Différents récits nous ayants mis l’eau à la bouche, nous avons décidé, Philippe et moi, d’aller tester les fameuses ondes de la Cordillère des Andes.

La région nous paraissant quelque peu inhospitalière, nous nous sommes donc adressé à Klaus Ohlmann, recordman du monde de distance avec 3'000 km, et grand spécialiste de la région.
Nous lui avons loué un biplace Nimbus 3DM, et avons volé a trois planeurs en patrouille. Soit Klaus en Stemme, un DG400, et nous-même. L’emploi de motoplaneurs s’impose, car il n’y a pas de remorqueur ni de remorque sur place, et il faut être prêt a atterrir sur un autre aérodrome en fonction de la météo ou de l’arrivée de la nuit.

Après 1heure 30 de vol depuis Buenos-Aires en Boeing 737, nous avons donc atterri à Chapelco, notre base de départ, située sur le côté argentin de la cordillère.
A 15 minutes de voiture, San Martin De Los Andes, petite ville touristique au bord d’un lac, avec restaurants, boutiques et station de ski sur les hauts, ou nous logions dans des cabanas, petits chalets à louer.

L’onde n’est pas tous les jours au rendez-vous. Nous avons eu beaucoup de chance la première semaine, la deuxième a été beaucoup plus calme avec des vols en thermique et de pente. Pour l’onde, on n’utilise pas les spectaculaires lenticulaires que l’on voit sur les photos, car ils sont beaucoup trop haut, mais plutôt les nuages de rotors culminants de 4 à 5000 mètres, dont les alignements nous indiquent le chemin à suivre.
Nous volions principalement sous le vent à l’est de la cordillère, à la limite entre le relief et la pampa. Ceci correspond à la limite du front, les montagnes étant souvent cachés sous les nuages.

Il ne faut pas croire que l’on va trouver une onde portant sans interruption sur des centaines de kilomètres, mais plutôt des portions de quelques dizaines de kilomètres permettant de faire le plafond pratiquement sans s’arrêter. Toute la technique consiste à transiter d’un ressaut à l’autre en sauvegardant son altitude.
Nous nous sommes limités à 8000 mètres d’altitude pour des raisons de fiabilité de nos systèmes d’oxygène EDS, ainsi que du froid (-30°C ). Il est a noter que le système d’oxygène EDS est indispensable, car il s’agit du seul système permettant des vols de plus de 15 heures avec une bouteille standard.
La place avant du Nimbus était une vraie torture. Un courant d’air glacial nous arrosait en permanence les tibias. Nous avons volé 87 heures en 11 vols dont voici un résumé des plus significatifs.

Le 14 décembre, 2ème vol, nous sommes descendus à 450 km au sud jusqu’au lac Buenos-Aires, et après être remontés sur 300 km direction nord, le front nous a rattrapé.
Demi tour et cap au sud. A 15 heures, nous nous sommes vachés à Esquel, sous la pluie et par 35 nœuds de vent, 300 km au sud de notre point de départ.
Nous avons donc logé à l’hôtel. Equipé de moon-boots et de pantalon de ski, ce n’était pas la tenue idéale pour une soirée en plein été.

Le 15 décembre, décollage d’Esquel à 8 heures 20, à 800 mètres/sol on coupe le moteur, et l’on croche directement l’onde qui nous monte à 5000 mètres. Cap au sud, et après 70 km, nous faisons demi tour, la nébulosité étant trop importante.
Nous volons ainsi prudemment direction nord entre 3200 et 4500 mètres sur 500 km jusqu’au volcan Lanin ou nous nous attardons 35 minutes pour une séance photo.

L’onde devenant meilleure, nous continuons direction nord avec des plafonds de plus de 6000 mètres et faisons demi tour après un segment de 825 km (ce qui représente la distance Gruyère – Berlin),
Nous volons jusqu'à la nuit pour une distance totale de 1700 km en 12 heures 02.

