et l’eau. Mais surtout journée consacrée aux détails administratifs pour assurer nos destinations.
Soyons clairs : «Ahmed, il nous faut un fax, un téléphone et un bureau pour écrire. Sais-tu où nous trouver ça ?»

Ahmed, réceptionniste à l’hôtel, nous présente aussitôt Allal de l’agence Desert-Dream qui est visiblement l’homme de la situation. Et nous voici partis dans son agence…
Trois rues et quatre carrefours plus loin, Allal nous installe et nous remet un téléphone portable local. Un de ses chauffeur prend le rôle d’assistant-traducteur et file nous acheter une carte téléphone. Allal nous explique le mode de fonctionnement de son fax et nous laisse sa place de travail. Le tout en 15 minutes, et en toute sympathie.

Durant toute la matinée nous squattons son bureau. Avançant dans nos démarches, en téléphonant et en faxant, refaxant, lettres originales déjà envoyées de Suisse, ou nouvelles requêtes manuscrites du moment… Peu à peu la situation se décante et les autorisations arriveront en partie dans l’après-midi.
A Rabat, il y a bien une andouille qui a fait semblant, et le peu de son engagement nous aide quand même, car le général en chef des zones de sécurités du sud est informé de notre venue. Malheureusement nous l’apprenons un peu trop tard, mais c’est un gage de sécurité et de référence. Les autorités provinciales, sous l’égide de leur gouverneur, font leurs possibles et nous insisterons avec politesse sachant la patience et la gentillesse de nos interlocuteurs…
Repas de midi avec Allal et Agnès son associée expatriée du massif central français. Vadrouille en 4X4 vers une oasis en fin d’après midi avant de partir souper chez Jean-pierre l’ancien légionnaire qui tient le restaurant St-Exupéry… J’ai déjà recommandé cette table et je la recommande encore, tant pour la qualité de la nourriture, l’accueil du patron et les photos de St-Ex.

Mardi 28 mars

Boucle sur Agadir, décollage 10h00, c'est-à-dire trop tard pour les plus belles lueurs du désert, mais pas trop tard pour se faire secouer…
Agadir sera encore pris dans les brumes même vers midi et Taroudant sera tout juste dégagé… Le but du vol est de suivre le cap sud-ouest, et revenir plus tard lorsque le soleil aura tourné, en suivant la route la plus sud. En tout nous prévoyons 3 à 4 heures de vol sur ce parcours qui nous permet de reconnaître de nouvelles pistes d’atterrissages qui n’existent pas sur l’AIP. Les positions sont confirmées et les coordonnées relevées au GPS. Le vol se poursuit d’abord sur l’Anti-atlas puis au retour sur le désert comme prévu. Les décors sont aussi dingues que «les vaches» impossibles. La panne se traduirait par de la grosse casse, car même les fonds d’oueds sont ravagés.

En slalomant nous atteignons Taroudant, puis Tafraoute dans sa passe magnifique en plein Anti-Atlaset ressortons sur le désert de sable pour Foum El Hassane vraiment en limite frontière. S’en suivent Akka, Tata (zone de gravures rupestres), puis nous rentrons en revenant vers Tazeznakth à nouveau sur les reliefs. Les photos ne sont que de blèmes images des horizons parcourus du fait des angles de visées et des brumes légères qui fanent l’éclat des paysages… Dans le Cessna les fenêtres sont ouvertes sans les targettes de retenues que nous avons démontées. Avec le flux d’air, elles se relèvent complètement et se plaquent sous les ailes, ce qui nous rapproche encore du spectacle parcouru. C’est la Jeep de l’air…
En tout, nous alignons 3h40mn de vol, en profitant l’après midi d’un retour accéléré par le fort vent du sud qui nous tabasse à souhaits.
A l’arrivée à Ouarzazate le vent souffle au sol de 12 à 15 kt plein travers, sans la moindre zone abritée, et en longue finale il y a quelques questions à se poser vu le crabe impressionnant… Romuald, presque imperturbable, réussit un superbe kisslanding, preuve encore que l’école de l’hydravion est excellente.

