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III - Voler... comme les oiseaux !

Il est certainement très difficile, en 1963, de se rendre compte de l'ampleur de l'enthousiasme qui s'empara de la population suisse, et de celle d'Avenches tout spécialement, devant les exploits du jeune Ernest Failloubaz.

Pour comprendre, il est indispensable de faire un énorme retour en arrière... plus de cinquante ans. Il faut se replacer dans le temps.

Depuis longtemps, longtemps... depuis toujours, des hommes avaient rêvé et essayé d'aller se promener dans le ciel... comme les oiseaux.

Depuis des millénaires, les hommes se transmettaient, sans rien y ajouter, la légende d'Icare et de son père, deux prisonniers qui tentèrent de s'échapper du Labyrinthe d'Egypte en se faisant des ailes de plumes d'oiseaux.

Des chercheurs étaient à l'œuvre dans le monde entier. Jamais ils n'avaient vraiment réussi.
Des ballons avaient pu monter dans le ciel, des cerfs-volants avaient pu s'y balancer, des planeurs avaient pu s'élancer d'un point surélevé. Tout cela flottait, planait, mais restait esclave de son poids, tout cela restait sans force devant des éléments dont l'homme restait entièrement dépendant.

Tout cela ne volait pas.

Les oiseaux seuls étaient rois dans le ciel et pouvaient s'y diriger.

Devant les nuées immenses, l'homme du XXe siècle n'était pas plus avancé que l'homme des cavernes devant la mer avant la construction de la première pirogue.

C'est l'invention du moteur léger à explosion qui va tout changer. Il est à la base de l'incroyable transformation qui va s'opérer.

En 1906 déjà, le bruit a couru que Santos-Dumont avait construit une machine à moteur pour voler. Puis les journaux ont parlé de Farman, Voisin et Wright, qui auraient réussi à faire quitter le sol à des machines de leur invention.

C'est à peine si ces nouvelles sont discutées en Suisse. Jamais on n'y a vu un avion et le ciel helvétique est inviolé.

Le mot « aviation » n'est pas encore noté dans les diction-naires et les encyclopédies. Seuls quelques rêveurs à l'esprit curieux prennent garde à ces choses et s'y attachent.

Dans la région du vieil « Aventicum », il y a deux jeunes gens de ce genre : René Grandjean et Ernest Failloubaz.


Arrêtons-nous un instant sur les personnalités de ces jeunes, et surtout sur celle de Grandjean, qui va jouer un rôle considérable dans l'histoire de notre premier pilote en cons-truisant et en lui laissant dans les mains un des premiers avions suisses dignes de ce nom.

Ernest Failloubaz n'est qu'un adolescent de 16 ans. Il a été élevé par des femmes, est resté un peu fluet et son carac-tère s'en ressent.

Ses camarades d'école le dépeignent comme studieux et curieux de beaucoup de choses ; il collectionne et échange un peu n'importe quoi: timbres, insectes, papillons, œufs d'oi-seaux, serpents, pistolets. Les garçons abusent un peu inconsciemment de sa faiblesse ; son ami Carlo, par exemple, l'oblige à lui céder un pistolet contre... un lézard. Les filles le disent timide, gentil, sans méchanceté.

Tous ceux qui l'ont connu finissent par vous le définir ainsi :

- C'était un très gentil garçon.

Par une réaction toute naturelle, le petit Failloubaz a cherché à montrer sa personnalité, à s'élever au-dessus de ceux qui le dominaient, de ceux qu'il aimait bien mais qui lui faisaient un peu peur. Il a cherché et il a trouvé... le moteur !

Grâce à sa moto, il a percé le mystère de la nouvelle force. A peu près seul dans sa petite ville, il est arrivé à comprendre, manœuvrer et domestiquer un moteur, à le faire obéir à sa guise.

Cela l'a libéré de ses complexes en lui ouvrant des horizons fabuleux. Il est devenu un petit personnage qui commence à voir grand, plus haut et plus loin que les autres.

Maintenant, c'est un passionné, un assoiffé de sensationnel et de gloire. Il ne rêve plus que vitesse, records, exploits. A l'idée qu'il pourrait aller se balader dans le ciel avec un moteur et épater ses contemporains, il s'emballe comme un poulain qui aurait mangé trop d'avoine.
Il vient de quitter l'école et n'apprend pas de métier... On lui a dit qu'il était riche.


