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Infos pratiques

LE MAROC - 9 JOURS DE VOL SUR UN PAYS MAGNIFIQUE
(Mars 2002)

Nous dédions ce mémo à tous ceux qui n'ont pas encore pu voler jusqu'au Maroc ou visiter ce pays merveilleux, pour la joie qu'ils auront dans cette sortie aussi dépaysante que sympathique.

Nos expériences de vol VFR ont souvent montré que le mois de mars est une période favorable pour faire une petite balade. Au sein du club, l'idée est née mais la destination semble lointaine pour une seule semaine de liberté. D'autre part, depuis le 11 septembre 2001, les destinations vers les pays musulmans sont désertées. La notion d'aventure fait deux partants que nous sommes aux commandes de notre petit Cessna bien motorisé par ses 130 CV et capable de voler 04h00 sans soucis de carburant. Les préparatifs sont faits sur les conseils avertis d'un prédécesseur sur ce trajet et vu nos charges professionnelles, nous bouclons tout en deux séances de 03h00 une fois les documents nécessaires en notre possession. Le plus long fut d'obtenir l'indispensable AIP marocain reçu 4 jours avant le départ. Durant notre 2ème réunion, nous établissons nos "routing" à travers l'Espagne l'avant veille du départ pour finalement se revoir la veille et faxer à l'ATC de Genève les plans de vols en bonne et due forme. Comme pour se rassurer, pour que tout soit "propre en ordre" nous téléphonons pour confirmation… Le trajet est clair jusqu'à Tanger, la suite est à voir sur place mais nous sommes équipés de 2 GPS dont PierreHenri a pris soin de télécharger tous les points de report de l'Afrique du Nord.

Demain samedi, nous décollerons à 09h00 LT… pour un vol que nous espérons mémorable.

23.03.2002 : GRUYERE - GENEVE - BEZIER

Bon voyage et à dans 10 jours...Départ sur fœhn du Nord. Gruyère est presque "dedans" mais nous partons joyeux pour le ciel azur de l'Afrique. Au travers de Morges à 4'500 ft, un Mooney ou Beech au départ de Lausanne pour Valencia cherche à nous couper en deux et ça passe juste derrière de manière impressionnante. Nous l'avions entendu et le cherchions… Comme quoi il faut toujours rester vigilant… Refuel habituel détaxé à Genève et nous décollons pour Bézier. La météo s'annonce Mistral avec de sévères turbulences sur le midi. A TDP, nous passons sur l'inversion au FL75 et ça cavale déjà à 140 kts soit effectivement 30 kts de favorable. PierreHenri est un peu inquiet pour l'arrivée qui méritera qu'on s'investisse pour le "bel atterrissage". Diverting inutile, le vent est très fort partout et nous pointons maximum speed GPS 166 kts ! Tous les records de notre petite machine sont battus ! La France est effacée en 02h00. Tu crois que ça va aller pour poser ? Comme d'habitude, il faut aller voir et être prêt à renoncer à 1 ou 2 m. sol… Pendant la descente plusieurs pilotes annoncent un incendie de garrigue et nous croisons le vol régulier d'Air-France en descente sur Montpellier. Il ne nous voit pas mais nous le voyons et "l'autorisons" à poursuivre sa descente VFR sur la mer. Le Commandant nous remercie… Notre destination approche, nous quittons la fréquence de Montpellier pour Bézier tour. Piste 28, vent au 340°,
25 kts rafales à 33… Le Cessna au parking et nous au restaurant. Ce n'est pas une petite bise qui va arrêter des africains de Gruyère !

BEZIER - TARRAGONA REUS

Full fuel, take off on time 13h30 UTC tels des pros nous voilà en montée pour 4'500 ft max. longeant la mer blanchie d'écume. Nous savons que les contreforts des Pyrénées vont nous tabasser mais il ne sert à rien de monter car après Girona "el passillo" sur Barcelone est limité d'abord à 4'500 ft pour finir "a l'otro lado" à 2'000 ft. Les décors changent pour du jamais vu de notre vie de "pilotaillons" et même si l'aventure est modeste, nous sommes heureux de rentrer en Espagne.
La Méditerranée est belle et les reliefs se succèdent. Après une heure, le vent du Nord faiblit et l'arrivée sur la traversée de Barcelone s'annonce brumeuse. C'est parti pour les points de report "del passillo" avec des contrôleurs cordiaux et affairés car le trafic est dense. Les "opposite trafic" sont clairement annoncés et nous changeons de fréquence en obéissant simplement aux ordres bien aidés par notre GPS programmé au préalable. Le transit sur Sabadell est impeccable et l'arrivée sur Tarragone est encore guidée par une contrôleuse précise et serviable capable de mitrailler en espagnol et de s'exprimer calmement en anglais…

Le littoral espagnolLe fog barcelonais traversé, nous retrouvons le ciel un peu plus clair pour une verticale des installations portuaires de Tarragone et une finale sur Reus. Nous posons sur le dernier quart des 2'400 m. en enfilant la piste à 2 m. sol. Le plein est vite fait par le camion local, les cales sont misent et nous quittons le tarmac pour la paperasse des préparatifs du passage de demain vers Tanger, prévu en fin de journée. Le timing est serré et nous apprenons que nous prendrons déjà 30 min. de retard au décollage pour cause de restriction d'ouverture de l'aérodrome. Après avoir contrôlé et corrigé à plusieurs reprises la mauvaise transmission de nos FPL, nous contactons Alicante et Alméria pour être certains que le préavis de 24h00 pour rentrer au Maroc est envoyé.

