UN CESSNA 172 EN TUNISIE - Mai 2004
Nord de la Tunisie, 3 km de visibilité, autorisés
SVFR au départ de Tabarka avec 17 kts au 270°. Nous voilà
au décollage pour un cap retour plein nord à 1'000 ft
sur la mer… La Sardaigne semble bien loin dans cette grisaille
qui achève là notre séjour Tunisien après
4 jours de quasi-tempête. Trente minutes plus tard l’île
de Galite sort de la brume comme ces bateaux que nous croisons tels
des fantômes taillant leur route dans l’écume. Une
heure après nous décidons de monter dans cette grisaille
qui tarde à se déchirer. A 5'000 ft le ciel s’éclaircit
mais sans repère visible sur l’eau nous poursuivons accroché
à l’horizon et au cap de notre petit avion. Sans pilote
automatique, le temps s’écoule lentement, les points de
reports passent, comme au ralenti, et il faut voler cool et précis.
Tu crois que ça givre dans cette peuf ? Régulièrement
nous réchauffons pour voir… Puis enfin le ciel clair arrive
peu à peu au travers de cette laitance accrochée à
nos ailes…
Drôle de sentiment : du désert nous n’avons rien
vu et la mauvaise météo semble nous coller encore. La
terre arrive, enfin, pour un saut sur le relief et une escale rapide
au nord de la Sardaigne sur un temps toujours maussade. De la Corse,
nous ne voyons que l’ombre dans la brume pour arriver directement
à Cannes.
Tu parles de vacances !
Il nous faut 5 heures pour traverser « cette » Méditerranée…
C’était l’année dernière
à Pâques 2003.
Cette année nous attendrons l’Ascension pour repartir,
têtus, vers la Tunisie.
Encore une fois les autorisations furent longues à
obtenir et le seul moyen efficace fut le fax car tous les e-mail restèrent
sans réponses. A nos requêtes d’accès sur
différents aérodromes, les fax reviennent négatifs.
Seuls les grands terrains nous seront accessibles et, encore pas tous,
car finalement Sfax nous est aussi interdit. De plus le problème
d’avitaillement en Avgas, déjà critique en Tunisie,
se corse au point que cette année, même Monastir nous confirme
ne plus pouvoir en fournir. Le seul ravitaillement civil possible sera
Tunis. Du coup il nous faudra « bidonner » à l’africaine
pour encore augmenter l’autonomie de notre appareil et éviter
toute situation critique. Quant aux militaires qui utilisent l’Avgas,
ils n’ont pas le droit de nous en vendre et ne répondront
jamais à nos écrits. Les essais par téléphone
se traduisent par « rappelez dans 10 minutes » ou «
demain matin » mais toujours dans l’impossibilité
d’obtenir le nom des responsables de l’avitaillement. Parfois
l’envie nous guetta de dire : « Et m…., font trop
c…, allons nous balader en Corse, à l’île d’Elbe
et à Malte !! » Et puis non, l’an dernier Darcisse
et moi avons été sympathiquement accueillis dans la tourmente
qui nous a fichu en l’air notre vol, alors il serait trop mou
de notre part de se dégonfler pour des problèmes administratifs.
Et en plus nous avons envie de revoir le désert, alors, comme
dirait Romuald par la fenêtre du Cessna : « CLEAR ! »
et le démarreur lance l’hélice…C’est
parti !
Vendredi 14 mai :
Malgré ces déconvenues, la chance nous sourit avec une
météo favorable et une crête de haute pression largement
installée. De plus nous venons d’acquérir un C-172
(HB-CCO) pour augmenter notre emport et l’autonomie à 6h00.
Petites inquiétudes, car ce vol est celui du rodage, le moteur
venant d’être remplacé. Finalement le stress des
derniers détails de finition fut bien géré, et
Mécanair a mis les bouchées doubles en traitant l’essentiel
nous permettant de disposer d’un avion en parfait ordre de marche.
D’entrée Charlie Oscar vole très bien et semble
ronronner de plaisir pour cette traversée vers la Corse.
Partis trop tard d’Ecuvillens pour éviter
les Cumulus-Bourgeonus sur les Alpes, nous grimpons quand même
au FL 105 en découvrant l’avantage du trim de direction
très pratique sur cet avion. Nous contournons les « tower
cumulus » en serrant au plus près vers Barcelonnette pour
poursuivre sur St-Tropez et Calvi. Ayant quitté le sol Suisse
à 16h30 locale, nous admettons que la Sardaigne sera seulement
pour demain matin. Aux commandes captain Romuald suit tranquillement
sa route vers le sud pendant qu’on pourrait presque penser que
Darcisse somnole derrière (en fait Rick (Hunter) a toujours un
œil ouvert et il le prouvera souvent par une petite réflexion
à l’arrivée). Il faut admettre que la situation
est psychologiquement intéressante : d’abord nous sommes
trois, et, disons le franchement, ce chiffre n’est jamais évident.
De plus le 3ème pilote, refoulé en passager, ne peut rien
suivre du vol car les places arrières n’ont pas d’inter-com…
Il faut en quelque sorte « prendre sur soi » et admettre
la quiétude solitaire et forcée de ces moments contemplatifs,
victime volontaire du pilotage de celui qui œuvre. D’un autre
côté, les autres partenaires ne sont pas chauds pour rajouter
un inter-com derrière car, disent-ils, au moins quand Didier
sera derrière, il devra s’arrêter de parler. Pas
de doute c’est une école qui dépend de chacun, et
dans cet examen nous allons avancer « pas à pas »
honorablement là où beaucoup n’auraient même
pas essayés. De temps en temps Darcisse me tapotte sur l’épaule
pour savoir si tout va bien devant et suite à ma réponse
il retourne s’adosser pendant que Romuald réajuste le trim.
Et aussi de temps en temps, ce « foutu passager » secoue
ses 75 kg pour voir si « ses » 2 pilotes du dimanche ne
dorment pas aux commandes.