Nous revenons avec 3 pistes de brousse de plus, réservées aux avions robustes.… Contents et crevés, la tête pleine de paysages dantesques, la soirée sera courte.

Mercredi 29

Aujourd’hui nous ne volerons que le matin… Nous retournons à Foumz Guid, là où cet hiver, j’avais bivouaqué après 3 jours de piste en voiture… Passage sur Tasla pour confirmer un nouveau terrain sur lequel nous n’avons pas encore demandé l’autorisation d’atterrir. Allez quoi, juste un petit passage… Nous ne sommes pas dupes, tout passage est rapporté à la gendarmerie et rien ne sert de mentir ou silencieux comme des «suisses», ici tout se sait, car le trafic est trop faible et le téléphone très efficace.
A la lumière matinale nous avons l’impression de survoler la planète Mars. C’est merveilleux ces nuances qui foncent jusqu’au brun, car le désert a eu, cette année, la chance exceptionnelle d’être largement arrosé en février. Des zones humides subsistent encore, en plus des rosées matinales, donnant ainsi des palettes de couleurs étonnantes.
En partant nous avons fait le plein pour 7h de vol en volant à régime modéré. Mais avons renoncé à remplir nos bidons portant notre autonomie à 12h car nous reviendrons refueler à Ouarzazate pour le plaisir de refaire en vol la vallée du Drâa. Nous avons le sentiment que revenir sur ces reliefs, nous les fait mieux apprécier. Nous nous nourrissons de ces beautés naturelles sans nous rassasier.
Foumz Guid est identique à l’an passé et ce que j’en avais revu à noël… Un avion semble sur la piste… non à côté… bizarre. Comme d’habitude, après un passage vent arrière, nous effectuons un passage de reconnaissance basse hauteur et une remise de gaz. En radada sur l’axe nous constatons que l’avion en question n’est pas sur la piste, mais juste à côté, et en mauvaise posture.
Atterrissage de précaution au 2/3 des 1000m disponibles pour ce qui semble la partie en meilleur état.
Silence et douceur une fois le moteur arrêté…. Ici, pollution zéro. Les militaires sont vites là, comme toujours, souhaitant bienvenue, et nous serrant la main cordialement.

Nous allons marcher dans ce décor de western et, curieux, s’enquérir sur le crash de ce pauvre Cessna. Deux militaires dorment sous l’ombre de l’aile. C’est un 207, superbement foutu. Ils étaient sept à bord et s’en sont sortis presque indemnes sauf un bras cassé pour le passager de droite qui s’est fait éjecter au travers du pare brise et de l’hélice… Le pneu gauche du train principal a éclaté avant la rotation et son pilote n’a pu contrer suffisamment l’embardée à gauche en quittant l’axe. L’appareil a heurté en pleine vitesse un de ces tas de pierres, soigneusement bâtis, qui balisent les pistes de brousse. Cinquante mètres environ après l’impact, le Cessna s’est crashé, net, sur le nez. La chance des occupants fut surtout que l’appareil ne prit pas feu.

La suite de notre vol reprend la direction du Lac Iriki et des dunes de Shegaga à faible altitude où Romuald attaque quelques 4X4 en plein jeu dans leur bac à sable. L’attaque idéale est une arrivée avec une assiette en léger piquer et peu de gaz pour mieux surprendre et remettre la puissance quelques secondes avant le dépassement…en passant côté chauffeur bien sûr !! Nous n’avons pas fait l’école militaire mais avec un Cessna les progrès sont rapides et ça rappelle l’ULM. Bref, des gamins en vadrouille !!! Plus loin nous évitons les caravanes de dromadaires et les marcheurs des déserts en quête de silence.
A M’hamid nous découvrons l’ancienne piste dont l’accès nous avait été interdit l’an dernier. Nous comprenons pourquoi : elle est littéralement défoncée.
Atterrissage à Zagora comme à la maison, où la piste vit ses derniers mois d’existence. En approche nous repérons rapidement un nouvel aéroport en construction. Information confirmée après l’atterrissage : les gros porteurs sont attendus et comme je l’écrivais l’an dernier les touristes de masse vont débarquer. L’ambiance a déjà beaucoup changé à Zagora ces deux dernières décennies, mais ce n’est rien à côté de ce qui l’attend… Cette fois le glas a sonné ; le zoo à touristes est pour bientôt…

En attendant ces merveilles du modernisme galopant et les derniers gâchis d’eau potable qui vont avec, nous filons dans une auberge rustique pendant que la tradition existe encore.
Il fait 35°. Notre après-midi sera celle d’une belle sieste, suivi d’une longue promenade le long du Drâa puis dans la palmeraie au coucher du soleil.