Promenade en ville à Reus en fin de journée. Ca grouille de monde, il fait 25° à 19h00, les enfants sont dans les rues avec leurs parents et l'ambiance est sympathique. Les Espagnols semblent détendus, à moins que ce soit notre regard qui soit différent… Il fait bon "d'avoir mis les baskets" et nous flânons en écoutant des américains du Sud jouer de leurs flûtes de Pan. Ce sont les latinos qui viennent chez les conquistadores et nous nous délectons en nous disant que ce matin nous étions à Gruyère en nous échappant d'un ciel bas et gris… Quelle joie cette aviation!!!

24.03.2002 : TARRAGONA - ALICANTE - ALMERIA - TANGER

PierreHenri débute la journée avec, au programme, la traversée de Valencia par un nouveau "passillo" qui transite sur la mer à 1'000 ft.
La météo prévoit SCT de 1'500 à 3'500 ft le long de la côte malgré un beau soleil au décollage de Reus. La couche s'annonce vite comme une brume de mer que nous raclons d'abord dessous avant de la survoler à 4'500 ft dès le 1er trou. Le vent est nul et nous hésitons à redescendre trop tôt pour le transit de Valencia. Bien nous en prend car la brume se lézarde et nous redescendons sans soucis "para seguir el corridor". Les contrôleurs espagnols ont 10 sur 10 et l'aviation espagnole est professionnelle.
Les Met. Reports sont disponibles rapidement et il n'y a pas de ségrégation VFR/IFR.
C'est peut-être la rançon des FPL obligatoires mais l'assistance est bien présente et l'on s'habitue d'entrée à afficher son code transpondeur en s'alignant. L'étonnant reste le trafic dense même en cette période. Pour le transit de Valence, nous perdons de vue la Côte comme prévu mais la brume s'épaissit et la mer n'est plus visible devant, mais dessous à 1'000 ft. Le leg est géré précisément et nous filons au VOR bien aidé par le GPS… Un grand moment pour PierreHenri qui surveille son horizon calmement, 20 min. durant, croisant les tankers glissant sur l'eau grise… et le ciel s'ouvre pour la suite du vol vers Alicante avec un atterrissage derrière un 737 qui nous fait attendre en admirant la ville de notre vue imprenable. Il faut dire que l'aile haute du Cessna nous fait l'ombre nécessaire pour résister au soleil et rester au frais dans le cockpit mais en plus nous permet d'admirer les paysages de cette Côte espagnole qui mérite le déplacement et se construit de partout. L'espace est encore largement disponible et l'aridité du sol contraste avec ces villes champignons aux immeubles de grandes hauteurs sortis de nulle part. Il y a quelque chose d'irréel dans ces projets d'urbanisme qui continuent leurs progressions pour répondre à la demande de soleil des touristes et autres retraités du Nord de l'Europe… Au loin, le relief est partout et pour voler en radada en Espagne seule la mer est permise, sinon c'est le carton garanti...

Après un court vol de 01h30 d'Alicante à Almeria au calme des thermiques à 4'500 ft nous posons, refuelons et entamons la dernière étape pour gagner l'Afrique. Le transit sur Malaga est le dernier pour gagner Gilbratar. Les fréquences radio se succèdent. Au départ d'Almeria, nous avons constaté que notre FPL déposé à Genève avait perdu sa route et le nombre de personnes à bord. Décidément, les infos suivent à la petite cuillère… L'heure de départ est retardée de 03h00 par modification inconnue et injustifiée… Du coup, pendant le vol, le contrôleur nous soulage du transit de Malaga en nous envoyant sur un cap 240° direct vers le milieu de la Méditerranée pour un point de report PIMOS que nous repêchons sur notre carte IFR… Et nous abandonnons la Côte espagnole pour 01h30 sur la mer vers Tanger.

Partis à 2'500 ft, pour notre dernier corridor, finalement évité, nous demandons 6'500 redoutant les nuages bas annoncés sur le Sud Méditerranée et le littoral marocain.
Le moteur ronronne et les nuages approchent sur notre gauche, de plus en plus denses… Pression et température dans le vert, essence en suffisance pour un retour éventuel sur l'Espagne nous rassurent… Le metar sur Tanger est confirmé et nous poursuivons pour quitter l'Europe, rester sur la couche que nous doublons et finir cavok par une belle finale sur GMTT après avoir longé la Côte Nord. L'accueil est chaleureux, nous refuelons en testant l'essence au préalable avec les pompistes et remplissons les formalités habituelles.
Au Maroc LT = UTC du coup nous gagnons une heure. Hôtel centre ville et restaurant typique. Pas de doute, nous avons changé de continent. Nous nous régalons d'un méchoui bien arrosé en préparant les vols de demain. Les hommes sont dans les rues, les femmes aussi dorénavant même dans ce pays musulman… Pas ensemble, c'est la différence par rapport à nous.