Le passage sur La Durance et l’arrivée
en Provence imposent la descente pour cause de météo.
Sur le lac de Ste-Croix la visibilité se réduit à
6 ou 7 km et nous traversons quelques zones pluvieuses à 4'500
ft en quittant la Côte d’Azur fortement chargée.
Certains appareils se disent sous une enclume en demandant des infos
météo
Sur la mer, la luminosité baisse tranquillement
en cette fin de journée en même temps que notre sentiment
d’être en vacances augmente. Le VOR de STP nous pousse pendant
que le GPS nous tire et pour se paumer il faudrait le faire exprès
même avec une purée de pois. L’ADF fonctionne aussi
parfaitement alors que sur Sottens il indiquait cap inverse, allez comprendre
quelque chose à l’électronique. En plus le METAR
de Calvi est FEW 2'500 ft, alors comprenez la quiétude de l’équipage
qui savoure cet air calme en s’éloignant du continent.
Nous posons à Ste Catherine dans l’île de beauté,
après 3h20, de vol sur le soleil couchant à 3 mn de l’ETA
annoncée. La moyenne est modeste, mais vu le détour, nous
considérons sympathique ce premier pas fait en toute facilité.
Hôtel au pied de la Citadelle, toujours retrouvée avec
autant de plaisir, et téléphone tardif, par sécurité,
au BIA d’Ajaccio pour confirmer la clôture de notre FPL
; Gagné ! plan de vol toujours actif, merci la tour ! Mais comme
nous dit la responsable « vous savez vous êtes arrivés
tard …»
Repas rapide et ballade nocturne sur le port où Romuald nous
fait un « numéro» en téléphonant d’une
cabine (pour lui le téléphone portable est un objet inconnu).
Ici commence une série de situations comiques qui vont agrémenter
notre séjour par certaines différences de perception de
vie…En vol souvent il menacera de jeter le GPS par la fenêtre
pour revenir à une autre aviation. Pour l’instant son cas
reste gérable car il accepte la radio-nav, mais s’il subit
une nouvelle crise d’anti-modernisme il nous faudra certainement
revenir au vol à l’estime et aux signaux lumineux en supprimant
la radio… Je redoute de le voir arriver à Gruyère
un jour avec un casque en cuir. En tout cas si vous le voyez une fois
ainsi accoutré au terrain, téléphonez à
Darcisse et Didier vous serez sympa…
Préparation du vol de demain sur un coin de table au restaurant
et il est temps de remonter vers l’hôtel car demain la Tunisie
nous attend, avec ou sans GPS.
Samedi 15 mai :
Fort de certaines expériences et connaissant le bazar de certains
aérodromes pour passer un plan de vol, sans oublier les surcharges
ou excitations matinales au moment des départs, nous passons
notre FPL par fax depuis l’hôtel pendant notre petit déjeuner.
Confirmation de réception en poche à la fin de nos cafés,
nous partons sereins pour l’aéroport avec l’unique
besoin du plein d’Avgas au ras des bouchons. En réponse
à nos inquiétudes de manque d’essence, le pompiste
nous explique très sérieusement que la corse est parfois
en rupture d’Avgaz. En effet la livraison par bateau ne peut se
faire que sur des transports où les risques de matières
inflammables ne sont pas cumulés. « Alors, vous comprenez
quand le bateau livre des explosifs, la livraison d’Avgaz peut-être
retardée… » Sur cet entre-fait véridique le
plein est complété, la météo est prise,
et nous sommes tranquilles pour la première petite étape
vers Alghero. Blue sky confirmé avec quelques nuages épars,
et nous voilà vernis pour la suite car la météo
se confirme toujours favorable pour la semaine. Ca sent la promenade
de santé ce vol en Afrique du Nord…
Décollage et large virage à gauche sur la baie pour le
Sud en suivant la côte ouest de la Corse. Contact avec Ajaccio
approche et cap sur POULP, en limite de la FIR, pour entrer en Italie.
Superbe vol dans le bleu en quittant le contrôle d’Ajaccio
et pas trop pressés de bavarder avec les « Spagettis »
nous nous annonçons à environs 25 nm des côtes,
car l’ATIS d’Alghero reste muet. Piste 20 en usage, ce qui
serait parfait pour une directe, mais c’est sans compter la crise
de zèle du contrôleur de la tour. Descente pèpère
programmée et tout est fichu en l’air avec un holding scotché
de 15 minutes sur la côte nord puis une séparation d’altitude
nous forçant à maintenir 4’000ft à 5 nm du
terrain. Quand on finit par découvrir pourquoi, en apprenant
que l’autre avion est finalement secteur sud du terrain, alors
que les transpondeurs fonctionnent, on se pose des questions. De ce
fait je m’entête et descends comme un pilatus avec 40°
de volets et pose quand même en directe, mais disons-le franchement
«comme un sac». C’est le début des petites
aventures avec les contrôleurs du sud.
Repas en bord de mer, dans la vieille ville fortifiée d’Alghero,
dont le charme unique est recommandable, puis nous voilà sur
un banc face au port préparant ou plutôt contrôlant
la suite de notre vol avec surtout l’arrivée sur Tunis
qui risque d’être brumeuse.
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Darcisse, un peu à l’écart, est
pris à part comme photographe d’un groupe d’italiennes.
Il organise « son troupeau » pour l’avoir au complet
dans l’objectif de l’appareil photo et une des italiennes
du groupe lui lance « mââs vous êtes oune artiste
… ». Heureusement que la Tunisie nous attendait, sinon on
continuait à deux ! Sacré Darcisse !
Retour aux choses sérieuses à l’aéroport,
plein fait au tarif italien prohibitif et inquiétudes pour le
ciel très orageux sur le centre de l’île. Deuxième
passage à la météo et confirmation que la route
prévue est trop chargée de cumulus et cumulo-nimbus, le
tout passablement accroché dans les reliefs. Les zones militaires
de l’ouest sont par chance inactives les fins de semaines et une
option inespérée s’ouvre à nous pour laisser
un passage sur la mer entre les nuages bas. La côte, interdite
normalement, est à découvrir. Au décollage nous
ramassons un bon grain et la visi devient très mauvaise dans
le vacarme de la pluie. Relégué passager je regarde mes
2 pilotes se débrouiller avec une radio inaudible, slalomant
entre les masses nuageuses. C’est limite stress avec des points
de report sur des patelins inconnus qui ne sont ni sur les cartes, ni
dans le GPS alors que les questions sont répétées.