René Grandjean, c'est tout autre chose. Il a vingt-quatre ans. C'est le fils d'un paysan du petit village de Bellerive, mais ses parents exploitent aussi une scierie et même un petit moulin. L'enfant a dû «mettre la main à la pâte» de bonne heure et il s'intéresse surtout aux machines.

Il a non seulement les qualités de ceux qui cultivent intelligemment leur terre, mais encore celles de l'artisan qui doit faire complètement son travail lui-même: adresse des mains, force, réflexion, prudence, persévérance, ténacité, logique absolue demandant toujours des preuves.
C'est en même temps un homme à l'imagination extraordinairement active et curieuse, un esprit inventif sans cesse en éveil, malgré une apparence calme et tranquille.

Il a appris à travailler et il aime faire quelque chose de ses mains. Il a son établi, ses outils personnels et il sait travailler le bois. Il s'attaque aussi aux métaux et dessine des plans.

Un bricoleur ? Non. Beaucoup mieux que cela.

Du reste, il a déjà de sérieuses expériences derrière lui.

A 18 ans, sa belle écriture lui a permis de s'engager comme copiste à Paris, chez le marquis de Montebello. Chez ce patron, il a trouvé quelque chose qui l'a intéressé beaucoup plus que son travail: des autos Dion-Bouton (1 cylindre, 2 vitesses). Il s'est immédiatement lié d'amitié avec le prénommé Octave, chargé de leur entretien, et il a appris à les manœuvrer, « en douce », dans le garage... avec Octave. Il a même circulé avec ces machines dans Paris.

Prodigieusement intéressé, il a opté définitivement pour la mécanique, est rentré au pays et a trouvé de l'embauche dans un garage de St-Blaise. La chance l'y accompagne.

Un jour, il dépanne la voiture du directeur des usines d'automobiles Martini. Celui-ci doit fournir un chauffeur au pacha Omar bey Sultan, qui a acheté une voiture; il avance le nom de Grandjean, et le voilà parti pour l'Egypte.

Pendant quatre ans, il est chauffeur. Il promène le pacha et ses invités en Egypte, autour des pyramides et ailleurs ; il accompagne son maître six mois par année à Vichy.

C'est une situation agréable et enviable. Les Arabes n'ayant jamais vu d'auto lui témoignent un immense respect, respect qui se traduit par des pourboires princiers. Grandjean reste simple et amasse ainsi une somme rondelette.

Mais son imagination travaille. L'auto c'est très bien, mais l'aéroplane... on commence à en parler sérieusement.

Cela l'intéresse finalement davantage que l'Egypte. Il rentre au pays et dévore tout ce qui s'écrit sur les « aéros ». La vue d'une photo du Blériot le décide.

Il veut construire une machine à voler. Ses économies lui permettent de tenter l'aventure.

Grandjean sait très bien ce qu'il veut: un engin ailé aussi léger que possible, mais assez fort pour porter un homme et le moteur, assez solide pour résister au travail puissant de l'hélice. S'il réussit, il se voit déjà fabriquant des autres véhicules fantastiques pour la grande route du ciel.

La machine l'intéresse plus que le vol.

Il rêve, c'est entendu, mais il garde les deux pieds sur terre pendant que son imagination travaille et que ses mains sont actives.

Il ne sait pas qu'il est un être exceptionnellement doué, quelque chose comme un ingénieur-né... un véritable « inventeur ». Il croit simplement qu'il peut réaliser son idée et va s'y employer de son mieux.


Dédaignant les remarques moqueuses des sceptiques, René Grandjean s'entend avec le ferblantier Simonet et le charron Bessard, puis il se met au travail.

Bientôt il n'est plus tout à fait seul. Un de ses amis, Gustave Lecoultre (fils d'un industriel avenchois), s'intéresse à son entreprise et vient, de temps en temps, le regarder travailler.


IV - La révélation : l'enfant-volant

Un troisième personnage fait son apparition : Ernest Failloubaz.

Sur sa moto pétaradante, il fait de fréquents voyages au Vully, où est domicilié son premier tuteur, M. Emile Delorme.