25.03.2002 : 1ère JOURNEE DE VOL AU MAROC

TANGER - FES - MARRAKECH

Avec 30 millions d'habitants et 706'000 km2 (1.5 fois la France), nous partons au petit matin, plein de curiosité, pour visiter ce pays accueillant…
Service très sympathique à l'aéroport pour plan de vol et météo. Nous projetons d'aller à Rabat puis Casablanca et enfin Safi. La météo est bouchée à Rabat mais commence à s'ouvrir avec 4 km. de visi et SCT010. Décollage avec encore un bon 20 kts mais presque dans l'axe. Premières découvertes des paysages nord marocains en longeant la Côte Ouest. Tout est encore très vert mais le printemps est presque fini. En approchant de Rabat, nous reprenons "la dernière" qui annonce 2 km. de visi et brume. Le temps d'approcher et nos minima sont dépassés pour un terrain inconnu, alors nous renonçons face à la dégradation… Casablanca n'est pas mieux… C'est parti pour un rerouting complet vers Fes. Contrôle du fuel, diverting du plan de vol et nouvelle route dans le GPS… A deux dans le cockpit tout va facile et l'ETE calculée nous envoie pour une bonne heure encore dès la mise sur le cap. Les points de report nous tirent tranquille pour une météo plus clémente en admirant des paysages inconnus.

Nord MarocainLa suite du vol se passe dans un air d'un calme absolu avec un relief qui commence à se vallonner. Nous passons au travers de la mythique Meknes sous contrôle militaire et déjà Fes est en vue.
Atterrissage avec 12 kts de travers et nous découvrons un superbe aérogare, comme neuf, à l'architecture typique. Que fait-on maintenant ? La décision est vite prise de continuer vers le Sud-Ouest jusqu'à Marrakech en gardant Fes en réserve pour le retour. Notre plan nous donnera raison sur la météo et nous voilà en vol à 15h00 après un repas-terrasse pour un nouveau leg de 2h20. Quelques turbulences au début et le paysage devient de plus en plus coloré en nous approchant de la chaîne de l'Atlas qui pointe ses sommets enneigés à plus de 4'000 m. dans le djebel Toubkal. Le contact radio n'est plus possible. Nous ne recevons personne et devons traverser des zones militaires… un relais par un vol régional nous vient en aide. Nous longeons les montagnes de l'Atlas accrochées par des nuages toujours plus noirs. Quelques CB et TCU sont annoncés sur le dernier Metar de Marrakech. En poursuivant notre route, nous devons largement contourner une zone sombre, très inhospitalière pour notre C150 et c'est une approche mouvementée qui nous attend sur Marrakech. Quelques fortes turbulences (pour finir de digérer le repas de midi) la pluie, une approche radicalement modifiée suite au slalom météo, des liners au départ et la tour qui n'arrête pas de nous demander notre radial et distance du terrain. La piste opposée nous est ouverte et Royal Air Maroc patiente en extrémité attendant Victor Zoulou qui pose enfin… L'atterrissage est encore une fois avec un bon vent de travers mais nous posons juste et dégageons à la 1ère bretelle de taxiway. Le cordial captain du 737 peut enfin aligner son avion et décoller…
Récapitulons : nous sommes partis ce matin de Tanger pour Rabat et terminons notre journée à Marrakech via Fes.

Avion attaché, plein fait, nous filons trouver un hôtel avant de nous lancer dans une sortie nocturne dans la médina où le peuple grouille… Marrakesch avec 1'500'000 habitants, ses taxis, les voitures dans tous les sens et ses odeurs… Il fait 30C° à 20h00 et cette fois le T-shirt suffit. La place centrale Jemaa el Fna à côté de la médina est énorme et les restaurateurs, en tous genres, grillent et bouillent toutes les spécialités locales. Que d'arômes, que de fumées ! La population est calme et les gens cordiaux mais nous nous sentons épiés car à cette époque les touristes sont peu nombreux… Deux copieux couscous au poulet nous coûtent 70 Dirham, soit 7 Euro y.c. boissons et thé à la menthe… Nous avons basculé dans un autre monde et quand les chauffeurs de taxi nous demandent comment nous sommes arrivés, il est exclu de pouvoir dire notre réalité. Par contre, nous sommes touchés par la gentillesse et la disponibilité des marocains…

26.03.2002 : MARRAKECH - OUARZAZATE - ZAGORA

07h00 ciel limpide avec Atlas dégagé. Il ne faut pas longtemps pour nous décider: Le but extrême de notre semaine semble accessible. Si la chance nous sourit, nous pourrons atteindre Zagora après Ouarzazate. Décollage dans l'axe inverse du cap derrière un 737 de RAM et l'EGT part dans des valeurs alarmantes…
Autorisé virage à gauche après le décollage, nous demandons à tourner serré pour une éventuelle contre QFU. La vent arrière d'urgence est rallongée, la tour nous tarabuste de questions sur nos intentions et l'origine de nos problèmes. Nous poursuivons prudemment moteur réduit en très légère montée. Rien ne change pour l'EGT qui reste beaucoup trop élevée mais le moteur semble fonctionner correctement. La tour nous bassine et nous poursuivrons en promettant des infos sur l'évolution du problème. Evoluant en cônes de sécurité successifs pour sauver l'avion nous continuons néanmoins inquiets sur les risques pour le moteur et la suite de notre voyage. D'un coup l'idée vient de taper sur cet EGT qui redescend immédiatement à la normale ! Eclats de rire dans le cockpit et nous informons la tour de Marrakech que le problème est réglé, c'est le mano qui déconne.
Rassurés les contrôleurs nous demandent de les rappeler en sortie de zone à 15 NM. C'est parti plein gaz pour la traversée de l'Atlas vers le niveau 105. Casa Control nous prend en charge et nous suit au transpondeur en nous autorisant l'altitude. L'Atlas est composé de plusieurs chaînes et il s'agit aujourd'hui de passer le Haut Atlas ce qui équivaut aux Alpes, en nettement moins habité. La neige est là et le brave Cessna nous grimpe sans faiblir au-dessus des sommets: comme d'habitude à 600 ft/mn et 80 kts. Le cheminement VFR suit un col que nous aurions pu passer plus bas mais notre prudence est de bonne augure pour les dégueulantes qui nous attendent derrière, malgré cette belle météo sans vent au sol. Pas de doute, l'aérologie de la région est nouvelle pour nous. Après les sommets, le Cessna est cabré plein régime au taux max. de montée (750 ft/mn) et 70 kts au badin mais nous descendons à 1'500 ft/mn vers les hauts plateaux du Sud de l'Atlas. Il est normal de se poser quelques questions en regardant le sol se rapprocher…