Les 2 pilotes s’activent puis décident de passer au dessus
des basses couches.
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Vers 3’000 ft la vue sur l’est, en direction
de l’île, est complètement bouchée et confirme
l’impos-sibilité que nous aurions eu de passer en suivant
la route au travers de l’île. Sur la mer, tout s’arrange
(sauf à la radio) et nous contournons l’île le long
des plages et des criques pour finir par lâcher définitivement
la zone orageuse et reprendre le cap vers Tunis.
Ouf, bénédiction des italiens qui nous abandonnent enfin
pour Carthage Info.
« Tunis Info, Salam » et le ciel est clair
pour une altitude plus confortable de 4’000ft.
Sur cette toile bleue Charlie Oscar glisse et je l’imagine invisible
dans l’immensité, petit avion ouvrant les portes du ciel.
C’est le pur bonheur de l’itinérance. Combien de
temps dure ce bonheur ? Difficile à quantifier, il se perd tout
d’un coup quand l’esprit fait surface, ou par excès
d’émotion, puis revient… Perception sublime que seuls
les voyageurs ressentent face aux horizons lointains, alchimie mystérieuse
et contemplative réservée à ma situation de «
passager en première classe » sans souci de pilotage…
La Tunisie approche loin devant, la couverture nuageuse l’annonce.
L’arrivée en fin d’après-midi
sur le littoral est superbe. L’épaississement des nuages
qui remontent en altitude nous atteint presque et le sol ne se découvre
que partiellement. Les tafs annonçaient FEW 2'300, SCT 3'800
et VISI 6 KM. Le trafic est dense à cette heure et les reports
sont à respecter. A la radio les questions fusent et l’arrivée
est autorisée SVFR ce qui est déjà une dérogation
de la part du contrôleur (pas de doute ils doivent faire très
pros mes 2 pilotes) et tout s’enfile facile. Survol génial
de la ville de Tunis à 1'000ft, et recherche du terrain. Bordel,
où est ce foutu aéroport ? Ca doit se voir un terrain
grand comme Zürich avec deux pistes en croix de 3000 m, mais à
1000 ft AGL en SVFR, on ne voit pas si loin que ça. Et là
Romuald me demande de les aider à chercher aussi. Evidemment
pas dans le coup je jette un œil rapide sur les instruments ( faut
dire comme ça avec Romuald sans jamais prononcer le mot GPS)
je cherche et leur dis « à gauche » et ils m’obéissent
pour ce qui sera tout sauf l’aéroport que nous découvrons
15 secondes plus tard… Du coup je me fais foutre de moi (tout
bien réfléchi ils sont pas si pro que ça…)
Allez, va avec une belle baïonnette, et nous arrivons vent arrière
main gauche 01 comme demandé par la tour.
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Atterrissage au premier tiers et il ne reste plus qu’à
se repérer sur le tarmac pour trouver le parking et surtout la
société Tunisavia seule entreprise vendant « l’Avgas
sauveur ». Patience, et le sol nous guide pour notre parking,
où nous sommes accueillis comme prévu par la Police et
la Douane. Le vol fut de 2h40’ depuis Alghero. Nous descendons
saluer notre comité d’accueil en concluant comme l’an
passé, que l’Afrique est toute proche de l’Europe
même avec un petit mono-moteur.
Vite débarrassés des formalités
le Canari (voiture jaune de piste pour les équipages) représentera
la plus grande partie de la taxe aéroportuaire, soit au total
21 dinars ou 21 francs suisse. Pour la dimension d’un aéroport
international comme Tunis nous nous abstiendrons de toute comparaison
avec les tarifs en vigueur chez nous…
Romuald nous dégotte un hôtel dans le plus pur style de
la belle époque du protectorat français et pratiquement
authentique quant à l’âge de ses installations sanitaires.
Malgré tout les lits sont bons et nous partageons une chambre
à trois ce qui deviendra l’habitude. En effet nous devons
poursuivre notre test sociologique qui vaut le détour…
La prochaine fois nous prendrons un psy avec nous qui pourra à
loisir analyser nos manies ou nos attitudes suivant les situations de
notre équipée de pied-nickelés. En tout cas on
se marre bien, et je ne résiste pas à vous citer quelques
exemples : Romuald boit l’eau du robinet stockée dans sa
gourde cabossée en métal et stérilisée avec
des foutues pastilles chimiques, pendant que Darcisse et moi nous nous
abreuvons dans des bouteilles plastiques qui pollue la planète…
Plus tard arrivés dans le désert Romuald et moi arborerons
des confortables sandales immédiatement qualifiées de
«chaussures de prophètes» par notre citadin qui ne
quittera pas « ses baskets ensablées » en nous demandant
si nous allons bientôt rentrer dans les Ordres… Et quand
je m’achète un pantalon berbère avec quelques broderies
sur les cuisses je me fais traiter de folle en ballade… Autant
vous dire qu’en attendant le psy les commentaires vont bon train
!
Demain dimanche, nous tentons le cap Tozeur après
l’essence la plus chère de notre vie à CHF 3.-/
litre ! Mais quand on aime on ne compte pas et connaissant l’absence
d’essence ailleurs nous rajoutons 50 litres dans 2 bidons, histoire
d’avoir un peu de réserve en plus de nos 54 gallons dans
les ailes. Le vol devrait durer 2h30’ à 100 kt de moyenne,
mais si le vent du désert se lève tout est possible et
si notre vitesse sol tombe à 60 kt notre situation pourrait devenir
critique. Légère surcharge en perspective mais c’est
la rançon du succès pour être tranquille sur le
vol du retour prévu via Monastir pour un arrêt de un ou
deux jours.
