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Dimanche
10 août 2003 restera gravé dans ma mémoire.
En effet, j’ai enfin réalisé mon rêve
de tourner un 1’000 km sur les Alpes en partant de Gruyères.
Il s’agit du premier 1'000 km en thermiques au cœur des
Alpes sur un triangle à deux points de virages avec départ
depuis la Suisse. Depuis le concours de Vinon, où il m’a
été possible de voler 848 km, j’étais
convaincu que les 1’000 km étaient à ma portée.
Les grandes questions étaient les suivantes : où placer
les points de virages et quel serait le jour où tout l’arc
alpin serait inondé de soleil ? Avec la venue des canicules
le 3 août 2003, j’ai effectué un premier vol
de repérage vers l’est de 760 km entre Innsbruck et
Martigny et un second vol le 6 août vers l’ouest de
770 km entre Davos et Chamrousse. Durant ces vols de préparation,
les zones délicates étaient ainsi analysées.
J’ai également constaté qu’il faut transiter
plus vite pour respecter le timing d’un 1’000 km.
Samedi 9 août en fin de journée,
j’ai monté le planeur et rempli les ailes d’eau
(120 litres) pour m’éviter de la fatigue superflue
le jour J. Le dimanche matin 10 août, j’arrive à
l’aérodrome vers 8h30. Le décollage est prévu
à 10h50 afin d’assurer le premier accrochage, largage
à 11h05 sur Charmey à 2’000 m et accrochage
réussi à l’est du "Gros Brun" sur
la crête avec un thermique de 1.2 m/s qui me monte à
2’500 m puis cap sur les "Spielgerten". Le thermique
est là et me monte à 2’900 m puis à 3’200
m un peu plus loin. La journée s’annonce bien et le
moral est au beau fixe. Passage de la "Gemmi" sans problème
et le planeur glisse rapidement vers le Haut-Valais. Au nord de
Fiesch, une belle ascendance me remonte à 3’900m.
Depuis Coire, la masse d’air est différente et les
thermiques plus difficiles à trouver. Ils se situent souvent
en milieu de vallée et ne me demandez pas pourquoi. En direction
de Landeck, la couverture devient de plus en plus importante avec
4 à 5/8 et les thermiques sont de plus en plus mous. Je tourne
le premier point de virage au nord d’Innsbruck à 14h28
à 2’885 m, exactement dans le timing prévu (14h30).
J’ai désormais parcouru 333 km et le prochain point
de virage à Chamrousse se situe à 495 km.
Je prends quelques gouttes de pluie isolées sur le capot,
ce qui, bien évidemment, n’est jamais très rassurant…
Il faut que je file d’ici en vitesse ! Sur le retour en direction
de Landeck, la couverture s’est encore renforcée et
les thermiques se font plus rares. Je décide de remonter
par la vallée de la "Basse Engadine" où
il y a plus de soleil. Je l’atteins à 2’200 m.
Au travers de Ramosch, je remonte enfin à 3’900 m.
Je m’offre une banane en guise de récompense. Au sud-est
de la vallée de Samedan, chaque montagne est coiffée
d’un magnifique cumulus que j’essaie. Mais pas un seul
ne marche ! Je traverse alors la vallée et là, vers
le Col de l’Albula, je retrouve un bon thermique de 3 à
4 m/s.
Dans les Grisons, les thermiques sont assez éloignés
les uns des autres. Je les prends donc soigneusement jusqu’à
leur base afin de bien rester haut. J’arrive au travers d’Andermatt
à 2’700 m. Près de la crête, le thermique
est d’abord un peu paresseux, puis me remonte à 3’200
m. Je ralentis ma vitesse de transition afin d’assurer mon
passage en Valais vers 16h45. Je plane ensuite au Sud de Stalden
où j’arrive à 2’410 m pour en repartir
à 3’800 m dans un bon 4 m/s. Le Valais marche bien.
Aux Ruinettes, au-dessus de Verbier, je remonte à 3’700
m. Je passe au-travers de Martigny, il est 17h45 et il faut y croire.