Le 16 décembre, journée de repos malgré de magnifiques conditions (On est pas des surhommes).

Le 17 décembre, décollage à 6h25 pour un vol allez-retour de 1400 km direction nord. Accrochage de l’onde assez facile et montée à 7600 m, départ à 7h30.
Les 480 premiers kilomètres sont parcourus à 185 km/h avec trois ressauts. Malheureusement, un mauvais choix nous « descend » de 8000 m à 3200 m en vingt minutes et nous perdons 40 minutes à raccrocher l’onde au dessus d’un immense glacier .
Nous continuons plus prudemment jusqu’au point de virage, à 680 km du point de départ et 20 km de l’endroit ou Guillaumet de l’Aéropostale s’est crashé.

Nous sommes au sud des plus hauts sommets des Andes. L’onde nous lâche, et nous volons dans des confluences. Après 30 km direction sud, nous raccrochons l’onde. Il nous a fallu 3 heures pour parcourir 230 km !!!.

L’Express des Andes est de nouveau lancé, cap au sud sur 640 km à 160 km/h. Nous sommes à 50 Km au sud de Chapelco, il reste 4h10 jusqu’à la nuit, Klaus propose une petite rallonge direction nord sur 450 km, puis retour de 400 km, soit 850 km parcourus en 3h45, soit une moyenne de 225 km/h (de plus, en sortant les AF lorsque on ralentissait dans les secteurs ascendant, ceci pour rester à la même hauteur que le DG400).


Un vol de 2'200 km en 14h53 malgré beaucoup de temps perdu a attendre le DG400 qui est nettement moins performant que le Nimbus, surtout à haute vitesse.

Il faut bien avouer que sans Klaus, jamais nous n’aurions parcouru une telle distance au quatrième vol. Son expérience nous a permis de progresser vraiment très rapidement dans ces lieux particulièrement hostiles.

Un autre jour, nous sommes descendus au sud sur plus de 200 km en volant à la pente entre 1'800 et 2'200 mètres. Dans ces contrées, c’est très spectaculaire, le retour s’est fait dans l’onde.

Nous avons volé trois jours en thermique. Des plafonds relativement faibles nous ont incité a voler très prudemment sans beaucoup nous éloigner de la base.

Huit planeurs étaient basés à Chapelco, et je trouve personnellement dommage que l’obsession de la chasse au record faisait oublier à certain pilotes le plaisir du vol: question de mentalité.

Cette expérience a vraiment été extraordinaire, et nous comptons bien la renouveler. La logistique est toutefois très compliquée à mettre en place, car si nous voulons voler pour notre compte, il faut organiser le transport d’un motoplaneur pour plusieurs pilotes, aucune structure permanente n’existant sur place. De plus il faut impérativement être capable de communiquer en espagnol avec le contrôle aérien. Avis aux amateurs.

Il ne faut toutefois pas croire que cette expérience va nous lasser de voler dans nos contrées. Chaque région a son potentiel qu’il faut exploiter au mieux, et pour moi, un 1'000 km parcouru dans les Alpes apporte certainement autant de satisfaction qu’un 2'200 km le long des Andes.

Si les vols effectués dans divers endroits de la planète m’ont enthousiasmés, je suis convaincu que notre région est celle dont on ne se lasse pas.

Vidéo du vol de 2'200 km et fichier .igc

Les fichiers log .igc peuvent être lus par le programme gratuit Google Earth. Pour celà dézippez-le sur votre disque dur et convertissez-le en fichier .kml au moyen de ce programme. Cliquez sur le bouton "Parcourir", retrouvez votre fichier .igc et sélectionnez-le. Il vous reste alors à choisir la couleur du tracé et à cliquer sur le bouton: "Submit/Validez". Vous pourrez alors visualiser le trajet en 2D ou même en 3D avec le programme Google Earth, que vous aurez bien sûr préalablement installé après l'avoir déchargé à cette adresse.

Pierre-Alain Desmeules

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