Jeudi 30

Nuit au calme dans notre chambre en murs de pisé ; Nous avons pris nos habitudes de bivouac et Romuald peut voir le ciel étoilé au travers d’un trou béant de la toile qui nous sert de toit.
L’aurore naît bientôt… Ce réveil toujours un peu pénible, est le prix du spectacle à payer. Le petit déjeuner, vital pour notre mise en route, est fait de pain avec un savant mélange de miel, d’huile d’olive et de confiture… Notre chauffeur est ponctuel pour nous conduire rapidement à l’avion, qui semble nous attendre fièrement seul, sortant de sa nuit, sur sa piste en sable fin.

Ce bonheur… Cette aurore encore qui va mourir, cadeau immense et perpétuel de la nature, offerte pour tous ceux qui veulent bien se donner la peine de la cueillir, semble s’illuminer pour nous, une fois encore, avec ce lever de soleil qui inonde la plaine. Le vol est prévu vers l’est, vers des reliefs encore inconnus pour nous. Comme pour ne pas déranger le silence, nous restons muets en préparant notre avion. Rodés, la tâche est partagée efficacement jusqu’au moment où, dans la quiétude magique de l’immensité, le moteur casse le silence et lève la poussière ; le Cessna remonte la piste…Température dans le vert, gaz ouverts progressivement et c’est reparti !
La gendarmerie royale est prévenue et nous filons sur de nouveaux paysages, fenêtres ouvertes comme en 2 CV. Les Djebels (chaines de petites montagnes) se succèdent vers les monts Saghro réputés pour leurs fossiles et les grandes randonnées réservées aux marcheurs avertis. Le long de la frontière, nous nous faufilons dans des cols et suivons les formes des vallées qui succèdent aux tables rocheuses…

Il nous faut 2 h30mn pour boucler notre programme de découvertes et revenir par les derniers contreforts du Djebel Bani au sud de Zagora. Par endroits les plateaux sont inclinés à nous modifier l’horizon, puis d’un coup les falaises cassent le rythme et les collines renaissent dans d’autres formes et d’autres teintes. Nul doute qu’ici bas, le sculpteur était aussi peintre…

Dans la soirée, le gendarme en charge de la sécurité aérienne nous rend une visite de courtoisie dans notre auberge. Sa sympathie et ses questions nous confirment que nos vols sont bien suivis puisqu’il nous annonce avoir rassuré ses collègues au sujet du monomoteur en survol basse altitude sur le village de Tagounite.

Demain nous retournerons vers Ouarzazate, avant d’être à sec d’Avgas. Le dernier fax nous autorisant Erfoud vient d’arriver à l’auberge. La partie est gagnée, nous irons donc survoler les dunes orange et nous poser à côté…

Vendredi 31 mars :

Ouarzazate par les montagnes, soleil dans le dos au petit matin encore, refuel et plan de vol sur Erfoud. Notre autorisation est soigneusement contrôlée, car elle est quasi illisible par cause de bourrage du fax.
Pas d’essence avant Oujda, mais notre autonomie permet la traversée du Maroc y compris les détours avec les survols locaux.
Il faut choisir la route au travers des reliefs et nous devons passer au moins au niveau 85 pour limiter les turbulences sur les Monts Saghro… Le vent du sud-ouest s’est déjà levé, et notre vitesse en est améliorée.

