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Un petit voyage solitaire d’une semaine
en France avec le CUQ
Depuis quelque temps j’avais envie de faire une
petite promenade solitaire en France. L’arrivée du CUQ
dans notre flotte cette année a fini par m’y décider.
Lundi 8 Septembre. Il fait un temps
infect et depuis plusieurs jours les fronts n’arrêtent pas
de défiler depuis l’ouest. La question ne se pose même
pas, je téléphone à Genève pour annuler mon
plan de vol et je pars travailler. Heureusement le CUQ n’est pas
réservé les jours suivants et je décale ma réservation.
Mercredi 10 Septembre. Cette fois ci
la météo est suffisamment indécise pour que je monte
quand même à Gruyère. Il fait beau ici mais le temps
sur Lyon n’est pas terrible et on annonce une détérioration
pour le lendemain. En conséquence, même punition, même
motif, je décale à nouveau tout de deux jours. Au boulot
ils commencent à rigoler.
Vendredi 12 Septembre. Le temps s’améliore
et les prévisions sont au beau fixe pour les jours suivants. Je
démarre enfin. Première étape, Lausanne pour la douane
et l’essence détaxée. A mon arrivée il y a
deux malheureux valaisans qui ont dû un peu cochonner la volte et
sont entrain de se faire passer une bordée par le chef de place,
la routine quoi. Enfin départ pour Villefranche-Tarare dans le
Beaujolais histoire de dire bonjour à de la famille en passant.
La météo sur le Jura français se révèle
franchement plus mauvaise qu’annoncée, plafond pas beaucoup
plus haut que le relief, temps humide et brumeux. Un temps idéal
pour avoir du givrage carburateur que je vérifie régulièrement.
Au travers de Oyonnax il commence à pleuvoir et je pense un moment
à m’arrêter là histoire d’attendre que
le temps s’améliore. Je décide toutefois de poursuivre
jusqu’à Bourg en Bresse dont j’aperçois la plaine
et qui a l’air plus dégagée. Effectivement le temps
s’améliore et j’arrive à Villefranche sans encombre.
Comme attendu les douaniers ne se sont pas déplacés.
| Samedi
13 Septembre. Le temps ne s’est pas encore vraiment
amélioré et si les METAR donnent beau au Puy, à
Bron ils sont SVFR et la traversée de la CTR de St Etienne
tout juste à la limite avec une visibilité de 6 km.
Villefranche abrite le plus gros club hélicoptère
de France et je peux apprécier leurs procédures un
peu olé-olé. Alors que je m’étais annoncé
au décollage et juste encore en effet de sol, après
la rotation, je vois un hélico surgir du pad, faire un vol
stationnaire à 200 pieds au travers du seuil de piste opposé
et seulement ensuite s’annoncer au décollage à
la radio.
Comme prévu la traversée de la plaine de la Loire
vers St Etienne n’est pas terrible mais une fois passé
la première chaîne de montagne un vent vigoureux commence
à balayer tout ça. Le Puy, ce samedi, est sinistrement
vide, personne à la tour (donc pas de taxe), personne à
l’aéroclub et je dois faire deux fois le tour du restaurant
pour me rendre compte qu’il est ouvert. |

Lac au Sud du Puy à côté de Cayres |
Lac d’Issalles |
Le temps continue à s’améliorer
et je continue sur Langogne en allant explorer des lacs de volcans
tout ronds que j’avais repérés sur la carte.
A l’arrivée à Langogne il y a un fort vent
de travers et, le manche complètement dans le vent, j’apprécie
que la piste fasse 80 m de large (ce n’est pas par hasard)
pour la prendre un peu en travers. Je parque l’avion à
côté d’un DR400 entouré de gendarmes
et qui a une drôle d’allure. Le matin alors que les
rafales étaient bien plus fortes le pilote s’est
fait piéger par le cisaillement en passant sous la hauteur
des arbres et il a selon ses dires «taper un peu fort».
C’est le moins que l’on puisse dire, les deux trains
principaux ont traversé les ailes ! Ce qui restera mystérieux
pour moi c’est qu’un tel choc n’a pas déclenché
l’ELT.
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La version train rentrant d’un DR400 après un atterrissage
un peu dur |
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Le responsable de la place (Urbain Delmas) est
très sympathique. Il vit là à demeure et il
y a aussi quelques couchettes dans des dortoirs, il m’offre
le gîte et comme il y a de la place dans un hangar me propose
spontanément d’y ranger le CUQ pour la nuit. En fin
d’après-midi il me descend à Langogne (quelques
kilomètres de piste en terre) histoire de me montrer Langogne
et d’y faire les courses pour le souper. Je garde un très
bon souvenir de cette étape à Langogne. |
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| La piste
de Langogne. En voyant le relief on imagine qu’il ne fait pas
bon s’y poser par fort vent de travers de l’Est. |
Le lac
de Pareloup et le terrain du Caussanel |
Dimanche 14 Septembre. Après
la dissipation du brouillard le matin, le temps est magnifique,
pas un nuage et pas de vent, je m’envole en fin de matinée.
Comme je n’avais pas pu faire de ravitaillement au Puy et
après avoir appris que le préposé à
l’essence n’était exceptionnel-lement pas là
à Mende, ce dimanche, Urbain me dépanne de 20 litres
d’essence de son stock personnel et je saute l’arrêt
à Mende pour aller directement à Cassagnes-Béghonès
via les gorges du Tarn et de la Jonte et le lac de Pareloup. 