Dimanche 16 mai :
C’est parti avec 1000 ft max pour sortir de la CTR conformément
à la procédure, mais avec cette fois, la radio à
moitié en français s’il vous plaît ! Nous
sommes vernis ce matin ! « confirmez 1’000ft max »
demande la tour et nous confirmons… 1 minute plus tard «
confirmez 1’000ft jusqu’à Tozeur » (Ca va pas
la tête, y a des bosses partout jusqu’à 5000 ft sur
le chemin !?) « Négatif Hotel Charlie Oscar, demandons
4'500 ft dès que possible » . Avec les cumulus en formation
et la température qui monte encore nous n’avons pas envie
de nous faire ballotter pendant le vol. Et c’est parti pour slalomer
entre de gros paquets de nuages pour finir au calme au FL105 et survoler
tous les massifs montagneux que nous ne voyons pas, ou presque pas,
malheureusement. Le vent est quasi nul et notre vitesse est correcte.
Tout ronronne à part le passager arrière qui se plaint
de la dilatation des bidons d’essence et qui nous dit «
oh ! les deux de devant continuez à monter et ils vont nous péter
à la gueule ces bidons ! »… C’est dur le baroud,
il faut toujours un blanc qui se plaint de quelque chose !!! «
Que fait-on on les entrouvre ? Non surtout pas ! Ca passe à cette
altitude, promis on ne monte pas plus ».
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Peu à peu la couverture nuageuse disparaît
avec l’apparition du désert. Carthage Contrôle nous
garde sous son aile bienveillante et nous demande le relais pour deux
avions français qui rasent les montagnes. Même le contrôle
de Gafsa nous laisse en paix pour une descente tardive évitant
les turbulences.
Le relief survolé devient totalement aride. Nous y sommes, c’est
le rêve qui devient réalité encore une fois sur
ces paysages uniques aux lumières si particulières. Au
loin après les dernières montagnes, le Shott El Jerid
apparaît comme une étendue aussi plate qu’infinie.
« Bonjour Tozeur ! » nous allons enfin arriver à
cette destination qui nous avait échappée l’an dernier
! Il nous aura fallu seulement 2h30’ depuis Tunis, une formalité.
L’approche est évidemment turbulente dans la chaleur locale.
Nous regardons le thermomètre monter pendant que Romuald descend
dans les thermiques pour finir par nous parachuter en douceur sur le
seuil de piste, comme pour profiter de toute sa longueur.
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« Hôtel Charlie Oscar, parking between
the two 747...” nous demande la tour.
“ Will do” et avec plaisir aurions-nous envie d’ajouter!
Salut sable et caillasse ! Nos regards découvrent
le décor et à l’ouverture des fenêtres la
chaleur sèche remplie le cockpit. Nous pivotons entre les 2 Boeing
et le moteur s’arrête. Le vent est chaud pour 12 à
15 kt . Nous déchargeons le Cessna, puis l’attachons par
la queue avec un lest de sable que Rick nous ramène du bord du
tarmac. La police autorise les photos de notre avion, mais, attention,
il ne faut pas pendre les deux Boeing 747 irakiens confisqués
lors de la première Guerre du Golfe. De toute façon ils
sont tellement présents que le second plan est inévitable…
Quel gâchis, ces 2 avions croupissant ici depuis 13 ans. Leur
état commence à être pitoyable, mais bien sûr
personne n’est censé savoir ce qu’ils font là
ni même d’où ils viennent.
Considérant à juste titre que nous sommes « un vol
intérieur » les formalités sont brèves et
nous voilà à l’hôtel dans un style qui dégoûte
Romuald-écolo. Le resto en cerise sur le gâteau craint
trop pour lui avec ses touristes ( car nous n’en sommes pas bien
sûr) et nous n’y reviendrons pas…
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Lundi 17 mai :
Après une bonne nuit durant laquelle Rick a ronflé copieusement,
nous voilà sur le départ avec un gros 4X4 (530'000 km
au compteur) pour une ballade locale vers les Shott, les oasis de montagne,
Nefta et les dunes de sable fin en passant par quelques lieux de tournages
de la Guerre des Etoiles. Notre rêve de voler en radada plus bas
que la mer sur le Shott nous est soufflé par un hélico
militaire qui nous croise le long de la route et nous rappelle indirectement
que nous manquons d’essence pour ce jeu. En fait nous ne pouvons
même pas envisager un vol local. Le dernier espoir de se ravitailler
auprès des militaires est vite évanoui lorsque pour toutes
réponses nous obtenons des propositions de mélanger l’avgas
avec de l’essence auto…
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Le parcours en Land Cruiser nous permet de jouer les
touristes en visitant rapidement nos objectifs. Le décor est
là, presque trop facile d’accès avec ce puissant
diesel et Romuald regrette une vieille 4L pourrie en échange
qui nous aurait permis de nous ensabler ça et là, plus
ou moins définitivement. Sur l’arête d’une
dune, notre chauffeur nous fiche quand même la pétoche
sur une pente dans laquelle nous nous engageons d’un coup face
au vide. Certaines parties du désert sont lisses et dures comme
une autoroute et nous fonçons dans les rafales du vent qui balayent
ses immensités. La sécheresse de l’air sans odeur
donne un sentiment d’absence, comme si un sens nous avait échappé.
De toute façon nous sommes un peu désorientés par
le manque d’expérience des lieux.
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Le sel de la mer asséchée à fleur
du Shott sous quelques centimètres ou décimètres
de sable est partout. En goûtant, la densité saline est
impressionnante. Au loin l’Atlas séparant la Tunisie de
l’Algérie forme une chaîne continue de montagne aussi
loin que porte notre regard. En roulant bien, une heure est nécessaire
pour quitter ce plat perpétuel et gravir les flancs de roches
torturées. Nous continuons en nous arrêtant de temps en
temps au travers des couleurs de ces montagnes ocres, jaunes ou brunes
parsemées de quelques palmiers au fonds des gorges. Ici la richesse
est évidemment l’eau pour qui que ce soit, bêtes
ou humains. En fin de journée, nous rentrons par un parcours
surprise que nous réserve notre chauffeur en filant à
vive allure sur une piste qu’il connaît bien. Il faudrait
aller plus loin, mais notre location n’est que d’un jour
et nous ne pouvons que « survoler » ces lieux.