Les surprises sont des vallées et des plateaux cultivés sommairement entre les sommets du massif. Régions difficiles d’accès, les routes ne sont que de rares pistes reliant les hameaux de ces montagnards du désert. Le bout du monde semble atteint, malheureusement notre survol est une fois encore trop éphémère…

Du ciel, les panoramas sont magnifiques mais le tableau est sans message et pour comprendre ces régions il faudrait pouvoir se poser et y rester quelques jours de plus en compagnie des autochtones… Mais comment arrivent-ils à cultiver à cette altitude et dans cette aridité ?
La descente sur Erfoud laisse apparaître un nouveau désert dont les plateaux sont noirs comme du charbon…
L’ancienne piste d’Erfoud n’existe plus et nous tournons en rond sans résultat. En ratissant de Rissani aux dunes orange, nous ne trouvons pas le moindre terrain d’atterrissage. Après une demi-heure nous sommes contraints de reprendre de l’altitude et d’appeler à l’aide l’Approche d’Er Rachidia. La radio passe de mal à très mal, et c’est « la » question piège pour eux. La réponse arrive d’abord fausse en nous donnant les mêmes coordonnées que nous avons, puis la correction suit avec les bonnes coordonnées, à 15 nm de là, et nous confirmons la piste en vue…
Négociations avec un local qui sort du désert, pour surveiller notre avion en dormant dessous… Rapport d’atterrissage à la police qui arrive aussi et arrivée d’un taxi qui nous emmènera à la bonne kasba… C’est le Maroc, sans rien demander, chacun obtient ce dont il a besoin toujours avec gentillesse et pour des tarifs corrects… (Mais il y a quand même des pilotes assez crétins pour donner 50 euros à un nomade qui dort sous un avion, et transformer les autochtones en mendiants. En général le genre de ceux qui viennent en tas, avec un rallye organisé).

Couscous délicieux et sieste d’enfer.

Sur le soleil descendant nous marchons sachant que demain samedi il est temps de rentrer et de prendre le cap vers le nord… C’est un peu notre marche d’au revoir et nous admirons la lumière qui descend sans en perdre une lueur… Là bas sur l’ouest, le ciel est encore clair, alors qu’à l’est, il est déjà totalement noir et rempli d’étoile… C’est magique, c’est le désert.

Samedi 01 et Dimanche 02 avril :

Au petit matin le taxi Mercedes « presque rodé » de 500'000 km est ponctuel à Rissani devant la kasba. En arrivant à l’avion nous nous acquittons du salaire nocturne de notre gardien. Le soleil est levé, quand nous le saluons une dernière fois, moteur tournant… Il est accroupi au bord de la piste et reste la main levée, la paume vers nous pendant que nous mettons les gaz.
Nous savons que le Cessna quitte sa dernière piste en terre battue, et ce, pour quelques mois. Virage serré et passage d’adieu pour la visite des dunes vers le Sud-Est.
Les collines de sables jaune et orange, sculptés par le vent ont été déposées comme par miracle sur l’étendue. Avec une hauteur de cent cinquante mètres, elles ont fait la réputation de la région. Mais ici bas, tout est consommé côté aventure, car des hôtels ont été implantés partout sur la face Ouest… Le spectacle est quand même beau en radada et « l’attaque » d’une Land-Rover matinale clôture notre visite. Il nous faut nous résoudre à quitter Erfoud vers l’Atlas pour couper droit sur notre destination…
L’ambiance est «silencieuse» dans le cokpit, et le Cessna prend de l’altitude cap au Nord-Est en direction de l’Europe. C’est fini, même si nous savons que nous avons encore quelques belles heures de spectacle devant nous, dans nos têtes l’Europe est là, trop là, déjà…
Il nous faut 3h10’ pour atteindre Oujda au nord-est du pays, juste à la fontière. Le cercle de la CTR est d’ailleurs tronqué par la présence du territoire algérien. Atterrissage avec 18 kt dans l’axe.
Le comité d’accueil est important et cordial comme d’habitude, avec la douane, la police et des huiles diverses car nous sommes en partance internationale.
Partage des tâches ; l’un se charge du refuel avec une pompe japy depuis un fût de 200 litres, d’Avgas. L’essence est testée, comme souvent au Maroc avec la plus grande rigueur, en densité, en présence d’eau et en couleur. Pendant cette manœuvre, l’autre passe à la météo et dépose le plan de vol. En 45’ tout est réglé, et nous allons prendre notre repas au restaurant de l’aéroport.
Passeports récupérés, nous décollons pour une directe Barcelone en évitant l’Algérie… Le désert est derrière, et devant c’est l’immensité liquide.
Evidemment la météo se détériore peu à peu et la nébulosité augmente. Les transits se poursuivent faciles comme toujours sur l’Espagne, et à l’arrivée, 4h25mn plus tard, deux éléments sont forts différents: la température et l’accueil du douanier. L’abruti ne fait pas honneur à son uniforme et pourrait postuler aux palmes de l’antipathie du fait de notre provenance, et celle de la bêtise du fait de son QI.