Immédiatement et irrésistiblement, l'adolescent blond est attiré vers le grand jeune homme aux cheveux noirs qui, patiemment, pièce par pièce, tente de construire le véhicule extraordinaire dont il rêve lui-même.

Dans toute la contrée, on sait que René Grandjean essaye de construire une machine à voler mais, Gustave Lecoultre excepté, personne ne croit, ni même ne suppose qu'il puisse réussir.

Pensez donc... Un enfant de l'endroit qui veut jouer à l'inventeur, à l'ingénieur, au construc-teur... parce qu'il a été chauffeur d'auto ?

Le gamin Failloubaz fait tout de suite exception. Lui, il croit. Il a besoin de croire et il croit avec toute la puissance de sa jeunesse enthousiaste.

Alors Grandjean lui laisse voir. Mieux, il lui explique exactement la raison, le rôle, le but, la fonction de chaque pièce.

Car Grandjean est ainsi fait, et c'est un trait essentiel de son caractère : il faut qu'il explique. Qu'il explique d'abord à lui-même, puis à un interlocuteur, n'importe lequel. Ça lui aide à fixer ses déductions et ses raisonnements, à les vérifier, à les justifier.

Le petit écoute, cherche à comprendre, discute, regarde. Il enregistre tout attentivement, passionnément, et il est heureux si on le laisse toucher un peu. Chaque jour maintenant, il enfourche sa moto et fonce sur Bellerive.

Personne dans le pays, et surtout au Vully, n'ignore que l'enfant Failloubaz sera un jour l'héritier unique d'une fortune assez considérable. Grandjean a peut-être pensé une fois ou l'autre que cela pourrait être un atout pour l'avenir, mais rien n'est moins sûr ; il a tout ce qu'il faut et n'a besoin de personne.

Par-dessus tout, il se prend d'une amitié ardente pour ce gamin qui croit en lui et lui fait confiance presque aveuglément.

Et puis, il est léger... il faudrait cela pour un pilote...

Lorsqu'il regarde son nouvel ami, Grandjean est comme le chef d'une écurie de chevaux de course qui jauge à l'œil un jockey qui ferait le poids idéal.

Une collaboration de fait naît ainsi spontanément entre eux.

Bientôt, ils s'aperçoivent qu'ils se complètent et peuvent former un tandem permettant des espoirs fous... Conquérir les premiers les prix offerts maintenant aux hommes qui réaliseront des exploits avec des machines à voler... le prix de l'Automobile-Club et tous les autres...

C'est simple. Aucun nuage. Entente parfaite. C'est convenu...

Grandjean construira et Failloubaz volera.

La vie est belle.


Photo prise à bellerive. Appareil terminé en octobre 1909. Poids 210 Kg. moteur ENV 40 CV (Document René Granjean)

La vie est belle.

Malheur ! Il n'est plus droit !

Il s'est « voilé »... Le bois, la colle, la toile, tout cela travaille par l'humidité ou le sec et agit sur les assemblages. Bref, l'oiseau a la queue de travers... jamais il ne pourra voler avec ce défaut capital. Tout est à recommencer. Non, c'est trop... il faut essayer de rectifier.

Pendant deux nuits, les compagnons en perdent le sommeil. Ils discutent, s'entêtent, cherchent et soudain... ils trouvent !

C'est Failloubaz qui amène depuis Avenches sur sa moto, l'homme de la situation : un tout petit apprenti qui « travaille sur les vélos »...

Le rapport ? C'est tout simple, a dit Grandjean, mais il fallait y penser.

Le mécano des vélos sait rectifier la voilure d'une roue par la tension des rayons. On lui explique le cas et, avec des fils de fer et des tendeurs, le fuselage reprend une forme impeccable et de plus... réglable à volonté... Hurrah !

Dès lors, il y a un quatrième fervent des aéros : Charles Revelly, le petit mécano. Il restera fidèlement attaché aux deux précurseurs, puis suivra Failloubaz jusqu'au bout.



Grandjean travaille, travaille tout l'hiver.

Un jour de février, il estime qu'il faut transporter la machine sur le terrain de l'Estivage, pour essayer de la faire rouler avec son moteur. Une difficulté imprévue surgit.