Pierre-Alain Desmeules, qui est également en l’air
a quelques doutes. Moi pas, je suis dans le timing fixé.
A la sortie de la vallée de Chamonix j’enroule un bon
thermique près de la pente jusqu’à 3’700
m, puis un autre au sud de Megève. Pendant ma descente au
deuxième point de virage, je maintiens un bon rythme de transition
oscillant entre 160 et 180 km/h. Je tourne Chamrousse à 18h54
à une altitude de 2’900 m (6 min avant mon timing).
A cet instant, il ne me reste plus que 195 km à parcourir.
Après mon demi-tour, les cumulus se font de plus en plus
discrets et disparaissent les uns après les autres. Je vide
mes ailes de 60 litres d’eau et du solde 20 minutes plus tard.
Sur les Belledonne il reste encore des 1.5 m/s et quelques barbules
par-ci par-là. Au Nord de St Remy en Maurienne, je remonte
à 3’080 m dans un 2 m/s. Je repars vers le nord-est.
Il n’y a plus de nuage en vue, à part quelques résidus
qui disparaissent. Je baisse donc la cadence à 130 km/h.
J’aimerais atteindre le Mont-Blanc le plus haut possible.
Le doute s’installe quelque peu et je repense au vol du 8
août où j’ai terminé à Sallanches
à 20h15 après 940 km de vol. Le retour à la
maison s’est terminé à 3h du mat’ et je
profite de l’occasion pour remercier mes dépanneurs
Guigui et Lionel. Mais aujourd’hui, c’est différent
: il n’y a pas le gros cumulo-nimbus sur le Jura qui avait
plongé dans l’ombre toute la région d’Albertville
à Chamonix.
Aujourd’hui le soleil couchant brille, habillé d’une
belle parure orangée. Il est 19h50, j’atteins les premières
pentes sud du Mont-Blanc à 2’440 m. Le fond de vallée
est déjà à l’ombre mais, très
près de la pente, mon DG 800 S commence à frétiller.
Sans eau, c’est un véritable grimpeur. En pente, je
reprends 0.3, 0.5, 0.8 m/s le long des rochers et en avançant
vers Chamonix, 1 puis 1.5 m/s que j’enroule avec un plaisir
non dissimulé. Je remonte à 2’850 m, puis, un
peu plus loin, 2’920 m et finalement 3’125 m sur Chamonix.
A ce moment, je regarde mon computer qui me dit "tu vas le
faire !". Vous n’imaginez pas ma joie ! Je me retourne
vers le soleil qui m’a tout donné et je lui fais un
clin d’œil. Il se met à rougir et disparaît
quelques minutes plus tard.
Je traverse la vallée de Martigny à 2’800 m.
Il est maintenant 20h27 et je file relax en direction de la Dent
de Morcles. Mais à ce moment-là, la situation rebondit
et je me prends le long des pentes une descendance de – 3
à 4 m/s et perds ainsi 260 m, juste histoire de remettre
un peu d’ambiance dans le cockpit ! J’en ressors à
2’320 m les oreilles en bas… L’angle de vision
vers le Col des Mosses s’est bien aplati mais ça doit
encore passer si cela ne se reproduit pas.
Suite à cette expérience, je me mets à voler
soigneusement en milieu de vallée où je retrouve de
la restitution de 0.5 à 1 m/s sur la rentrée. Pendant
ce temps, à Gruyères, les paris vont bon train à
la buvette : "où va-t-on devoir aller le chercher aujourd’hui
?". Je passe la ligne d’arrivée à Charmey
à 20h57 à une altitude de 1’210 m et pose mon
planeur à Gruyères à 21h03. Je m’arrête
devant la buvette, ouvre le plexi, lance mon chapeau en l’air
et lance un "yahou" de bonheur avant d’embrasser
le sol gruyérien…
Un grand merci à tous ceux qui m’ont aidé à
accomplir ce magnifique vol !
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