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De retour à l’hôtel nous décidons
un resto en ville, histoire de nous imprégner des ambiances locales
et d’une bonne marche au travers de Tozeur. Bistrots remplis d’hommes,
peu de femmes apparaissent dans les rues. Toujours bien couvertes elles
filent comme des ombres affairées aux tâches familiales.
Leur rôle est à la maison et elles aiment peu sortir, disent
leur maris… Après un bon repas traditionnel nous déambulons
dans la ville qui s’éteint pour une bonne nuit en vue de
partir demain vers le nord à Betlaoui.
Mardi 18 mai :
Debout de bonne heure je regarde vers 06h le soleil se lever et le vent
avec… La journée est annoncée jour de vent de sable,
mais rien ne semble le confirmer. L’avion est stationné
vent de dos, pour éviter les entrées de sable coté
moteur et à l’anneau de queue le sac de trente kilos est
solidement accroché. Avec les cales à toutes les roues,
il ne devrait pas bouger mais une légère inquiétude
subsiste. Nous savons par expérience de l’an dernier qu’il
ne faut rien attendre du personnel de piste, même quand l’avion
tourne de 90° dans la tempête.
Petit-déjeuner, puis descente en ville à pied, et nous
marchandons le prix de notre taxi. Il est encore tôt et déjà
nous roulons vers Betlaoui à 80 km de Tozeur pour une journée
qui prouve que la météo s’est plantée. Le
vent reste fort mais sans sable ou presque. Notre but est de prendre
le Lézard Rouge, un train datant du début du 20ème
siècle servant d’accès aux mines situées
dans les contreforts de l’Atlas. Arrivés à la gare,
nous découvrons le tortillar complètement rénové
dans une belle allure. La balade s’annonce sympa sauf le paquet
de touriste qui gâche notre quiétude. Malheureusement la
loco vapeur a été remplacée par une diesel moderne.
Romuald et moi squattons le balcon du wagon de queue pendant que Darcisse
prend place sur le siège de vigie arrière, qui avait à
l’époque aussi mission de freiner les wagons à l’aide
d’un volant. Cinq minute après le départ, le train
s’enfonce dans les gorges et les montagnes. Les passages dans
les canyons et les tunnels se succèdent et nous sommes les témoins
du passé des mineurs. Au travers de vrais décors de western
le parcours vaut le détour malgré le contexte touristique
de la population qui nous entoure et transforme ce train en «
traine-couillons » qui rend Romuald grognon.
Au retour nous nous offrons un repas local, merguez,
poulet frites et thé à la menthe tout à fait acceptable
pour 11 dinars pour trois. En quittant le restaurant j’oublie
mon appareil photo qu’un gaillard patibulaire me rapporte en courant,
me souriant de tout ce qui lui reste de ce qui fut des dents…
Décidant un retour à l’hôtel
par taxi-brousse local, nous voici les premiers clients d’une
camionnette qui nous balade dans la ville en offrant ses services de
transport vers Tozeur. Le fait d’avoir des clients à bord
montre son départ imminent, mais au bout du deuxième tour
du bled Rick lui demande d’arrêter son cirque et de nous
déposer, pour nous reprendre quand il aura enfin décidé
de partir… A voir le ton de Rick le chauffeur comprend qu’il
vaut mieux ne pas essayer de discuter. Dépité de voir
«sa pub vivante» redescendre de son camion, il repart seul…
En attendant tranquillement à l’ombre nous finissons par
réembarquer, et rentrons avec une idée de piscine et de
bonne sieste.
A peine arrivés le réceptionniste de l’hôtel
nous hèle pour prendre connaissance d’un message urgent
en provenance de l’aéroport. Et zut que veulent-ils ? C’est
notre premier après midi de repos et véritable farniente
depuis notre départ où les nuits n’ont pas excédé
5 heures ! Téléphone au Bureau de Piste et le responsable
de quart nous apprend que nous sommes cloués à Tozeur
jusqu’au 24 mai suite à l’application d’un
notam tombé ce matin. Récapitulons, ça ferait une
semaine sur place au lieu des 3 jours prévus restants…
Ca pourrait être un bon plan après tout mais nos responsabilités
professionnelles nous rappellent trop rapidement à une réalité
d’ailleurs idiote. Quoi qu’il en soit nous sommes invités
à nous rendre à l’aéroport pour discuter
de cette situation avec le directeur des opérations aériennes.
Le Sommet de la Ligue Arabe se réunit ce week-end à Tunis
et l’état-major de l’Armée de l’Air
a décidé l’interdiction d’accès à
toute l’aviation générale dans la FIR de Tunis Carthage
au nord du 35ème parallèle. Tozeur étant au sud,
notre situation est légale, mais notre plan de vol déposé
hier pour Monastir passant légèrement au nord du 35ème
est tout bonnement refusé.
Première réaction: Heureusement que nous avions déposé
ce plan hier, ça nous a permis d’être informé
immédiatement de cette situation qui ne nous réjouit guère.
Plusieurs solutions sont proposées dont celle, marrante, de filer
directement plein Est hors de la Tunisie puis vers le Nord et rejoindre
Malte… Mais Malte comme l’Algérie nécessite
des autorisations préalables que nous n’avons pas, pas
plus que l’AIP d’ailleurs ! Par contre nous avons bel et
bien une autorisation valable de la Tunisie délivrée par
la Direction Générale de l’Aviation Civile pour
des dates bien définies et respectées!
Débats divers avec le boss des opérations, puis il est
convenu d’informer la D.G.A.C. de Tunis de notre situation par
le biais du bureau de piste de Tozeur, en faisant part de notre impossibilité
de rester jusqu’à l’échéance du notam.