Dans sa tête, le jeune homme a prévu ceci : quelques grandes planches, un peu d' «huile de coude» pour hisser la machine sur un «char à pont» de paysan, un cheval tranquille, et le tour est joué.

Mais... personne ne veut lui prêter un attelage ou le lui louer.

Oh ! il n'y a ni méchanceté, ni avarice dans les refus. La raison ? La voilà.

La machine à René... mais c'est une lubie, personne n'y croit ; on le regarde faire avec curiosité, on lui parle avec sympathie, ça n'engage en rien... Quant à prêter la main à une aventure qui peut tourner au tragique ou, ce qui est pis encore, au ridicule... c'est une autre histoire. Pour cela, il n'y a plus personne.

L'oiseau artificiel est bloqué à Bellerive. Il est comme ces gamins auxquels les parents refusent l'autorisation d'aller au lac... avant de savoir nager.

Cette fois, c'est Gustave Lecoultre qui va sauver la situation. Il est premier-lieutenant de cavalerie, et il a un cheval admirable qui accepte aussi le harnais au tilbury, cette voiture de sport à deux roues que les gens du pays appellent avec un brin de mépris un « tape-cul ».

Ah ! ils rient de bon cœur, les gens. Leurs propos sarcastiques accompagnent l'étrange attelage qui passe sur la route. Jamais on n'a vu ça... un cheval de cavalerie et un tape-cul traînant par la queue une espèce d'oiseau fantastique et cahotant sur deux roues...

Les jeunes gens, eux, n'entendent rien, ne voient rien. Ils vont, heureux d'avoir trouvé la solution.

Ils feront souvent le voyage.

Sur le terrain, Grandjean a fait quelques essais lui-même d'abord. Mais depuis son poste de pilotage, dans le vent de l'hélice et le bruit du moteur, il ne distingue pas bien et ne peut pas vérifier toutes les réactions de l'appareil. Il se rend très vite compte qu'il ne peut pas «manœuvrer et observer» en même temps.

Alors, il met le petit Failloubaz aux commandes. Lui, il ordonne et dirige toutes les manœuvres. Fou de bonheur, l'adolescent fait avec précision tout ce que lui commande son aîné.

A ce jeu-là, Failloubaz apprend à piloter avant Grandjean.

Un jour enfin, le constructeur a dit :

- Cette fois, tout doit marcher. Demain, « on » tente un décollage !

Est-il besoin de dire que le lendemain l'adolescent le suit comme une ombre... Il brûle d'envie d'essayer, lui ; il n'a aucune crainte, car il a tout bien compris. Il sait exactement ce qu'il faudra faire et même quelles seront les réactions pro-voquées par ses mains lorsqu'elles appuieront sur les leviers.

Mais c'est René qui commande... la machine est son œuvre, elle est à lui. Que fera-t-il ? Il a dit « on » tente...

Les deux jeunes gens sont absolument seuls sur le terrain. Comment les choses se passent-elles ? Eux seuls pourront le dire.

Voici, à peu de choses près, comment le pilote Marcel Pasche rapporte l'événement que les deux héros lui ont raconté eux-mêmes et à plusieurs reprises.

« Pour des raisons que ni Failloubaz ni Grandjean ne m'ont jamais clairement définies, c'est Failloubaz qui, cette fois, prend les leviers de commande, soit le « manche à balai », comme on disait dans ce temps.

» II roule un instant et, merveille des merveilles, il décolle et... il vole !

» II vole comme ça, du premier coup, à seize ans, sans avoir jamais appris et sur de simples déductions tirées de ses observations personnelles... Failloubaz vole !

» Grandjean le suit des yeux, tremblant pour son avion...

» Mais l'enfant atterrit doucement et sans casse. »

Et c'est tout simplement ainsi que le premier avion suisse a vraiment volé, le 10 mai 1910.
Ce fut un petit vol, mais un vol parfait.(1)



Rentrés chez eux, les jeunes gens ont raconté leur exploit en termes si modestes qu'on a de la peine à les croire. Du reste, personne n'a vu.

Alors, ils convoquent un photographe et leurs amis pour le 15 mai, soit cinq jours plus tard. Ils veulent faire homologuer leur réussite et c'est Grandjean qui décollera cette fois.