Mais les plateaux n'étant pas des passoires, le phénomène se calme et nous poursuivons pour découvrir un désert toujours plus présent, plus fort dans ses couleurs et ses sculptures. Ces hauts plateaux versent vers Ouarzazate qui est à 3'100 ft d'altitude. Les vallées sont profondes comme des failles érodées en canyons successifs. Les turbulences cessent définitivement et nous pouvons entamer une descente volontaire pour une grande finale de 30 Nm en directe dans l'axe de piste de Ouarzazate ! Annoncé N° 1 à 25 Nm avec la dernière météo du terrain, nous avons pour ordre de rappeler en courte.

La descente tient du délire en suivant le glide du GPS depuis le niveau 75. Le spectacle est féerique et nous vivons des moments privilégiés par l'extraordinaire qui nous entoure. La terre passe du jaune au rouge en alternant les oranges à l'infini. Nous zigzaguons pour le plaisir et terminons par un kiss landing toutes ferrailles dehors, fenêtres ouvertes et bras sur les portières. Il fait moins lourd qu'à Marrakech mais le thermomètre affiche 26°C. Quant au point de rosée, il est à -4°C !!!

Formalités usuelles et messages de bienvenue sont les rituels de rigueur et d'hospitalité. Les habitants de Ouarzazate sont aimables et serviables, quelques soient leurs fonctions du bureau de piste à la météo en passant par le chauffeur de taxi ou le passant de la rue. Il est toutefois exclu d'être pressé…

Nous nous arrêtons à la station météo locale "en ville" et prenons connaissance d'une dépression qui se confirme sur l'Atlantique pour toucher prochainement le Sud-Ouest du pays. Nous ne pourrons pas traîner longtemps dans le Sud marocain… Une fois nos affaires déposées dans un hôtel vétuste aux décors ancestraux, nous visitons brièvement les lieux et partageons une tagine de poulet au citron et olives au centre de Ouarzazate. Décidément, la cuisine marocaine nous enchante et notre système digestif semble parfaitement adapté. Nous n'avons certainement jamais autant mangé de légumes de notre vie…
Les hommes nombreux sont attablés comme nous, et les discussions vont bon train sur les terrasses ombragées. La température est douce mais le soleil est déjà trop fort pour y rester exposé. Nos options de nous imprégner des ambiances locales en nous mêlant à la population nous permet des contacts extraordinaires qui enrichissent chaque jours notre voyage. Pour la suite de notre programme, nous décidons de tenter Zagora au Sud et retour cet après-midi même pour filer ensuite à l'aube de demain vers l'Est sur Errachidia devant la dégradation. Le coup est jouable selon les prévisions… En fait, le risque est de se faire enfermer à Ouarzazate durant la nuit si la dépression s'accélère mais notre optimisme n'y croit pas, le responsable de la météo non plus, alors les deux pilotes sont vite d'accord.

Barrage de Ouarzazate16h00 à Ouarzazate, le Cessna s'aligne et décolle pour un vol de 2h15 mn. vers le point le plus au Sud de nos intentions. Le contrôleur nous donne la piste favorable à notre cap et nous filons pour le niveau 75 en sautant 3 chaînes successives des montagnes de l'Anti-Atlas, dernière barrière avant le désert de sable. L'anti-Atlas culmine à 3'300 m. dans le massif d'origine volcanique du djebel Siroua. Dès l'envol, nous découvrons le barrage de Ouarzazate à l'eau bleue ciel et les rives de sable blanc. Le contraste avec les terres rouges est superbe. Le vol se poursuit dans des conditions turbulentes et il faut piloter la machine sans cesse aux commandes et aux gaz… Ca pompe méchant, même tout réduit, pour dégueuler pareil moteur plein régime… Encore heureux qu'il fasse beau pensons-nous en imaginant les conditions impossibles en plein été ou dans les dégradations météo. Le paysage change encore, ce sont les décors de la guerre des étoiles à l'infini, la visibilité est de 300 km au moins, nous sommes ébahis de tant de beauté et ce vol reste le clou du voyage, tellement beau que nous croyons rêver. Le désert a quelque chose de fantastique par son calme et son immensité perceptible. Nous ressentons petitesse, force de la nature et rapprochement de l'immensité cosmique… et l'architecte pense : "qui veut acheter un morceau de terrain pour rassurer sa crise existentielle ?" Ici les valeurs fondamentales reprennent leurs places; rien à posséder, rien à léguer, juste voir et vivre ou survivre, selon la philosophie indienne.