Nous retournons à l’hôtel, mais l’après
midi est cuite, nous ne nous sommes pas reposés et sommes plutôt
mécontents.
Dans la soirée le verdict tombe par téléphone avec
2 propositions:
« Vous pouvez partir sans vous arrêter à Monastir
mais en faisant escale à Tunis pour refueler et redécoller
le jour même, mais demain, et seulement demain!! »
« Vous pouvez aussi partir demain et poser à Monastir,
mais dans ce cas vous y restez jusqu’au 24 mai au minimum !! »
Rapide réflexion : La météo s’annonce en
dégradation sérieuse sur l’Espagne pour la fin de
la semaine avec un front remontant du sud et nous risquons d’être
bloqués pour de bon. En prenant contact avec la Suisse le temps
est prévu « pourri-méchant » pour tout le
week-end…
Ici les gens sont gentils, mais nous avons le sentiment d’être
personna non grata vis à vis des autorités craintives
d’attentats possibles. Plusieurs fois les représentants
de la circulation aérienne nous présenteront poliment
leurs excuses en nous faisant partager les risques réels de terrorismes
auxquels fait face la Tunisie… Mais pour nous le message est clair
après les interdictions officielles essuyées pour le grand
sud voici que le nord se ferme du jour au lendemain… Tant pis,
c’est décidé, on s’en va demain matin à
la première heure… Du coup nous retournons à l’aéroport
préparer nos plans de vols sur la Sardaigne via Tunis. Romuald
et moi contrôlons une dernière fois la série de
notam (seulement douze pages, le lendemain à Tunis l’impression
des notams des FIR de Tunis et Rome prendra 40 pages !) pour des exercices
de tir dont les zones sont données par coordonnées sans
aucune carte de repérage et ne correspondent pas non plus aux
zones R, P ou D des cartes aériennes. Check des altitudes nous
nous concentrons sur celles au dessus de 5'000 ft. Une seule est sur
notre route sur le lot, mais une quand même. Il y a deux ans avec
Darcisse nous avons traversé une zone de largage de parachutistes
dans la TMA de Lyon sous contrôle de St-Ex. C’était
passé très chaud et nous avions eu beaucoup de chance
ce jour là (en plus des excuses de la D.G.A.C. un mois après).
Souvent nous nous sommes dit que jamais notre crash n’aurait pu
être élucidé autrement qu’en concluant que
nous n’avions rien à foutre là. Alors vues les conditions
du jour, on ne voudrait pas se prendre des projectiles dans les fesses
et finir dans notre tort au tapis… Et nous finissons ainsi les
préparatifs de notre retour prématuré.
Soirée sous le vent chaud toujours de l’Est, souper rapide
en ville et sommeil léger sont nos derniers souvenir nocturnes
de Tozeur.
Mercredi 19 mai :
Sonnerie à 4h et Taxi à 5h pour décollage à
6h locale soit 5h UTC c’est à dire un quart d’heure
après le lever du soleil. Le vol sera vent debout pour 15 à
20 kt, car au petit matin sa force n’a pas faiblit. Darcisse a
siphonné la totalité de nos 50 litres des bidons dans
les réservoirs. Nous avons au total 160 litres soit largement
assez pour atteindre Tunis dans ces conditions (mais un « petit
souvenir » pinçant de l’an dernier reste dans nos
esprits lorsque, dans la tempête, le GPS indiquait une vitesse
sol de 35 kt). La vitesse minimum obligatoire est calculée à
66 kt pour atteindre Tunis…
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Back-track cool, le soleil est levé pleine face,
et le Cessna s’arrache pour normalement 3h00 de vol en ligne droite
sur Tunis. Les contreforts de l’Atlas retiennent quelques barrières
nuageuses à 4’000ft et nous décidons de passer au
dessus, le vent semblant fléchir en altitude. La montée
est autorisée sans problème. Au FL 75 la vitesse sol se
stabilise à 95 kt. Les vents annoncés ont effectivement
faibli au moins dans cette partie du vol. La dérive est de 10°
environ et les metar sont bons à Tunis. Tout est tranquille et
nous admirons les paysages que nous quittons à regret. En remontant
au Nord-Est, les zones cultivées réapparaissent peu à
peu, de même que les routes. La visibilité est bonne en
ce début de matinée, nous sommes dans le bleu pur au dessus
des légères brumes. A bord tout va bien, et ce soir nous
prévoyons des spaghettis.
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La descente est programmée assez tôt pour
rentrer dans la CTR en respect des altitudes obligatoires. L’ATIS
de Tunis est sur le VOR qui reste inaudible, et c’est bien pareil
pour le Volmet… L’approche nous prend en charge pour une
arrivée par le sud conforme à nos intentions et nous propose
une directe sur la 01 ce qui nous convient. Au contact suivant la directe
se transforme en un nouveau report sur le dernier point possible de
la procédure normale, avec bien sûr un cap différent,
et lorsque la tour nous prend en charge nous sommes clear n°1 pour
la 29… Pas de problème, un coup à gauche puis 2
coups à droite et nous voilà base gauche pour atterrir
en 29 avec un stop avant le croisement des axes pour laisser un bi-turbines
décoller en … 19. Mais tout roule et le contrôleur
est parfaitement au point, je dirai même nettement plus vif que
certains... Avec son accord, nous allons directement nous stationner
chez Tunisavia pour avitailler.