Cassagnes est à quelques kilomètres de l'aéro-drome
(une petite demi-heure de marche), je monte la tente à côté
de l’avion et quelqu’un de l’aérodrome
me dépose au village. En fin d’après-midi je
profite que l’avion est main-tenant bien allégé
pour aller faire un tour sur la piste du Caussanel sur les rives
du lac de Pareloup. Peu après mon arrivée j’y
suis rejoint par un Super-Cub de Toulouse. La plage n’est
pas loin: c’est le seuil de piste. Il suffit de passer son
maillot de bain et de descendre la piste. Au retour à Cassagnes
il y a un tout beau R44 privé qui vient avitailler. Heureuse-
ment que je n’avais pas mis la tente par là ! |
Lundi 15 Septembre. Après un petit-déjeuner
à Cassagnes, je pars vers Fumel, petite piste en porte-avion
sur la vallée du Lot. Là, c’est vraiment un
trou, pas un chat, une riveraine m’indique la direction
d’un bistrot vers Montayral. Après une heure de marche
je fini par le trouver, avec une affiche «fermé le
lundi après-midi». Je remonte et je fais la sieste
à l’ombre de l’aile du CUQ. En fin d’après-midi,
quand les lumières se réchauffent je remonte la
vallée du Lot par Cahors, jusqu’à Figeac puis
de là je rejoins Sarlat, que beaucoup de gens de chez nous
connaissent (le CUQ aussi d’ailleurs, je découvre
dans le registre de l’aérodrome qu’il est passé
là le premier Juin). Je décide de profiter de la
vieille ville de Domme (et aussi de la gastronomie locale) et
je descends dormir dans un petit hôtel dans la vieille ville,
le «nouvel hôtel», assez simple, le patron,
pilote, se fait un plaisir de vous emmener à l’aérodrome.
Mardi 16 Septembre. Pas de vol
aujourd’hui, repos et je flâne dans la vieille ville
de Domme, je fais quelques achats de confît et de foie gras.
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| Le village
médévial de Domme |
Camping sur le terrain
d’Egletons |
Mercredi 17 Septembre. Le temps est toujours
désespérément sans un nuage. L’après-midi
je remonte la vallée de la Dordogne et tous ses châteaux
et je vais installer la tente à côté de l’avion
à Egletons, jolie petite piste dans un coin tout vert.
Comme partout je suis très gentiment accueilli par les
pilotes locaux.
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Le puy de Sancy, la station de ski de Besse et deux lacs volcaniques
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Jeudi
18 Septembre. Comme il n’y a pas de 100LL à
Egletons, je pars avitailler à Ussel. Piste au bout du monde
à 15 km du village. Pique-nique avec un pilote local qui
ayant entendu un avion «étranger» arriver a mis
de côté un morceau de saucisson et une part de tarte
de son casse-croûte. Je continue en allant explorer les lacs
autour du Puy de Sancy et les plaines inhabitées du Cantal.
Je pose à St Flour-Coltines où il y a déjà
deux anglais qui campent. Pareillement le terrain est au milieu
de nulle part, St Flour est à plus de 10 km, prévoir
la ration de survie ! C’est exactement le genre d’endroits
solitaires que je cherchais. |
Vendredi 19 Septembre. Je ne peux pas aller
visiter les gorges de la Truyère comme prévu, car
elles sont situées dans la zone de vol à basse altitude
R592 qui est active ce matin.
Je fais le plein et je m’envole pour le retour via Chambéry.
Le vent est bien plus fort qu’ annoncé et au lieu
de quinze nœuds du Sud, c’est un bon trente nœud
que je rencontre. Pour suivre le radial 85 du VOR de St Flour
je dois maintenir un cap au 110, et, d’après le GPS
je me traîne à un petit 75 nœuds ! J’arrive
à Chambéry par SW et comme je ne connais pas le
passage par le col du crucifix, je me garde un peu de marge à
4800 pieds, d’autant que l’approche m’a dit
de procéder par SW-SE et le circuit, j’ai donc largement
le temps de descendre. En m’annonçant à SW,
la tour m’autorise directement une longue finale, soit une
finale de 5 nm depuis presque 5000 pieds, une approche d’Airbus
quoi. La douane, plan de vol pour Lausanne et départ, via
Annecy, le transit Sud et à nouveau une longue finale sur
Lausanne depuis la Dranse de Thonon. Arrivée à Gruyère
vers 17h00.
Voilà, je suis heureux, je viens de finir
un joli petit tour de près de 1'200 nm (14 heures de vol).
Le CUQ est un superbe avion pour voyager tout seul en faisant
du camping. Juste dom-mage que l’on n’arrive pas à
mettre le VTT dedans, il y aurait bien la
méthode canadienne mais André risque de ne pas
trop aimer... En général l’accueil dans ces
petits terrains en France était très chaleureux,
par certains côtés, ça m’a rappelé
l’aviation aux Etats-Unis. Les cartes d’approches
se réduisent à une vague indication si la volte
est à gauche ou à droite, je n’ai jamais eu
de problèmes pour planter la tente ni à demander
un transport dans le village à côté, on me
l’a toujours proposé et plutôt deux fois qu’une
et sur 15 terrains visités j’ai payé trois
fois une taxe d’atterrissage. Je recommencerai.
Romuald Houdré
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- Un grand Merci à Didier
Dubreuil pour ses précieux conseils
- La section aeroweb de meteofrance
m'a été très utile. Pour y accéder il
faut un code d'accès (gratuit pour les pilotes) que l'on
obtient en envoyant une copie de sa licence à l'adresse indiquée
sur leur site.
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