Partout les formes du paysage nous interpellent que ce soit dans les vallées ou dans les montagnes. La radio est devenue muette depuis 45 mn. et il ne ferait pas bon "se vacher" dans cette rocaille… Si tel devait être le cas, notre sauvetage ne dépendrait que de notre ELT ou de notre radio de secours soigneusement chargée. Encore une crête à passer et Zagora devrait nous apparaître puisque Garmin le dit… Nous suivons le cours d'eau révélé par des cultures et devinons notre destination. L'échelle du GPS nous confirme les distances difficilement appréciables par manque de repères. La piste d'atterrissage reste invisible malgré la confirmation des coordonnées… Au second passage tout à coup, nous la découvrons ! Technique brousse avec d'abord un passage de découverte en altitude de sécurité puis un radada de reconnaissance de surface en choisissant notre sens d'approche. Vent de travers encore bien marqué par une manche enroulée autour de son mât et nous posons à la montée.
PierreHenri s'envoie son 1er atterro de brousse dans un style parfait soulevant la poussière du désert.
Arrêtés en haut de la piste, nous renonçons à redescendre vers la "cabane" de piste sachant que nous ne resterons pas pour la nuit.

Nous sommes sans bagage sauf survie et il ne nous reste que 02h00 d'essence dans les réservoirs. L'aérodrome n'étant pas gardé, il serait peut-être risqué d'y laisser l'avion seul. Dans le désert, les gens apparaissent et disparaissent comme par enchantement… Les voleurs ne sont pas à craindre à priori mais nous redoutons le jeu des éventuels enfants qui ne savent rien de la fragilité d'un avion.

En posant les pieds au sol, c'est le délire de joie par le spectacle qui nous entoure et la douceur de la température. C'est fou et nous sommes hilares à crier comme des gamins dans l'infini désert. Nous respirons à pleins poumons, touchons la terre et les cailloux colorés. Le calme est total et nous tournoyons sur nous-mêmes comme le vent par endroits qui lève la poussière en colonnes cycloniques. La barrière montagneuse plus au Sud forme une ligne horizontale presque parfaite, immense et impressionnante, les massifs isolés ressemblent à certaines montagnes du Colorado. Plus au Sud, c'est le Sahara et son sable fin. Nous sommes posés dans un énorme canyon, au fond de ce qui fut une mer ou le lit d'un fleuve immense. Par endroit, la terre a toutes les couleurs chatoyantes possibles et ses veines suivent leurs chemins en couches stratifiées…

Puis, contemplatifs et émerveillés, nous apprécions notre chance d'être là, face à ces paysages. Comment remercier assez la nature d'être né du bon côté de la planète en nous donnant l'intérêt d'apprécier cet avantage ?

Puis notre spectacle est perturbé par un nuage de poussière qui s'approche révélant l'arrivée d'une voiture vers le terrain. Notre passage sur le village correspondait au signe coutumier des aviateurs en arrivée. Une Land Rover nous rejoint. Ses occupants nous souhaitent la bienvenue et nous questionnent envieux du rêve d'Icare. Ils aimeraient nous faire visiter Zagora pour nous servir de guide… Mais pour nous le temps est compté, même si l'envie ne manque pas.

Derniers regards terrestres et Victor-Zoulou s'arrache à la descente, le nez léger dès les premiers mètres pour ménager son hélice et son train avant. Passage bas pour le fun et le retour vers Ouarzazate débute plus à l'est qu'à l'aller par la grande vallée du "fond de la mer".

Notre bonheur est à l'échelle de ces lieux et nous rentrons vraiment joyeux de ce vol fantastique. Les chaînes de l'Anti-Atlas se succèdent à nouveau dans la turbulence et nous reprenons contact avec Ouarzazate à 30 Nm en franchissant les dernières barrières rocheuses. Cette fois, le cap est au 300° et le soleil qui descend nous aveugle. Pas de trafic connu dans la région et nous sommes N° 1 en finale depuis 7'000 ft. Ca devient une habitude… et bien sûr la piste est en vue malgré le contre-jour car c'est la seule bande béton sur le désert.

Le soir nous fêtons cette journée extraordinaire par un succulent repas au Relais de St-Exupéry à Ouarzazate. Son nom nous y oblige et nous découvrons des photos insolites de St-Ex. L'établissement est tenu par un français ancien militaire et barroudeur qui nous fait découvrir un bon cru marocain dans un service impeccable.

Voilà 4 jours que nous sommes partis et, chaque soir, PierreHenri s'escrime à essayer de lire son bouquin… Il s'endort à la page 4…

27.03.2002 : OUARZAZATE - FES

Ne cherchons pas les clefs du Cessna, elles sont sur la porte, là où Didier les a oubliées hier en fermant l'avion…

La météo ne s'annonce pas bonne, le front froid arrive par le Sud dans la matinée mais nous sommes devant comme prévu. Nous décidons de partir tôt pour garder notre avance. Le réveil a sonné à 05h30 (oui, oui nous sommes toujours en vacances) et nous sommes au terrain à 06h30 au lever du jour. Le ciel est voilé.