Re-canaris et direction vers le C pour contrôler notre plan de
vol sur la Sardaigne et nous acquitter des taxes sans oublier la douane…
Tout s’enchaîne vite malgré la dimension de l’aéroport
et l’approche de Sommet de la Ligue Arabe. Même le gars
de la sécurité comprend que nous pouvons être pilote
sans avoir ni galon doré ni badge de laisser passer. Par contre
au bureau de piste le chef est là, il le montre, et fait son
show pour les petits jeunes du bureau. Il décrète notre
prochain plan de vol pas assez précis au vu des circonstances
exceptionnelles, l’annule de son propre chef et reprend formule
vierge dans un éloquent numéro de cirque. Notre route
devient jalonnée d’altitudes successives précisant
notre départ et nous canalisant tel un vol téléguidé
par le docteur du C de Tunis. Nous restons polis jusqu’au bout,
mais sa prestation restera en nos mémoire comme une tirade de
théâtre aussi belle que nous la savons inutile. D’ailleurs
il finît son topo en solo, avec nous seuls comme spectateurs,
car entre temps l’heure du repas a sonné et le bureau s’est
vidé en quelques secondes.
Sandwich dans l’aérogare et nous regagnons le chemin vers
le brave Charlie Oscar gavé d’essence bleue, prêt
à quitter Tunis et traverser la Méditerranée. La
sortie du bâtiment de l’aéroport vers le tarmac est
faite sous les caméras par une porte d’étage, et
un officier de police nous accompagne. Sur le parking notre avion est
encadré d’une surveillance distante, mais bien présente,
pendant que 2 Illouchines déchargent des Mercedes officielles
pour transporter leurs « élus ».
Moteur, puis « ready for taxi » et c’est le Follow-me
qui vient nous chercher pour nous guider jusqu’au point d’attente
de la 01… (tant mieux, finalement ce n’est pas le jour à
faire une fausse manœuvre).
Et nous quittançons « Clear for take-off 01, will turn
left heading 320°, maximum altitude 1’000ft, sqwak 5462, will
report 5 miles ».
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Salut la Tunisie, (bienvenue en Tunisie) on se tire
sous le soleil cette fois, en longeant la côte. Et, en bons pilotes
obéissants, répétant au moins 4 fois que nous avons
bien affiché le bon code transpondeur, le gars de l’approche
maintient un chiffre de différence comme un mulet. je doute d’un
problème mais comment nous confondre de toutes façon ?
Puis comme d’habitude tout rentre dans l’ordre par un «maintenant
c’est bon».
Arrivés sur la côte Nord, nous sommes autorisés
à monter d’abord à 3'000 ft et repartons pour le
bleu infini qui se présente comme la fin de nos soucis. Ouf voilà
le calme, et nous quittons les eaux territoriales de la Tunisie vers
la Sardaigne.
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Au premier contact radio avec Cagliari, notre requête
vise à maintenir l’altitude et couper au plus court en
s’abstenant des reports VFR, au ras du paysage. D’ailleurs
sur le plan de vol nous n’avons noté que les reports de
la route IFR. Le contrôleur de Cagliari nous laisse transiter
sans problème pendant qu’il se bat avec 2 français
qui vont à Malte. Sur la Sardaigne, la turbulence revient et
le pilotage s’impose pour conserver altitude et cap.
Contact avec Alghero à 30 nm et pas de trafic connu. Report à
10 pour une arrivée confirmée n°1. Nouveau report
comme demandé pour intégrer vent arrière gauche
23 toujours n°1… dernier report demandé en finale…
« HCO turning final 23 » Et voici que le contrôleur
nous répond: « Negatif holding by right 360 and maintain
altitude due to vehicule without radio on run way » Je l’aurai
parié ! Mort de rire et Romuald qui me dit : « c’est
quoi cette connerie ? Y’a rien sur la piste, ou alors c’est
à l’autre bout 3 km plus loin ! »
« T’occupe pas, fait l’exercice du monsieur de la
tour » Finalement nous sommes là pour piloter et obéir
au contrôle… Et c’est parti pour un 360 tout en expliquant
à Rick qui demande ce qu’on fout…
Ensuite nous sommes « clear to land but with « only »
2’000m. runway available » sauf qu’en posant aucun
de nous trois ne verra le moindre véhicule sur la piste.
Au handling, le responsable Marcello nous salue toujours aussi gentiment
et efface vite ce gag en nous laissant le temps de décharger
nos bagages et fermer notre avion. Cinq minutes après nous sommes
hors de l’aéroport et filons en taxi nous chercher un bon
hôtel avec vue imprenable sur le port. 
Pas de doute nous sommes revenus en Europe et ici l’ambiance est
aux vacances, sauf que, et c’est une bonne chose à savoir,
le pont de l’Ascension n’existe pas en Italie, donc les
touristes sont peu nombreux.
Ce matin nous quittions le désert à Tozeur et, ce soir,
nous sommes au Nord de la Sardaigne sur un vol finalement facile de
5h30 alors qu’il aurait été encore possible de continuer
sur la France… Même avec un petit avion les continents se
rapprochent et une fois encore il y a de quoi rester perplexe face à
tous ces appareils qui tournent en rond dans nos régions sans
jamais s’éloigner ou presque… Mais ce soir nos vacances
désertiques sont terminées, déjà.
Pendant que l’aviation générale
se réduit, sur les aéroports nous avons un sentiment qui
dérange, car on sent une infrastructure devenue inadaptée
à notre existence. Nous avons un peu l’impression d’être
les derniers des Mohicans… Ceux qui viennent dans leur petit mono-moteur
alors que les liners déferlent leurs flots de touristes. Une
question reste : comment redonner à notre aviation de loisir
le thème de la découverte en réussissant à
nous approvisionner en essence sur nos parcours ? Il semble qu’en
Afrique la situation devienne de plus en plus difficile voire très
compliquée…
Ici, à Alghero, la vieille ville vaut le vol
et les destinations intéressantes sont nombreuses. Bien des découvertes
régionales sont possibles en louant vélo, moto, scooter
ou voiture. Tout y est facile (y compris les exercices en approche)
et le prix du stationnement de l’avion n’est pas excessif
pour quelques jours (env. 60 euros/semaine). Enfin la machine est stationnée
en sécurité et hors du flux des réacteurs des gros
porteurs.
Ce soir l’objectif spaghetti est atteint dans une cave transformée
en restaurant découvert dans les dédalles des rues pavées.