A l'heure dite, tout le monde est sur le terrain, groupé autour de la machine. On pousse tous les gamins qui sont là sous le fuselage, pour « faire nombre » et le photographe opère.


Grandjean (debout sur l'avion). Charles Revelli (mains aux hanches). A droite: Failloubaz (en tenue sport et tête inclinée) est en conversation avec Gustave Lecoultre (de face en casquette) et le mécanicien Vogel (chapeau melon). Sous le fuselage, les gamins d'Avenches (dont le fils du mécanicien Vogel et l'auteur du livre). A l'extrême gauche (mains dans les poches) : Otto Charmey (qui est encore apprentier charcutier, mais qui va tout laisser tomber pour l'aviation) - Document René Grandjean.

Le mécano lance le moteur par l'hélice et Grandjean démarre. Il roule, décolle admirablement, monte à vingt-cinq mètres... mais soudain l'oiseau se dresse, puis pique du nez, retombe au sol, la queue en l'air. Le pilote éjecté à vingt mètres est tombé dans l'herbe du sol tourbeux. Il est indemne, mais dans un état qu'il décrira lui-même ainsi par la suite :

- J'étais bleu de contusions, blanc d'émotion et rouge de déception !

Quant à la machine, elle est en piteux état. Le train d'atterrissage est en miettes, les amortisseurs sont enfoncés et toute la mécanique est faussée. Il faudra des mois pour la remettre en état.

Mais c'est une victoire tout de même, car rien ne pourra désormais arrêter le jeune constructeur. Son raisonnement implacable fonctionne et lui dit que son aéro est capable de voler ; il lui fait déjà analyser les causes de sa chute :

- J'ai manœuvré trop brusquement et j'ai été ébloui par l'effet produit... je n'ai pas eu le temps de réagir, tout est là ? La machine était au point.



L'oiseau brisé a été ramené à Bellerive.

Rien n'est triste car il y a maintenant quelque chose de changé dans « l'atmosphère », dans l'esprit des gens. Comme une traînée de poudre enflammée, la nouvelle a fait, cette fois, le tour du pays.

La « mécanique » à Grandjean a quitté deux fois le sol... Elle est montée toute seule... elle peut voler comme celle de Blériot !

Mais pendant que le constructeur se remet patiemment au travail, les événements vont se précipiter.

Entre temps, Failloubaz a acheté un petit avion.(2)

(1) La date du premier vol n'était vraiment connue que de René Grandjean et Ernest Failloubaz. Ce dernier, de son vivant, ne s'en glorifiait pas exclusi-vement ; il savait que le mérite de sa réussite revenait en grande partie à Grandjean. De son côté, celui-ci n'aimait pas en parler car il a toujours souffert de ce qu'il appelait parfois « l'abandon de Failloubaz ».
C'est la raison pour laquelle nous avions repris un texte de Marcel Pasche pour rappeler cet exploit. Une page manuscrite contenant ce texte a été sou-mise à René Grandjean en novembre 1962. Elle nous a été rendue corrigée et f le constructeur y a noté de sa main et à l'encre rouge au bas du dit texte : « 10 mai 1910».
Nous tenons cette date pour la seule exacte.
D'autre part, les faits évoqués dans ce chapitre nous ont été fournis en grande partie par des témoins oculaires. Ils donnent une pleine justification à l'avis souvent exprimé par Marcel Pasche disant : « Dans cette affaire, nos deux héros sont inséparables ».

(2) Le programme du meeting de 1911 ne parle pas de ces deux premiers exploits. Il indique seulement des vols de Failloubaz sur Santos-Dumont le 15 mai 1910 (ce qui tomberait sur le même jour que la tentative Grandjean, à laquelle Failloubaz était présent, et n'est donc guère possible), ainsi qu'un vol de Grandjean le 25 juin 1910 (ce qui n'est pas admissible vu les dégâts causés à l'avion lors de la tentative du 15 mai). Il s'agit probablement de dates «arrangées» par les organisateurs du meeting de 1911, qui tendaient à conférer une gloire exclusive à leur « protégé » Failloubaz et à éliminer Grandjean de la scène avenchoise.

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"Pilote no 1... ou le gamin volant" de Henry Sarraz
Extraits publiés avec l'aimable autorisation des Editions Imprimerie Cornaz SA

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