Juste derrière le vol du matin de Royal Air Maroc nous décollons, à regret, de Ourzazate en direction de Errachidia cap au Nord-Est en suivant cette grande vallée qui sépare le Haut-Atlas au Nord de l'Anti-Atlas au Sud. La dégradation est derrière mais aussi sur notre droite. Ensuite, toujours en devançant le front, nous poursuivrons sur Fes plein Nord pour la traversée du Haut Atlas.

Après le départ, notre EGT favori nous joue encore une fois la trignolette et comme Didier a, cette fois, bien compris la procédure, il frappe dessus pour lui faire entendre raison. Cette fois le résultat est un peu différent de la veille, la vitre se décolle et l'EGT est définitivement HS. Bon, ça n'empêchera pas Victor Zoulou de voler avec, peut-être, une consommation plus élevée pour éviter de trop appauvrir notre carburation.

Ce matin, les couleurs du désert sont moins marquées qu'hier par les ombres grisâtres des masses nuageuses menaçantes sur notre droite. Mais le vol reste fabuleux et nous découvrons de nombreuses oasis desservies par les pistes du désert. Par endroit, la terre devient noire et nous suivons des yeux les véhicules bringuebalants sur les pistes… Le rêve continue dans le ronronnement du Rolls-Royce à 105 kts sans secousse… Pour l'ancien rallyman (le casseur d'EGT) c'est un repère non négligeable.

Le temps est brumeux et le front commence à pointer ses menaces, la vallée monte régulièrement en rétrécissant l'espace de ciel clair sous la couche grisâtre. En nous retournant, Ouarzazate a disparu dans les gris-bruns bizarres des brumes. Le relief monte à 4'500 ft en fond de vallée.
A notre altitude, les détails des rares constructions sont bien visibles. Tout à coup, nous passons à la verticale d'une ancienne piste qui ferait un bon échappatoire… Le col passé, le relief redescend enfin sur Errachidia. La perturbation ponctuelle de ce passage est larguée et les conditions s'améliorent pour notre quiétude. Toutefois, nous savons notre avance de faible durée et nous décidons au-dessus de Errachidia de ne pas poser mais continuer directement sur Fes. Le stop était prévu de courte durée face à la météo mais c'était aussi l'alternate seul et unique… Le Haut Atlas nous semble suffisamment clair. Front froid + Atlas étant totalement incompatibles, c'est le moment de passer sans se louper car nous avons déjà volé 01h30 et, si nous devions faire demi-tour dans l'Atlas, seul Errachidia serait accessible pendant une heure environ au petit détail près qu'il n'y aurait pas d'avgaz pour en repartir…

Le vol est brumeux mais calme et nous arrivons sur Fes depuis le niveau 105 en ayant pris soin de modifier notre plan de vol pendant le trajet avec la tour de Errachidia. En descente, nous sommes contactés par le leader de 4 alphas jets qui croisent notre route à 5'000 ft (nous sommes encore à 8'000ft) mais nous ne les verrons jamais.

En posant à Fes, après 03h00 de vol, la météo se confirme mauvaise pour l'après-midi et le lendemain. Cette fois, au lieu de courir comme des dératés devant la perturbation, nous décidons de calmer le jeu et de rester un, peut-être deux jours. Avion soigneusement attaché, nous partons découvrir Fes en nous lançant dans la visite d'une des médinas les plus pittoresques du monde.

Fes, fondée par Moulay Idris capitale au IXème siècle du royaume idriside mériterait plusieurs jours de visite.

Du musée du bois en tannerie pestilentielle, nous marchons jusqu'à surplomber la vieille ville. A 16h00, assis par hasard sur les hauts de la ville, les minarets hurlent leurs prières de partout dans une cacophonie que la ville grouillante ne parvient pas à couvrir. C'est un moment fort de notre visite qui ne peut laisser insensible l'étranger… Et quand les minarets se taisent, les chiens se mettent à aboyer puis la vie reprend comme avant. Nous ne pouvons nous empêcher de penser que pendant 5 mn, dans tous les pays islamiques il en fut de même.
Ainsi va la vie ailleurs que chez nous (En rappel au nombrilisme, précisons peut-être que si le monde était composés de 100 personnes, 21 seulement seraient chrétiennes). Il est 22h00 quand nous rentrons du restaurant fatigués des 03h00 de vols matinaux et de nos kilomètres de marche au travers de Fes.

Nous nous endormons éreintés et PierreHenri relit une demi-page de son bouquin avant de sombrer…

28.03.2002 : FES

Le front s'est installé bien accroché sur les reliefs… Nous nous y attendions mais son développement nous surprend et la pluie tombe à seaux par moment. Nous partons en train pour Meknes et une visite arrosée. La température a chuté et nous remettons un sweat. Le guide du routard nous dirige comme d'habitude dans une bonne auberge au travers d'un dédale de ruelles étroites. Les tagines restent délicieuses et considérant que nous ne sommes toujours pas malades ni l'un, ni l'autre, nous tentons les salades du pays. Décidément, tout est beau et tout est bon autour de la Méditerranée, comme si cette mer était le véritable berceau d'une des seules cultures valables de ce côté de la terre, reléguant les autres à leurs statuts primitifs ou barbares…

Et nous voilà courant sous la pluie au travers des constructions millénaires… Evidemment, si nous ne volons pas c'est qu'il fait mauvais mais avec au moins un parapluie, ce serait mieux… La journée passe et nous avons le temps de discuter de la vie, de nos épouses abandonnées à leur tranquillité (du fait de notre absence) et à nos projets d'aviation… Car, en fait, nous cogitons notre retour en ces lieux dont certains détails restent à préciser… Le cap de demain vers le Nord ne nous satisfait qu'à moitié. Nous attendons de l'Espagne de bons moments mais c'est quand même le retour qui s'annonce…