Dernier saut, Barcelone-Lausanne dimanche matin…

Hier matin nous étions les pieds nus dans le sable, il faisait 22° C à 8 heures sous le soleil levant. Ce matin il fait cru, mais surtout le ciel est terne, les couleurs ont disparues, et la grisaille nous entoure.
La boucle est bouclée, ici rien n’a changé non plus, et d’ailleurs il a plu presque toute la semaine. Tout semble noir, gris et blanc… Et personne ne nous accueillera en nous disant «vous êtes les bienvenus».

«Les Nomades disent que le désert ne se raconte pas, il se vît….» Alors je vous le redis, allez-y, retournez-y, rien ne ressemble au désert, l’ambiance y est unique, peut-être parce que là bas dans la lumière, notre «grandeur» est à sa juste dimension, ce qui appelle réflexion, voir méditation…

Et si vous n'êtes toujours pas convaincu... consultez notre album de photos

Didier (le scrib) et Romuald, en shorts et sandales, une fois encore, vive l’aviation de brousse… Bon vols à tous.

Une anecdote: Pour avoir passé quelques heures dans la tour de l’aéroport de Ouarzazate en compagnie d’un jeune contrôleur serviable, plein d’humour, et animé d’une philosophie superbe, j’aimerai vous rapporter les propos du pilote du Cessna 210 qui fait la liaison Marrakech-Ouarzazate-Zagora, en transit des sommets de l’Atlas vers Ouarzazate pour poursuivre sur Zagora « Salam Ourzazate, Zoulou Tango, pour transit vers Zagora, à 55 Nm de Ouarzazate, estimée verticale dans 20 minutes, Inch Allah ».

Commentaires:

Commentaire de: Nathy [Visiteur]
Bonjour,
Ravie d'avoir eu ce carnet de voyages et ces photos magnifiques,
Je prendrai le temps de lire le déroulé de votre aventure un peu plus tard.
Bisous à tous, vous souhaitant en bonne santé
Permalien 01.06.06 @ 10:12
Commentaire de: Med YA [Visiteur]
Bonne journée,
J'ai bien apprécié ce récit et vos remarques et commentaire lors de ce voyage dans notre pays, le Maroc. Je vous remercie pour tt ça et pour les photos.

Mais pour les photos, j'ai noté qu'elles manquent de légendes pour qu'on puisse soit les situer soit avoir une idée de la région dont il s'agit.

A part ça j'ai trouvé plaisir à vous lire. Moi même étant Marocain amoureux de ces régions du Sud dont je suis originaire (région de Tafraoute dans le Souss)

Med YA Marrakech, Maroc

Bien à vous.


Permalien 29.06.06 @ 09:41
Commentaire de: DUPONT [Visiteur] · http://www.dreamplanet.tk
Bonjour,

Mardi 15/08/2006

Nous sommes actuellement au Maroc à Zagora au sud de Ouarzazate avec notre ULM Rans Coyote.

Nous souhaitons survoler les dunes de Merzouga au SE d'Erfoud.

Nous ne disposons pas des coordonnées géographiques d'une terrain dans le coin s'il en existe un???

D'autres suggestions quand à des terrains intéressants sont évidemment les bienvenues.

Vous pouvez télécharger un récit de notre voyage au Maroc à l'adresse suivante:

http://www.gestimmo.be/maroc/maroc.pdf

et

http://www.gestimmo.be/maroc/maroc2.pdf

Merci de votre aide et bon vols.

Patrick et Danielle
Permalien 15.08.06 @ 20:52

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