Jeudi 20 mai :
Après une bonne nuit réparatrice et un lever de soleil
superbe, nous préparons sur une terrasse tranquille au bord de
l’eau, le vol direct vers le continent en évitant Cannes
à cause du festival. Redoutant le retour aux foules, nous cherchons
un terrain sans taxe pour une halte essence et repas. Avec l’Europe
sans douane le choix est vaste. Ce sera Alghero-Carpentras.
En 10 minutes, le taxi nous dépose à l’aéroport
et nous prenons le couloir des équipages pour atteindre le bureau
des opérations et nous acquitter des taxes.
En traversant une salle d’embarquement bondée, nous nous
dirigeons vers notre Cessna qui nous attend fièrement juste devant…
Oui, Oui les Mohicans c’est nous, oui je suis armé d’un
couteau suisse mais vue la compagnie qui nous transporte nous avons
le droit… Bref passée la barrière du zoo, nous chargeons
rapidement nos bagages et préparons notre départ pour
retourner dans notre réserve d’Indiens. Passage à
la météo et plan de vol pendant que Darcisse et Romuald
font le plein.
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Le départ est effectué précisément
selon le plan de vol à 1’000ft en longeant la côte
Est jusqu’à la pointe Nord de la Sardaigne.
Ce matin, tout roule comme sur des roulettes. C’est une question
d’habitude et par trois fois nous confirmons positions et intentions
qui sont conformes à l’autorisation de départ, le
tout sous code transpondeur évidemment, alors que nous suivons
la côte. Le contrôle visiblement inquiet coupe les sujets
de nos discussions photos, mais la vue est tellement belle qu’il
n’arrive pas à nous gâcher notre plaisir. Mais la
dernière cerise sur le gâteau arrive au moment où
j’annonce notre intention de monter en prenant notre cap vers
le point POULP en limite Nord de la FIR. Un autre appareil annonce une
Emergency suite à la panne d’un moteur et le contrôleur
bloque tout son espace aérien. L’attente se traduit par
20 mn de survol de la pointe de l’île, heureusement sur
un relief sauvage plongeant et affleurant les flots turquoises. Le captain
d’un liner essaiera bien de demander à poursuivre sa descente
après 10mn de holding, mais, « nenni » et nous serons
libérés les premiers une fois l’Emergency en finale.
C’est parti, nous quittons l’Italie pour un vol superbe
sur la grande bleue calme comme un lac.
Le contrôle d’ajaccio est sympa avec les petits suisses
pour un passage au large de la Corse en altitude et en ménageant
notre chemin le plus court vers le continent. Puis les alpes s’annoncent
bourgeonnantes au moins jusqu’au 160 surmontées d’enclumes.
Sur notre gauche à l’Ouest nous cherchons vainement la
dépression annoncée.
En quittant la mer pour le survol de la France l’ambiance est
mélancolique car c’est un peu la fin de notre modeste et
trop court périple. Trop vite, trop facile malgré nos
petits soucis, mais quand même et heureusement le souvenir d’avoir
vécu autre chose pour marquer notre mémoire de ces paysages
immenses…
Après 3h20’ de ce vol tranquille nous
descendons sur Carpentras sous un ciel commençant à se
charger en altitude par le Sud-Ouest. Belles turbulences en finale,
puis fort vent de travers à l’atterrissage, et nous voilà
de retour sur cette piste connue pour les merveilles qui sont à
proximité… Discussion avec un sympathique genevois résidant
la région et débats sur notre prochain retour dans le
coin pour revoir la vallée du Lubéron, Vaison la Romaine,
L’Abbaye de Sénanque, les villages de Gordes, de Roussillon,
de Bonnieux, ou encore les Carrières d’Ocre et tous ces
décors de la Provence profonde pleine d’histoire, de parfums,
et de couleurs.
Suite au rendez-vous pris par téléphone
depuis l’Italie le plein d’avgas est vite fait, et nous
partons manger un sandwich en ville aimablement véhiculés
par un élève pilote.
Au décollage je retourne en classe affaire pour le dernier segment
que Rick assure.
La météo se dégrade et la grisaille s’installe
pour 5'500 ft max avec un vent légèrement favorable nous
permettant 120 kt de croisière sans forcer. Rick a décidé
de poser à Genève vue l’heure tardive pour être
certain de ne pas se faire coincer quelques parts en Suisse.
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C’est fou ce qu’ils ont l’air occupés
devant ! Ils jacassent tous le temps, à moins que ce soit des
mimes, mais ils ont l’air sympa ce petit couple « mi-sandales
mi-baskets »… Bon assez déconné, le nez dans
mes notes, je tape « en live » la fin du récit de
notre promenade confortablement avachi sur la banquette arrière
en regardant passer ce relief connu.
A Genève l’aéroport nous semble petit et bien calme
par rapport à Tunis. Ca sent la maison, et en écrivant
ceci je ne crois pas si bien dire…
25 minutes avant la limite jour-nuit nous posons à Gruyère
dans un air frais et calme…
En descendant c’est le choc : L’absence d’odeur du
désert a disparu, remplacée par les effluves du purin
des paysans !!! Un truc à faire vomir un berbère c’est
sûr !
Au bilan six jours de voyage avec seulement 20 heures
de vol, un budget relativement modeste et encore une belle promenade,
même si tout n’a pas été comme prévu…
Bon les gars, sérieusement maintenant, on repart
quand ? Romuald a décidé d’éplucher les avitaillements
africains et l’idée SENEGAL revient. Darcisse et moi l’avions
déjà envisagée alors que nous roulions le long
du Sahara Occidental puis en Mauritanie à Noël 2002…
Bref on n’a pas fini, d’ailleurs le rodage du moteur de
l’avion est tout juste terminé!
J’appelle Patrick Devaud pour la vidange, on ne vit qu’une
fois…
Bons vols à tous l’Afrique du Nord est
à deux pas, n’hésitez pas.
Darcisse
alias Rick Hunter
Romuald alias Docteur Ecologie
Et Didier ………………, votre narrateur. |
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