29.03.2002 : FES - MEKNES - FES (en train…)

07h30 départ pour l'aéroport avec un ciel troué de bleu… Malheureusement, seule la ville de Fes est dans cette situation et les alentours sont gris déjà chargés d'une couverture peu engageante. Arrivés à la station météo, nous sommes obligés de nous rendre à l'évidence de notre optimiste délirant. A Casa, Rabat et Tanger les plafonds sont parterre et les entrées maritimes se confirment malgré 20 kt de vent d'Ouest. La perturbation se traîne aussi sur la Côte Nord du Maroc. Nous la voyons se développer sur le Sud de l'Espagne et nous barrer le chemin du retour. Réflexion faite rapidement, nous retournons à Fes et reprenons l'hôtel. Pour le folklore, nous prenons l'autobus pour rentrer de l'aéroport. Les marocains, toujours cordiaux, nous parlent en toute simplicité et nous renseignent avec plaisir. Les gamins qui partent à l'école nous abordent aussi par curiosité.

Décidés à retourner sur Meknes, nous reprenons le train à la gare de Fes pour aller découvrir les ruines romaines de Volubilis, au travers d'une belle escapade dans la campagne de Meknes. Repas sur place et promenade dans cette antique ville thermale remontant à l'époque néolithique puis largement aménagée par les Romains. Le site est splendide, non seulement par son implantation géographique et les dégagements qu'il offre, mais aussi par son urbanisme et les vestiges encore en place.

Au retour dans le train, nous sympathisons avec un puis deux puis enfin tout le compartiment de passagers. Nous rions avec eux des différences de mentalités de nos pays et nous nous rendons compte à quel point les marocains sont pacifiques. Nous évoquons aussi les attentats du 11 septembre 2001 et sentons leur tristesse face à l'absurdité extrémiste de minorités et face à une Amérique qui fait des Arabes un cheval de bataille.
Le problème de la Palestine est aussi une plaie ouverte mais sans agressivité de leur part. Plusieurs fois, ils nous souhaitent chaleureusement bonheur dans notre périple. Le train est en retard mais c'est normal et par ici la vie reste belle parce que les enfants sont joyeux, parce que tout le monde mange à sa faim et que le climat est doux… Au Maroc, on peut toujours frapper à une porte et être amicalement reçu sans avoir pris rendez-vous. Inch Allah… Ce contact local est un bol d'air à l'image de notre balade et nous comprenons une part de leur vie sereine.
Le compartiment du train est pourtant un mélange de couches sociales mais entre eux règne un respect profond de chaque individu quelle que soit son origine et nous sentons que la religion y est pour beaucoup.
Nous apprécions cette simplicité.

Le soir arrive déjà et nous reprenons la météo en téléphonant à l'aéroport. Le télex a foiré et le technicien est attendu cette nuit pour réparer les appareils en panne. En bon Suisse, nous nous acharnons en appelant Malaga qui ne nous renseigne qu'à moitié. Du coup, nous préparons plusieurs routes pour espérer dégager demain vers l'Espagne en envisageant la côte Ouest aussi.

PierreHenri lit 4 pages de son bouquin et s'endort…

30.03.2002 : FES-AL HOCEIMA - ALICANTE - REUS

Au réveil, le ciel est clair sur Fes et nous filons prudents sur l'aéroport. Les prévis météo sont toujours en panne mais par téléphone Al Hoceima nous informe Visi 8'000 m. et SCT 2'500 ft. Le versant Sud du Rif (dernière barrière montagneuse avant la mer Méditerranée) est visible donc ça doit (du verbe pouvoir) passer. Pour redescendre sur l'autre versant, nous devrons vraisemblablement slalomer un peu ou filer sur la mer pour passer sous la couche… En cas d'impossibilité, nous pourrons toujours remonter et revenir à Fes. Dès le décollage, nous montons à 7'500 ft en respectant les points de report du transit et en restant VMC comme nous le demande à plusieurs reprises Casa Contrôle. Sur les sommets du Rif, des masses nuageuses sont bien accrochées mais nous trouvons notre chemin par la route officielle. L'arrivée nécessite une descente tardive du fait du relief et, derrière le Rif, la côte Nord du Maroc est overcast à l'Ouest comme à l'Est sauf à Al Hoceima qui est partiellement dégagé… Les pilotes se congratulent de leur plan de vol. Il s'agit d'arriver juste pour nous glisser entre les cumulus au niveau de la mer, ce qui reste un jeu d'enfants avec le GPS. Une fois posés, nous refuelons pour la traversée maritime en envisageant un leg quasi direct sur Alicante via 2 points de report IFR sur la mer. Les nuages gonflent peu à peu de partout sur le Nord du Maroc et nous partons survoler la Méditerranée pour Alicante via Alméria qui servira de dégagement.
Le début du vol s'engage sur une mer couverte d'écume et nous montons d'abord au 75 pour rencontrer des cirrus que nous survolons au 95. L'arrivée sur la côte espagnole est invisible car les nuages cachent le pays… Nous restons au 95 et les contrôleurs espagnols nous assimilent au trafic IFR. Durant 01h30, nous volons "on top" sachant que pour redescendre nous devrions revenir vers le Sud si Alicante se fermait. Le Met. Report confirme Few à 2'500 ft. Nous programmons une longue descente pour 400 ft/mn. et les militaires de San Javier nous laissent procéder à convenance.
La tour d'Alicante nous accueille et nous annonce un holding de 7 mn en nous priant de réduire. Nous sommes 2ème derrière un 737 puis un autre liner décolle et nous laisse la piste libre. Quelle classe de rouler sur le tarmac au milieu des gros ! Nous sommes le seul VFR mono-moteur donc les seuls pilotes en vacances.

Plein refait avec un service rapide et impeccable, nous partons au "C" reprendre la météo et déposer notre plan de vol suivant vers le Nord. Au passage, nous remercions le responsable du bureau de piste qui n'était pas obligé d'accepter notre plan de vol tardif depuis Al Hoceima. Une heure après notre atterrissage, PierreHenri aligne le Cessna entre 2 gros jets et c'est reparti pour le niveau 95 en suivant la côte.
Les terres sont couvertes par les nuages, mais cette fois la mer est dégagée. Notre arrivée estimée à Girona dépasse la limite jour / nuit et nous tentons de transformer le plan de vol en N-VFR. Nous recevons dans la minute une clearance IFR que nous déclinons. Le contrôle ne peut malheureusement nous autoriser au N-VFR et nous décidons de poser à Tarragona après 02h10 de vol.
Au total, nous aurons volé 05h50 depuis Fes que nous avons quitté ce matin…
Nous arrivons sur Reus - Tarragona le soleil dans le dos illuminant les nuages épars le long de la Méditerranée.

En fait, Reus est déjà fermé car nous avons oublié de revenir à l'UTC-1 et nous arrivons
10 mn. trop tard… Nous bouclons notre plan de vol sur Barcelona info et posons à Reus. Il nous en coûtera une surtaxe de 20 Euro…

Arrivés à l'hôtel, nous mangeons rapidement et préparons les derniers legs pour rejoindre la France… Nous sommes éreintés et PierreHenri ne lira pas une ligne de son livre.

31.03.2002 : REUS - MONTPELLIER - LAUSANNE

Levé à 07h30, équivaut ce matin à 05h30 heure marocaine, avec le passage à l'heure d'été qui nous "mange" encore une heure… 08h00 déjeuner et départ au 30 pour l'aéroport. Passage à la météo pour les tafs de Barcelone, Bézier et Montpellier, puis dépôt du plan de vol sur Montpellier. La météo prévoit des brumes sur les côtes et les Pyrénées sont annoncées couvertes sur le centre et l'Ouest. A la mise en route, la suction reste OFF avec l'horizon en travers. Puis tout rentre dans l'ordre durant les checks.
"El passillo" de Barcelone est crasseux et la visi n'excède pas 4 à 5 km. Le guidage est parfait par les charmantes contrôleuses et nous suivons les points de report précisément… Ce n'est pas le moment d'une panne dans ce transit sur le Nord de Barcelone dans cette crasse et l'horizon semble guéri de sa léthargie matinale.
Pour continuer sur Girona, nous demandons le niveau 75 pour survoler les moyennes couches. La mer est fermée à l'infini et les stratus rentrent copieusement sur les terres. Le Cessna ronronne et nous passons le col du Perthus pour découvrir d'autres stratus sur Perpignan et Bézier. Le métar de Montpellier nous est toutefois confirmé avec SCT 3'500 ft. Après 02h20, nous posons à Montpellier où le ciel s'est amélioré, les stratus nous ont caché la totalité du paysage pendant 01h40…

Après 01h00 d'arrêt à Montpellier, un bref lunch, le plein et nouveau plan de vol, nous filons au cap 030 pour Lausanne via MTL et TDP. Le service radio est nul sur l'info française et après 8 jours de vol en Espagne et au Maroc nous secouons trop souvent la tête de dépit. Les indicatifs sont faux, les read back bâclés, heureusement que les terrains contrôlés font leur boulot et à ce sujet les contrôleurs professionnels français sont de bonne composition pour supporter aussi le baratinage des pilotes VFR français. Le Sud de la France pourrait être l'exemple même de ce que l'aviation devrait éviter et permettez au Français narrateur d'ajouter que le chauvin coq a les pattes dans le fumier, le seul problème c'est que, lui seul ne s'en rend pas compte…

Notre dernier vol s'effectue au niveau 95 au-dessus des cumulus bien au calme, ce qui permet d'écrire tranquille la fin de notre petite aventure.

En arrivant sur la TMA de Genève, nous prenons contact directement avec le terminal qui nous accepte malgré les restrictions pour les VFR et nous finissons notre vol à 6'500 ft. sur le Léman pour une directe sur Lausanne.

Ainsi s'achève notre promenade VFR de 9 jours vers le Maroc. Nous avons volé 32h00 pour un plaisir immense et songeons déjà à notre prochaine destination…

Remerciements à Mécanair SA d'Ecuvillens pour l'entretien et la préparation de notre Cessna ainsi qu'à Thierry Blatti, pilote genevois, pour ses précieux conseils sur notre préparation à ce voyage.

PierreHenri et Didier, 6'000 ft sur le Lac Léman en longue finale 36 pour Lausanne, le 31.03.2002 à 13h50 UTC.

Galerie de photos et fonds d'écran

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